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Inversion de paradigme

La révolution Karl Trump ? Et le Donald réinventa la lutte des classes (et cette fois-ci, c'est la droite qui s'en empare)

Publié le 16 novembre 2016
L'une des clés du succès de Donald Trump a indubitablement été sa capacité à s'adresser à une grande partie des classes populaires américaines, un "territoire" historiquement lié à la gauche. Le futur président des États-Unis pourrait bien, en effet, avoir favorisé la mise en place d'un nouveau paradigme.
Yves Roucaute est philosophe. Agrégé de philosophie et de sciences politiques, il enseigne à la faculté de droit de l’université de Paris-X.
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Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.
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L'une des clés du succès de Donald Trump a indubitablement été sa capacité à s'adresser à une grande partie des classes populaires américaines, un "territoire" historiquement lié à la gauche. Le futur président des États-Unis pourrait bien, en effet, avoir favorisé la mise en place d'un nouveau paradigme.

Atlantico : Peter Thiel, cofondateur de PayPal et incubateur de Facebook, a convaincu Donald Trump qu'il devait mettre en garde les forces économiques de la disparition de la communauté ouvrière. Quant à Ed Conard, un puissant homme d'affaires, il a soutenu que le libre-échange non encadré et l'arrivée massive d'immigrés peu qualifiés avaient exercé une pression sur la classe ouvrière, et empêché la croissance des salaires. Dans quelle mesure Donald Trump a-t-il pu jouer le rôle de porte-parole de ces classes moyennes inférieures et populaires, s'inquiétant de leur déclassement notamment ?

Yves Roucaute : Les réflexions de ces deux hommes d'affaires sont particulièrement intéressantes, parce qu'elles ne sont pas politiquement correctes et soulèvent la question de l'évolution sociologique des États-Unis avec le développement de l'économie numérique.

Il est clair que dans le cadre de l'économie numérique, on assiste au développement de la mondialisation et à l'ouverture des frontières, ce qui exerce une double pression sur les classes moyennes et populaires : une pression interne car l'économie numérique détruit les emplois non qualifiés, et une pression externe car l'ouverture des frontières conduit à un appel d’air pour la délocalisation et l’industrialisation et à l'arrivée de produits et d'une main-d'œuvre immigrée peu qualifiée, qui remplace les ouvriers américains non qualifiés sur les derniers emplois qu'ils occupaient encore.

C'est particulièrement visible dans les lieux que la révolution industrielle avait bouleversés, de la fin du 18ème siècle jusqu’au milieu du 20ème siècle, en particulier autour des Grands Lacs, où le fordisme avait été inventé, et où l'on se rend compte que les industries de transformation et les industries d’extraction étaient au cœur de l'emploi. Prenons le Michigan, le Wisconsin, l'Ohio ou la Pennsylvanie : il est évident que la révolution numérique attaque le cœur du système économique mis en place durant le 19ème siècle. Avec la révolution numérique, on assiste à un déclassement de ces classes populaires et moyennes-inférieures.

Le problème mis en lumière par ces élections est que le parti démocrate américain avait été une sorte de courroie de transmission des syndicats ouvriers, et le défenseur des classes populaires, en particulier blanches. A partir de Kennedy, les classes populaires de couleur, qui avaient été réticentes à rejoindre leurs collègues de travail blancs dans le soutien au parti démocrate, les suivent.

Or, ces classes populaires, qui avaient été cimentées autour du parti démocrate, ont été abandonnées par ce parti depuis une trentaine d'années, sous l'influence du politiquement correct. Le parti démocrate a alors mis en place une nouvelle vision du monde, où ceux qu'il fallait défendre étaient pour l'essentiel les "minorités" (populations immigrées, populations de couleur, LGBT, etc.), dans un grand foutoir où il n'y a plus de ligne stratégique mais d’un côté des "dominés", de l’autre des "dominants".

De fait, les "blancs" ont été de plus en plus abandonnés et cet abandon s'est répercuté sur plusieurs niveaux qui expliquent le succès de Donald Trump.

Premièrement, au niveau du travail et de la répartition des richesses. Dans la région des Grands Lacs, ce sont d'ailleurs plutôt ceux qui ont encore un emploi qui défendent ceux qui n'en ont pas ou qui n’ont pas assez de revenus et qui pointent du doigt le fait qu'on ne les écoute plus. Ceux qui souffrent sont leur famille, leurs voisins. Il ne faut jamais oublier que les Etats-Unis sont maillés de réseaux associatifs qui rendent perceptible la souffrance des proches.

