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Pour les milieux d'affaires, la victoire écrasante de François Fillon à droite va obliger Manuel Valls à affronter François Hollande

Publié le 28 novembre 2016
L’élection de François Fillon va précipiter les grandes manœuvres à gauche. François Hollande et Manuel Valls vont sans doute déclarer leurs candidatures dès la première semaine de décembre.
Jean-Marc Sylvestre
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L’élection de François Fillon va précipiter les grandes manœuvres à gauche. François Hollande et Manuel Valls vont sans doute déclarer leurs candidatures dès la première semaine de décembre.

Les milieux d’affaires ne se sont pas beaucoup trompés jusqu’à maintenant. La majorité des chefs d’entreprise pensaient que ni Nicolas Sarkozy, ni Alain Juppé ne passeraient la primaire et que François Fillon finirait par gagner. Ils pensaient que l’offre politique de François Fillon correspondait le mieux à la demande de l’opinion de droite : la combinaison entre des projets enfin puissants pour relever l’activité économique, des mesures assez conservatrices pour sécuriser la vie quotidienne, et une personnalité assez rassurante a touché une opinion de droite qui se sent déculpabilisée d’adhérer à des logiques libérales.

La part internationale des mêmes milieux d’affaires n'a pas été surprise par la victoire des partisans du Brexit au Royaume-Uni et encore moins par l’élection de Donald Trump aux Etats unis.

Pour évaluer la situation française et essayer de prévoir son évolution, l'analyse que font les milieux d’affaires est très pragmatique et finalement assez simple.

1- Les Français dans leur ensemble ont beaucoup souffert depuis plus de dix ans. La mondialisation, la révolution digitale, la concurrence mondiale qui ont été présentés comme des facteurs de progrès, ont été vécus par les classes moyennes comme des facteurs de déclassement.

2- Les grands gagnants des dix dernières années sont essentiellement les habitants des pays émergents (l’Inde et la Chine) dont plus d’un milliard sont sortis de la pauvreté.

3- En Occident, les jeunes extrêmement bien formés (bac + 7), les habitants des grandes métropoles, les cadres des grandes entreprises, les milieux financiers, les créateurs d’entreprises digitales et tous les "start-upers", les héritiers, ont profité de la mondialisation.

4- C’est là où le bat blesse, les autres catégories sociales, les ouvriers, les fonctionnaires cadres moyens, les agriculteurs ont perdu soit leur emploi à cause des délocalisations industrielles, soit du pouvoir d’achat, même si ce pouvoir d’achat a été compensé en partie par des baisses de prix sur les produits importés des pays émergents.

Le mouvement de déclassement des classes moyennes a touché le Royaume-Uni (d’où le Brexit) ; il a affecté les populations américaines, d‘où le vote en faveur de Trump. Il a touché les pays de l’Europe du Sud, mais l’Europe du Sud a su faire accepter une dévaluation des salaires pour préserver les capacités d’emplois.

L'Europe du Nord a su, elle, répondre à la mondialisation par des modérations de coût de production et surtout par une montée en gammes des fabrications locales.

La France, elle, n’a pas pu monter en gamme (sauf dans l’aéronautique et le luxe grâce a une poignée d’entreprises). Parallèlement, elle n’a pas réduit ses coûts. D’où la grogne et la rogne des classes moyennes françaises dont beaucoup se sont tournées vers le Front national, tout en sachant que Marine Le Pen n’avait pas les solutions miracles. Le Front national offrait au moins une façon de se défouler.

Ce qui est intéressant aujourd'hui, c’est que le climat politique est en train de changer, bousculé par l’émergence d’une prise de conscience des réalités.

A droite, le succès de François Fillon est lié à la vigueur de son diagnostic (la France est un pays en quasi-faillite). Quand un malade sait de quoi il souffre, il a plus de force pour se redresser.

La France souffre de son chômage, il faut donc commencer par relancer la machine économique et pour cela créer un écosystème administratif, social et fiscal favorable et porteur. C’est tout le programme de François Fillon. Ce programme de redressement implique aussi une position responsable face aux questions de la mondialisation (incontournable mais domptable), face aux contraintes européennes (incontournables mais domptables).

Ce programme a été découvert, et adoubé par une majorité des électeurs de droite. Il est en mesure de faire face à celui de Marine Le Pen dans la mesure où son pragmatisme souligne l’inapplicabilité des projets du Front national. Et ne parlons pas des questions de société, de morale ou d’éthique. Il s’avère que les propositions de François Fillon sont beaucoup plus fréquentables.

La gauche va être bousculée par ce qui se passe à droite. La gauche sait que cette prise de conscience de la quasi-faillite, et du déclassement traverse toutes les strates de la société.

La gauche n’a pas de réponse dans son ADN traditionnel. Les outils de protection, d’aides et de solidarité que la gauche manie très bien en période de croissance sont inopérants en période de crise grave, ce qui est le cas.

Par ailleurs, on s’est bien aperçu que financer le système en ressortant les remèdes keynésiens est inopérant dans un monde ouvert à la mondialisation. Le logiciel monétaire est sans doute obsolète, le logiciel budgétaire est caduc.

