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Elections au Congrès : l’autre enjeu crucial qui se cache derrière la présidentielle américaine

Publié le 06 septembre 2016
Le scrutin américain du 8 novembre ne concerne pas que la Maison Blanche, mais aussi le Congrès, actuellement contrôlé par les Républicains. Ces derniers craignent le contrecoup d’une défaite de Donald Trump, qui leur ferait perdre le Sénat.
Gérald Olivier est journaliste et  partage sa vie entre la France et les États-Unis. Titulaire d’un Master of Arts en Histoire américaine de l’Université de Californie, il a été le correspondant du groupe Valmonde sur la côte ouest dans les années 1990,...
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Gérald Olivier est journaliste et  partage sa vie entre la France et les États-Unis. Titulaire d’un Master of Arts en Histoire américaine de l’Université de Californie, il a été le correspondant du groupe Valmonde sur la côte ouest dans les années 1990,...
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Le scrutin américain du 8 novembre ne concerne pas que la Maison Blanche, mais aussi le Congrès, actuellement contrôlé par les Républicains. Ces derniers craignent le contrecoup d’une défaite de Donald Trump, qui leur ferait perdre le Sénat.

Les Américains ne voteront pas que pour élire un nouveau président le 8 novembre prochain. Ils voteront également pour renouveler le Congrès. Comme ils le font tous les deux ans. L’ensemble des 435 sièges de la Chambre des Représentants sera à pourvoir. Ainsi que 34 des 100 sièges du Sénat (le Sénat est renouvelé par tiers tous les deux ans).

Depuis 2014 les Républicains disposent de la majorité dans ces deux chambres, avec 247 sièges de Représentants contre 186 et 54 sièges de sénateurs contre 46. Au sein de  la chambre des Représentants, leur avantage est suffisamment conséquent, cinquante-neuf sièges,  pour qu’ils parviennent à préserver leur majorité. Ce n’est pas le cas au Sénat. Leur majorité n’y est que de 4 sièges. En cas d’égalité 50/50 le vote décisif est apporté par le vice-président des Etats-Unis, qui est le président du Sénat. Si Hillary Clinton est élue le 8 novembre, cette fonction reviendrait à son « veep » Tim Kaines. Or sur les 34 sièges de sénateurs en jeu, 24 sont détenus par des Républicains et seulement 10 par des démocrates. Les Républicains sont donc plus exposés et ont beaucoup plus à perdre.

Ils doivent aussi tenir compte de deux dangers. D’une part, la tendance des électeurs à uniformiser leur vote, c’est-à-dire à voter pour les candidats d’un seul et même parti pour la présidence et pour les scrutins législatifs. Hillary étant en tête des intentions de vote à la présidentielle, ce comportement avantagerait les Démocrates. D’autre part la désaffection du camp républicain pour son propre candidat. Nombre d’élus du « GOP » (« Grand Old Party », surnom du parti républicain) ont fait savoir qu’ils ne voteraient pas pour Donald Trump. D’aucuns craignent donc une désaffection des électeurs républicains qui pénaliserait l’ensemble des candidats du parti.  Donald Trump entrainerait alors d’autres élus dans sa chute  (si elle se confirmait).…

Donald Trump est justement à la traine d’Hillary Clinton dans toute une série d’Etats où un siège de sénateur sera en jeu. C’est le cas de la Caroline du nord, de la  Floride, de L’Illinois, de l’Iowa, du Nevada,  du New Hampshire, de l’Ohio, de la Pennsylvanie et du Wisconsin. Dans d’autres Etats, comme l’Arizona, la Géorgie, l’Indiana, ou le Missouri, il devance son adversaire de quelques voix dans les sondages et les élections s’annoncent très serrées.

Tour d’horizon des treize scrutins les plus chauds à deux mois de l’échéance (par ordre alphabétique).