Deuxièmement, la question de la santé. C'est une question extrêmement importante qui est l'un des cœurs de cible de Donald Trump. Trump est pour assurer la santé mais, d’un autre côté, les frais de santé sont de plus en plus élevés. L'Obamacare coûtera 900 milliards, et la qualité des soins n’est pas mieux assurée. D’ailleurs, ce rejet de l’Obamacare était aussi une position de Clinton.

Troisièmement, ces "petits blancs" se sont retrouvés dans une situation de mise en cause de leur identité culturelle de deux manières, par le politiquement correct et par la politique d’immigration. En France, on ne comprend guère le melting pot américain. Il ne signifie pas que tout le monde a le droit de faire ce qu'il veut. Le melting pot, c'est la liberté sur l’assimilation d’un fond commun. Il impose l’apprentissage d’une histoire commune, d’une langue parmi les deux officielles, le salut au drapeau, le respect des valeurs de l'Amérique, le respect du droit, le patriotisme etc.. Le politiquement correct, c’est l’abandon des valeurs universelles, le relativisme, le laxisme. Dans la culture populaire américaine, chacun a le droit à ses propres différences, mais sur ces valeurs communes et un respect commun des mœurs. Cette population a vu arriver des immigrés, parfois clandestins, qui prenaient leur place sans même être déclarés, ou qui cassaient les salaires. Et la montée de la crainte du terrorisme a conduit à poser la question de l’arrivée d’une immigration non contrôlée. En même temps, elle a vu la conjonction du laxisme en matière d’immigration et du laxisme en matière morale. Les clandestins paraissaient mieux traités, même si cela n’est pas forcément vrai, qu’eux-mêmes. Et le politiquement correct prétendit que leur culture être respectée, mieux que la leur car "dominée". D’où l’accentuation du malaise des classes populaires, et pas seulement blanches.

Le parti démocrate américain a abandonné ces forces-là ces trente dernières années. Le processus de déshérence a été un temps freiné par Barack Obama, qui avait milité dans ces régions où lui-même était élu (l’Illinois) et où il avait promis la fin de la désindustrialisation, l'arrêt des délocalisations, le retour de la santé et des emplois. Sa campagne avait d’ailleurs reçu le soutien fervent des syndicats. Mais ses deux mandats n’ont pas tenu leurs promesses. Et, finalement, ces classes populaires qui avaient beaucoup investi sur lui ont été déçues.

D'où la révolution partisane de Donald Trump, qui a décidé d'abandonner une partie de la ligne libre-échangiste et mondialiste pour attaquer le parti démocrate sur ce terrain-là. Il a dit à ces classes moyennes et populaires blanches qu'il était avec elles, qu'il les comprenait et qu'il prendrait des mesures pour régler les questions qui les concernaient. Le fameux mur entre le Mexique et les Etats-Unis ou la question de l’arrivée de migrants venus de pays en guerre, tiennent à ce projet de répondre aux angoisses de la population. Il a occupé le terrain que le parti démocrate avait abandonné. Remarquons d’ailleurs qu’Hillary Clinton n'a quasiment pas fait de meetings dans les Grands Lacs, parce qu'elle a considéré que ces régions étaient acquises.

C'est précisément ce travail que Donald Trump a fait. Il a ainsi considéré que le Colorado et le Nouveau-Mexique seraient très difficiles à reprendre, car le politiquement correct a flatté l'immigration mexicaine. Alors que du côté du Wisconsin, du Michigan et de la Pennsylvanie, il y avait des dizaines de délégués qu'il pouvait récupérer. Il a eu cette intuition sur le marché des suffrages, car c'est un homme d'intuition.

Laurent Chalard : Donald Trump, se présentant comme le candidat hétérodoxe par excellence, se devait pour être élu de faire des propositions différentes de celles qui faisaient l’unanimité, aussi bien chez les démocrates que dans son propre camp, chez les républicains, c’est-à-dire la poursuite d’un ultra-libéralisme économique forcené, à l’origine de la disparition des emplois productifs du territoire américain et conduisant à de très fortes inégalités sociales au sein de la société états-unienne. En effet, pour beaucoup d’Américains, le grand espoir qu’avait soulevé l’élection de Barack Obama ne s’est pas traduit par un infléchissement drastique de la politique économique des Etats-Unis, les financiers de Wall Street, à l’origine de la crise de 2008, continuant de faire la loi. Donald Trump n’a donc pas tant été le porte-parole de milieux d’affaires américains très marginaux (Peter Thiel, seul grand patron de la Silicon Valley à s’être prononcé publiquement pour Donald Trump, est perçu comme un original dans son milieu), qu’un candidat qui a su intelligemment faire sienne des idées allant à contre-courant de la doxa économique existante pour séduire l’électorat des perdants de la mondialisation. Donald Trump est donc avant tout un "apprenti" très bon stratège politique.