Le succès d’Emmanuel Macron, qui présente une offre libérale de gauche montre bien que même à gauche, on a besoin d’une alternative qui puise dans les ressorts libéraux. La collectivité est impuissante, l'individu a encore de la force.

En dehors d'Emmanuel Macron qui a choisi de faire cavalier seul en se présentant directement à la présidentielles (ni de droite, ni de gauche ), de Jean-Luc Mélenchon, qui va drainer l'extrême gauche et dont le véritable concurrent sera l'extrême droite de Marine Le Pen, et de ceux qui sont hors système pour mieux le pénétrer, la primaire de gauche comptera, dès la semaine prochaine, François Hollande, qui se déclarera candidat et dont la seule solution est de se présenter comme le candidat de la sécurité, celui qui assiste et qui protège. Cette musique est à peine audible, d’abord parce que son bilan est calamiteux et qu’il n'a plus aucun moyen pour payer les primes d’assurance qu'il propose.

A côté de lui, il y aura Arnaud Montebourg, un candidat très sérieux puisqu’il présentera un programme qui tient compte des contraintes de la mondialisation, du progrès technologique, de la concurrence. Arnaud Montebourg sera donc dans une posture très moderne, mais pour respecter ses engagements de gauche, il va offrir toute une batterie de moyens pour donner l'impression que le citoyen sera protégé (beaucoup de protections sociale, beaucoup de régulation, beaucoup de protectionnisme, assez peu d’Europe). Concrètement, les deux pieds de son programme sont un peu contradictoires et difficiles à financer. Son dispositif social sur-protecteur va asphyxier sa capacité de redressement.

Dans ces conditions, il est fort probable (très fort probable) que la semaine prochaine Manuel Valls se porte candidat. Persuadé que d'un côté François Hollande ira dans le mur, et que de l'autre Arnaud Montebourg fera un tabac en habillant sa démagogie de la robe d’avocat. Et dans le prétoire, l’avocat dit la vérité. Toujours. Forcément.

Manuel Valls a d’ores et déjà écrit son programme : la lettre qu'il a donnée au journal les Echos en fin de semaine dernière en trace le synopsis.

Son schéma est simple. "La France est malade. La France ne peut pas échapper à la mondialisation, il est urgent de repenser notre modèle économique, social, il est urgent de reformuler les relations internationales et le fonctionnement de l'Europe qui pourrait être le bouclier le plus puissant pour assurer notre protection". 

Le diagnostic et la prescription que prépare le docteur Valls ne sont pas si éloignés de ce que propose Macron, ni même de ce que voudra administrer François Fillon.

Dans cette configuration-là, les milieux d’affaires constatent avec satisfaction que le pays est en train de se préparer à passer en salle d’opération. Le moment est venu où l'on va peut-être refuser le déclin. 

Le moment venu pour dire au pays "lève toi et marche" pour reprendre le titre d’Hervé Bazin.

Les chefs d’entreprise savent ce qui va se passer, parce que les forces poussent à des évolutions inévitables et que quoi qu'il arrive, la crise rend intelligent.

Les chefs d’entreprise ne savent pas quel sera, au final, le chirurgien qui opèrera la mutation. Mais on pressent bien que le jeu sera entre Fillon, Valls, et Macron.

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Commentaires (2)
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ikaris
- 29/11/2016 - 00:53
Papy Sylvestre, l'homme des postulats faux
On apprend avec intérêt que les milieux d'affaires avaient anticipé la victoire de Fillon ... hé ho ? Tu nous prends un peu ou complètement pour des truffes ? C'est curieux cette manière forcené que tu as de vendre leur science infuse à tes amis les patrons. Ensuite tu nous sort que les français seraient tombés amoureux du projet économique de Fillon. Alors d'abord il ne s'agit que des sympathisants de LR et du centre (excuse du peu mais c'est pas toute la France) et ensuite comme toi j'avance sans preuve que c'est la combinaison du rejet de Sarkozy (l'insupportable), de Ali Juppé (excuse nous d'avoir une identitié !) et de l'attitude à la fois digne et identitaire de Fillon. En ce qui concerne son programme c'est un projet de dévaluation intérieure dans le cadre de la zone Euro ce qui n'est pas un projet libéral mais un projet patronal (dixit le professeur Rosa devant Jacques Sapir). En lisant la fdin de l'article on se dit vraiment que tu pourrais signer chaque article par "le vieux télégraphiste du patronat"
vangog
- 28/11/2016 - 10:24
600 milliards de dette supplémentaire, 1 million
de chômeurs, c'est le bilan du quinquennat de Francois Fillon...si, si! Il a déjà gouverné cinq ans, et Fillon n'est pas un perdreau de l'année...Jean-Marc Sylvestre a beau jouer le VRP zélé d'une politique qui devrait être, cette politique est impossible dans une France soumise à Bruxelles, à l'immigrationnisme décidé par la CEDH, aux écolo-trotskystes qu'il a laissé noyauter l'enseignement, la Justice, les medias...il a fait de très lourdes erreurs, Francois Fillon et l'UE n'est pas la moindre. Son bilan parle pour lui, et ne me ramenez pas la crise de 2008, car elle a été subie par tous les pays, mais aucun pays ne l'a payée d'un million de chômeurs et 600 milliards de dette supplémentaire, aucun!...