En Arizona John Mc Cain vit sans doute sa dernière campagne. Le vétéran de la politique américaine, qui fut le candidat présidentiel des Républicains en 2008  vient de fêter ses 80 ans. Après avoir longtemps hésité, il brigue un sixième mandat consécutif comme sénateur de cet Etat du sud-ouest. Défié au sein de son propre parti, Mc Cain a remporté  la primaire républicaine de justesse et sera opposé en novembre à  la démocrate Ann Kirkpatrick, actuellement représentante au Congrès. Mc Cain devrait profiter de sa popularité personnelle pour passer une nouvelle fois. Mais une surprise n’est pas à exclure. Alors que l’Arizona est un solide bastion républicain, les sondages donnent Trump et Hillary ex-aequo, tandis que le Libertarien Gary Johnson rassemble près de 10% des intentions de vote.

La Caroline du Nord sera un baromètre de la mobilisation du camp républicain et la réélection du sénateur Richard Burr dépend largement de cette mobilisation. Elu en 2004, Richard Burr brigue un troisième mandat. Il est opposé à la démocrate Deborah Ross, mais doit également tenir compte du candidat libertarien Sean Haugh. Ce dernier n’est pas en position de l’emporter mais peut priver le Républicain d’une victoire.  La Caroline du Nord est un « swing state », un Etat décisif, essentiel au plan de conquête de la Maison Blanche par Donald Trump. Son élection au soir du 8 novembre passe obligatoirement par une victoire dans cet Etat, remporté par Mitt Romney en 2012. La Caroline du nord  a voté républicain lors de toutes les élections présidentielles depuis 1980, sauf celle de 2008. Les Américains d’origine africaine y sont très nombreux (21% de la population contre 12% en moyenne) et leur vote est largement acquis à Hillary Clinton. Barack Obama devrait d’ailleurs se rendre sur place pour mobiliser la communauté afro-américaine.

En Floride, le sénateur sortant et candidat aux primaires républicaines, Marco Rubio  a décidé de se représenter. Un temps menacé  par son challenger démocrate Patrick Murphy, il est désormais en tête dans les sondages et devrait conserver son siège. Il bénéficiera du vote des Américains d’origine cubaine, très nombreux, dans le sud de l’Etat. Comme la Caroline du Nord, la Floride est un « must win state» pour Trump. Un Etat qu’il doit gagner ! La Floride représente  29 voix au Collège électoral, et il est difficile d’imaginer que Donald Trump puisse parvenir au seuil de 270 voix, sans avoir celles de la Floride dans son escarcelle. Pourtant, à l’heure actuelle les sondages lui donnent trois à cinq points de retard sur Hillary Clinton.

Dans l’Illinois, le républicain Mark Kirk se bat pour sauver son siège et sa vie. Elu de justesse en 2010 (soixante mille voix d’avance sur trois millions de suffrages exprimés), Kirk, âgé de 52 ans alors, a été victime d’une attaque cardiaque qui l’a éloigné du Sénat pendant plus d’un an. Il a néanmoins refusé de démissionner et a même finalement décidé de se représenter. Il est opposé à la démocrate, Ladda Tammy Duckworth, représentante de l’Illinois au Congrès. Duckworth,  américaine d’origine asiatique (elle est née à Bangkok), est une ancienne combattante de la guerre en Iraq. Pilote d’hélicoptère elle fut gravement blessée et perdit ses deux jambes. Elle est devenue la première femme handicapée élue au Congrès et bénéficie d’un grand capital de sympathie.  L’Illinois est par ailleurs l’Etat de Barack Obama et d’Hillary Clinton. Il est dominé par l’électorat démocrate et Mark Kirk pourrait en pâtir.

Dans l’Indiana le sénateur républicain sortant, Dan Coats ne se représente pas. Il laisse vacant un siège qu’il avait conquis en 2010 après que celui-ci eut été entre les mains du démocrate  Evan Bayh de 1999 à 2010 et de son père Birch Bayh de 1963 à 1981. Même si l’Indiana vote habituellement républicain au scrutin présidentiel, la notoriété du sénateur Bayh en fait le favori pour regagner son siège perdu il y a six ans.  Le candidat républicain Todd Young pourrait toutefois profiter de la popularité de Trump dans cet Etat et du sentiment anti-establishment qui s’est emparé de l’électorat américain.  

Dans le Missouri, Rloy Blunt, sénateur sortant élu pour la première fois en 2010 est candidat à sa propre réélection. Il pourrait bénéficier de la popularité locale de Donald Trump. Le Missouri est un des rares « swing states » où Donald Trump est donné gagnant en novembre. Il domine les sondages et creuse un écart croissant avec Hillary.