Les plus pauvres (ceux dont les revenus sont inférieurs à 30 000 dollars par an), qui votaient massivement pour les démocrates (avec notamment +30 points par rapport aux républicains en 2008), ont peu soutenu Hillary Clinton (+10 points seulement par rapport aux républicains). A l'inverse, les plus riches, qui votaient massivement pour le parti républicain, ont, lors de cette élection, donné autant de voix au parti démocrate qu'au parti républicain (voir ici). Au regard de la sociologie des électeurs de Donald Trump, peut-on considérer que le candidat républicain a pu réussir à ressusciter le thème de la lutte des classes ? Alors que ce thème est traditionnellement porté par la gauche de l'échiquier politique, assiste-t-on à une inversion de paradigme ?

Laurent Chalard : Oui et non. Oui, dans le sens qu’au sein de la classe ouvrière blanche, Trump a fait de très bons scores, témoignant d’un vote des blancs pauvres contre l’élite jugée corrompue et ne se préoccupant guère de la précarité de la situation professionnelle des "petites gens", ouvriers et employés. Non, dans le sens où les pauvres des minorités ethniques n’ont pas voté pour Donald Trump, donc le critère de la "classe" sociale n’est qu’un critère parmi d’autres. Le facteur ethnique, et donc culturel, semble avoir joué un rôle tout aussi important, voire supérieur.

Nous n’avons pas de recul pour parler d’inversion de paradigme, d’autant que la candidature de Donald Trump apparaît hors-norme à tout point de vue. Un peu comme le vote pour le général De Gaulle en France en son temps, dans un contexte très différent de l’Amérique actuelle, le vote Trump ne suit pas les logiques partisanes traditionnelles, mais rien ne dit que les choses ne reviendront pas à la normale lors des prochaines élections présidentielles si des candidats "normaux" venaient succéder à Trump. Cependant, le fait saillant est de voir que le principal parti politique de "gauche" (même si cela est très relatif aux Etats-Unis !) ne semble plus réussir à convaincre une partie de son électorat traditionnel, qu’il mène des politiques pour les plus défavorisés d’entre eux, d’autant que son clientélisme éhonté vis-à-vis des minorités ethniques a entraîné une désaffiliation d’une partie des classes populaires blanches, qui ne s’y retrouvent plus.

Yves Roucaute : Je n'emploierais pas cette expression. Il y a plutôt une lutte de castes. Le parti républicain et le parti démocrate sont clairement en train d'être transformés politiquement et sociologiquement. Le parti démocrate avait été le parti des classes moyennes et ouvrières blanches, jusqu'à l'époque de John Fitzgerald Kennedy. Les ouvriers noirs ne votaient pas démocrates pour des raisons historiques puisque le parti démocrate était le parti esclavagiste durant la guerre de Sécession. C'est contre eux qu'Abraham Lincoln et ses amis ont créé le parti républicain. John Kennedy a permis le retour d'une sorte de "normalisation" du monde ouvrier avec les ouvriers noirs et les ouvriers blancs qui se sont mis à voter pour le parti démocrate. Nous assistons aujourd'hui à la fin de ce processus.

Barack Obama a réussi à colmater les brèches, en jouant sur une sorte d'identité noire : les ouvriers noirs ont massivement voté pour lui (plus de 90%), et de l'autre côté, par ses promesses envers les ouvriers et employés blancs et son alliance capitale avec les syndicats, il a pu faire retrouver cette cohésion le temps de sa première campagne électorale en tout cas. C'était déjà beaucoup plus difficile en 2012.

Aujourd'hui, nous avons une sorte de bouleversement de l'échiquier politique américain, dont il faudra voir s'il se confirme. Le parti démocrate a été envahi par le politiquement correct : il ne défend plus les blancs et considère que les revendications identitaires des ouvriers blancs sont des marques de racisme ou de xénophobie. Donald Trump a attaqué cette base sociale (il n'y est pas encore majoritaire mais il l'a beaucoup grignoté) en ayant un discours contre les élites, non pas un discours de lutte de classe mais plutôt de lutte de castes contre les hautes sphères sociales de Washington. C'est pour cela qu'il a perdu du terrain du côté des classes supérieures.

D'un autre côté, il est important de relativiser ce libéralisme pro-mondialisation du parti républicain antérieur à la victoire de Trump. Ce parti a toujours été traversé par des courants différents, et Donald Trump n'est pas en totale rupture avec lui. Il a en fait récupéré le courant jacksonnien. Il ne faut pas croire que le protectionnisme est une invention de Trump. Les États-Unis, même avec le parti républicain, ont toujours été un peu protectionnistes et ont toujours été très attirés par l'isolationnisme, même si ces derniers temps le libéralisme et l'ouverture au monde étaient dominants.

 

Un phénomène similaire est-il observable dans d'autres démocraties occidentales ? Qui aujourd'hui en France parle à ceux qui ont vu leurs revenus et leurs niveaux de vie diminuer sous l'effet de la mondialisation ? 

Yves Roucaute : Il y a une partie du phénomène qui est identique et qui produit les mêmes effets : c'est le politiquement correct. Nous avons aussi en France cette idéologie terrible et destructrice pour toutes les démocraties. Au même titre que le marxisme était une idéologie, le politiquement correct en est une, et consiste à dire au fond que les classes populaires n'ont pas à protester, que l'immigration n'a pas à être contrôlée, que les questions de sécurité sont une fausse question, que les racines d'une nation sont une ineptie, etc. En France, comme au Royaume-Uni, en Allemagne ou dans toutes les démocraties européennes, il y a ce flux de politiquement correct qui infeste en particulier la gauche.

La gauche a longtemps été le catalyseur de la défense des classes populaires, avec le Parti communiste et le Parti socialiste en France. Elle ne joue plus ce rôle-là aujourd'hui, et j'ai envie de dire que plus personne ne le joue. Le Front national n'a pas occupé le terrain, en vérité. Il ne va pas dans les cités comme le faisait le PC, il ne protège pas les ouvriers contre les huissiers, il n'organise pas de grèves pour défendre l'emploi dans les usines, etc. Tout ce rôle social du Parti communiste et du Parti socialiste n'est plus joué par la gauche et il ne l’est pas non plus par le Front national. La gauche communiste est devenue une organisation gauchiste qui défend les minorités, les voyous, les sans-papiers, etc., alors qu'il y a encore 40 ans le PCF défendait les ouvriers et appelait à produire et acheter français. La gauche a donc abandonné pour des raisons idéologiques sa fonction tribunicienne.

Pour l'instant, personne ne parle vraiment à ces classes populaires de façon crédible. C'est pour cela qu'elles s'abstiennent et que l'on voit des phénomènes d'élections-rejet, sauf dans certains pays comme en Hongrie ou au Royaume-Uni en ce moment avec Theresa May. Comme aux États-Unis, c'est la droite qui essaye d'occuper cette place. En France, le Front national le fait (un peu), et la droite républicaine a visiblement compris qu'il y avait là un problème, mais je ne suis pas certain qu'elle ait trouvé pour l'instant la solution.

 

Laurent Chalard : Oui, les partis traditionnels de gauche, qui relèvent de la social-démocratie, connaissent dans de nombreux pays occidentaux une crise de confiance de la part des classes populaires autochtones, du fait de leur conversion au libéralisme économique et à l’immigration de masse consécutive, qui ne s’est pas traduite par une amélioration du quotidien de la majorité des gens, seule une petite minorité semblant profiter de la nouvelle donne. En conséquence, les populations les plus pauvres comme les classes moyennes basses ont l’impression que ces partis ne les représentent plus politiquement, mais défendent seulement les intérêts de la partie des classes moyennes qui a profité de la mondialisation, que l’on dénomme péjorativement "bobos" et qui recouvrent des populations hétérogènes, mais dont le point commun est un haut niveau d’études. Le Parti socialiste français en constitue une caricature.

En France, depuis l’effondrement électoral du Parti communiste dans les années 1980 et sa conversion à l’immigration de masse, parmi les partis les plus importants, jusqu’à très récemment, seul le Front national tenait un discours répondant aux préoccupations des oubliés de la mondialisation, même s’il semblerait que, désormais, Jean-Luc Mélenchon, qui a sensiblement modifié son discours pour tenter de (re)conquérir cet électorat, essaie de répondre à leurs préoccupations, mais il est trop tôt pour savoir si ce revirement prendra dans les urnes. Pour l’instant, le Front national a réalisé une OPA réussie sur des populations que la classe politique traditionnelle a oubliées et méprisées.

La campagne électorale a également été caractérisée par une quasi-absence des références morales et religieuses. Alors que la droite religieuse semble en déclin au sein des classes moyennes et inférieures américaines, dans quelle mesure la lutte des classes a-t-elle remplacé la "bataille culturelle" ?