Dans le Nevada, la course est grande ouverte. Et pour une fois les Républicains n’ont rien à perdre. Le sénateur sortant, le démocrate Harry Reid, ne se représente pas.  Le républicain Joe Hack, actuellement représentant du Nevada au Congrès est opposé à la démocrate Catherine Cortez. Les Républicains ont investi considérablement dans cette campagne, signe qu’ils considèrent qu’une victoire est possible. Cela vaut aussi pour Donald Trump. Bien que le Nevada compte une forte proportion d’hispaniques  et de nombreux immigrants récents, le message nationaliste et populiste de Donald Trump, résonne auprès d’un électorat qui a foi dans le rêve américain.  

Dans le New Hampshire la sénatrice républicaine sortante Kelly Ayotte est menacée. Elue en 2010 avec une large majorité (60% des voix) elle a dû affronter un défi interne de la part des sympathisants du Tea Party pour se représenter. Elle s’est aussi opposée à Donald Trump dont elle a régulièrement dénoncé les propos. Du coup elle se présente sous l’étiquette et avec l’appui du parti républicain, sans toutefois s’être rallié au candidat présidentiel de ce parti. La défection des supporters de Donald Trump en novembre pourrait lui être fatale.

Dans l’Ohio Robert Portman connait des difficultés en dépit d’une notoriété nationale qui en avait fait l’un des pressentis pour le job de vice-président sur le ticket républicain en 2012 et en 2016. Il appartient à l’aile modérée du parti et a notamment pris position en faveur du mariage homosexuel. Du coup les plus conservateurs lui tournent le dos. Il est opposé au démocrate Ted Strickland, mais les dernières enquêtes d’opinion lui sont plus favorables.

En Pennsylvanie,  le républicain Pat Toomey aura fort à faire pour conserver son poste. Elu de justesse en 2010 (80 000 voix d’avance sur 4 millions de suffrages)  dans ce qui est un « blue state » ( « Etat bleu », c’est à dire un Etat dominé par les Démocrates), son siège a été « ciblé » par le parti démocrate pour être reconquis. Toomey a choisi de se ranger derrière Donald Trump qu’il soutient sans broncher. Du coup l’infortune du second se reporte sur le premier. La Pennsylvanie est un « swing state » qui ferait un bien fou à Donald Trump s’il venait à l’emporter. Mais cela semble de plus en plus difficile. Il accuse un retard de plus de dix points sur Hillary Clinton. S’il parvenait à inverser cette tendance, ses chances de l’emporter en novembre et celles de Pat Toomey d’être réélu en seraient considérablement accrues…

Dans le Wisconsin le sénateur républicain sortant Ron Johnson, affronte le démocrate Russ Feingold, qui fut le détenteur de ce siège de 1993 à 2010. Le Wisconsin, Etat des grands lacs à la frontière du Canada, est également un « blue state »,. Selon les sondages, Johnson accusait, début septembre, un retard allant de   trois à treize points sur son challenger. Donald Trump est également à la traine d’Hillary Clinton dans cet Etat.

Outre ces Etats, la Géorgie, Etat du sud, et l’Iowa, Etat du Midwest, ont aussi une élection sénatoriale relativement disputée, dont le sortant est un républicain. Le suspense y est cependant moindre. Si les enquêtes d’opinion sont crédibles, ces sièges sont considérés comme désormais « sûrs » pour le G.O.P. 

En résumé sur 34 scrutins sénatoriaux, onze sont indécis. Dix chez les Républicains, un seul chez les Démocrates. Les Républicains  peuvent donc espérer, au mieux, gagner un siège. Ils peuvent, par contre, en perdre beaucoup plus. Car cinq de leurs candidats affrontent une réélection très difficile: Kirk dans Illinois, Young dans l’Indiana, Ayotte dans le New Hampshire, Toomey en Pennsylvanie,  et Johnson dans le Wisconsin.  Et il suffit de quatre sièges gagnés pour que les Démocrates retrouvent  leur majorité sénatoriale perdue en 2014.

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