Laurent Chalard : La "guerre culturelle" est aujourd’hui beaucoup plus une "guerre identitaire", c’est-à-dire de compétition entre des conceptions de société et des modes de vie différents, liés à l’origine ethnique des individus, consécutive de l’immigration massive que connaissent les sociétés occidentales, qu’une guerre concernant les mœurs entre conservateurs et progressistes. En conséquence, si l’on utilise cette première acception, la lutte des classes n’a nullement détrôné la "guerre culturelle", c’est juste cette dernière qui s’est transformée. Désormais, se constitue aux Etats-Unis une classe populaire blanche à la forte identité, qui rejette à la fois les élites, essentiellement blanches elle aussi, dont les politiques économiques sont à l’origine de son appauvrissement, que les minorités ethniques, qui viennent menacer son identité culturelle. Nous avons donc affaire à la fois à une lutte des classes et à une guerre culturelle !

Yves Roucaute : C'est en partie vrai, il y a une baisse de religiosité aux États-Unis, mais elle n'est pas aussi considérable qu'on le croit. Le vote pro-Trump a aussi été un vote de rejet du relativisme moral par les électeurs. Cela explique le carton de Donald Trump dans la plupart des États républicains où la droite religieuse est forte, exceptés le Colorado et le Nouveau-Mexique. Cette droite religieuse est sans doute moins forte qu'auparavant, mais reste puissante notamment dans tout le centre des Etats-Unis.

Il est toutefois intéressant de noter qu'elle s'est mobilisée contre Hillary Clinton, à la différence des "petits blancs" qui se sont mobilisés pour Trump. Ce n'est pas le même vote. On verra si, au cours des années à venir, cette distinction à l’intérieur du vote peut se résorber, en particulier par la nomination à la Cour suprême d’un juge plutôt conservateur.

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lasenorita
- 10/11/2016 - 18:18
Donald Trump et le ''petit peuple''
Ce sont les Américains mécontents qui ont voté pour Trump voir http://www.breizh-info.com/2016/11/10/52821/victoire-de-donald-trump-vue-dessinateur-marsault comme, chez nous, en France, ce sont les sans-dents qui vivent dans des quartiers occupés par des musulmans qui votent F.N. c'est le ''petit peuple'' de France qui subit les inconvénients de la promiscuité d'avec les immigrés musulmans... ce ne sont pas les ''bobos'' qui vivent dans leur bobosphère dans les beaux quartiers...la ''bien-pensante'' qui ne sait que ''bien penser'' et qui ignore la faim, le froid dont souffre le ''petit peuple'' de France!
lafronde
- 10/11/2016 - 18:06
La défense du petit peuple et des ouvriers.
On peut aider les gens de peu par différentes voies. 1 La voie de la solidarité locale, ancienne Charité chrétienne ou mouvement mutualiste sous la IIIe République. 2 La voie de la solidarité étatique (et son emblématique Sécu). Jadis satisfaisante, aujourd'hui sollicitée au delà de la communauté nationale, et surchargée. 3 Enfin la voie de l'activité marchande. Elle est contre-intuitive, puisqu'elle appelle une baisse de la fiscalité marginale - sur les entrepreneurs, oui, les riches - pour qu'ils ne soient pas désincités à entreprendre et à investir. Les comparaisons internationales, donnent la 3e voie comme la plus efficace, elle est aussi la plus morale : le pauvre peut gagner sa vie par son travail. L'inconvénient pour le politicien est qu'elle se passe de lui, donnant le rôle le plus utile à l'entrepreneur. Nos immodestes politiciens ne peuvent accepter un tel outrage à leur vanité ! et à leur pouvoir issu du système redistributif !
atlantico@jefsey.com
- 10/11/2016 - 11:36
Révolution intellectuelle
Aristote inventeur de l'architectonique (la discipline des fondements) disait qu'elle était la ***science*** de la politique, dont l'***art*** était de conduire les hommes libres. La liberté de l'un s'arrêtant alors à celle de l'autre. Depuis nous avons découvert que le monde physique est complexe et que nous avions besoin d'un champs que Clémenceau a identifé comme l'"intellectuel", entre physique et métaphysique. La complexité de ce champs nous y a fait faire appel aux machines à penser et peu à peu à exister. La liberté est devenue socialité et la mixité est maintenant homme/machine. C'est la société anthropo-bot-ique. L'article met bien en lumière que le middle-west en souffre et cherche à trouver sa place dans un contexte où les deux côtes (technologie à l'ouest et argent à l'est) se servent de lui comme marché d'expension, mais non plus comme source de production.