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Démence sénile : les clés pour comprendre si votre mode de vie peut en favoriser l'apparition

Publié le 15 avril 2016
Non, mourir à petit feu d'une forme de démence, abandonné de tous au fin fond d'une maison de retraite n'est pas une fatalité. Faire du sport, soigner correctement son diabète ou son hypertension, cultiver ses relations sociales...: il existe de nombreux facteurs sur lesquels nous pouvons agir afin de diminuer, voire annuler les risques de développer ce type de maladies mentales. Et ce à partir de n'importe quel âge.
Christophe Tzourio est neurologue et épidémiologiste. Il dirige le "Bordeaux Population Health", un centre français de recherche dédié aux grands problèmes de santé de la population. 
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Non, mourir à petit feu d'une forme de démence, abandonné de tous au fin fond d'une maison de retraite n'est pas une fatalité. Faire du sport, soigner correctement son diabète ou son hypertension, cultiver ses relations sociales...: il existe de nombreux facteurs sur lesquels nous pouvons agir afin de diminuer, voire annuler les risques de développer ce type de maladies mentales. Et ce à partir de n'importe quel âge.

Atlantico : Quelles formes de maladies mentales inclut le terme de "démence" ?

Christophe Tzourio : Nous souffrons tous de détériorations mineures de certaines de nos fonctions cognitives avec l'âge mais la démence est une pathologie : c’est une détérioration majeure de plusieurs fonctions cognitives, qui impacte la vie quotidienne, c'est-à-dire que cette maladie neurologique va finir par gêner la personne qui en est atteinte dans sa vie de tous les jours. 

Le terme de "démence" inclut la maladie d'Alzheimer, les démences vasculaires et toutes les autres formes plus rares de démence (la démence à corps de Lewy, la démence frontotemporale, la démence extrapyramidale, et les démences secondaires). La maladie d'Alzheimer représente classiquement à peu près deux tiers des cas de démence. 

Vers quels âges les différentes formes de démence peuvent-elles apparaitre ?

Les démences peuvent apparaître à n'importe quel âge mais globalement, la plupart des démences se développent à partir de 65-70 ans. Concernant les démences d'origine génétique, certaines peuvent,dans de très rares cas, se manifester dès la trentaine mais c'est tout à fait exceptionnel..

La population française est-elle fortement menacée par la démence mentale ?

Oui et pour une raison très simple : le facteur principal favorisant des démences est l'avancée en âge. Or, comme la population française est une des populations les plus vieillissantes au monde, juste après le Japon - chaque année, notre espérance de vie augmente de trois mois en moyenne et c'est un résultat remarquable dû principalement à la qualité de notre système de santé - le simple fait de que la population vieillisse globalement entraine mécaniquement une augmentation du nombre de cas de démences.

On peut projeter aujourd'hui le nombre de personnes qui seront atteintes de démences en 2050 (voir le tableau ci-dessous), et c'est absolument terrifiant : il est désormais question d'une véritable "épidémie silencieuse".

Il faut également souligner que ce problème de santé publique est mondial et ne touche pas que les pays occidentaux : les pays dits en développement (notamment l'Inde et la Chine) vieillissent également très vite. C’est donc dans ces pays que les cas de démence seront les plus nombreux (du fait de leurs populations quantitavement supérieures à celles des pays développés). 

La démence n'est pas seulement génétique, elle dépend aussi de facteurs physiques et environnementaux. Quelles sont les populations à risque ?

- Âge : l'augmentation de l'âge est le principal facteur de risque de développer une forme de démence et de loin le plus important.

- Sexe : il y a une légère prédominance de la démence chez les femmes. La question de savoir si cela est lié à leur plus longue espérance de vie n’a pas encore été éclaircie. Cela aurait du sens dans la mesure où elles ont une meilleure protection vasculaire que les hommes (liée notamment aux hormones et à l'œstrogène). 

- Hérédité : de nombreux patients craignent que la démence soit héréditaire, or elle l'est beaucoup moins que ce que l'on pense généralement. Ce n'est pas parce que l'un de vos parents a été atteint de la maladie d'Alzheimer que vous l'aurez forcément. Il y a certes un caractère génétique de la maladie d'Alzheimer mais il ne semble pas aussi important que ce que l'on a cru. 

- Hypertension, cholestérol et diabète : ce sont des facteurs de risques cardio-vasculaires, qui non seulement augmentent le risque d'infarctus du myocarde ou d'AVC, mais également celui de développer une forme de démence. Cest une découverte récente et elle est très importante car elle permet d'entrevoir une prévention de la maladie d'Alzheimer. Diabète et hypertension sont en effet responsables de l'apparition de petites lésions vasculaires au niveau du cerveau  - diagnostiquée par IRM cérébrale ou lors d'une autopsie - qui majorent le risque de démence. Une bonne prise en charge d'une hypertension artérielle ou d'un diabète permet de diminuer le risque de développer une  démence ou de la retarder. Les effets bénéfiques du traitement du diabète et de l'hypertension sont même observables chez un patient déjà atteint d'une forme de démence, lui permettant de gagner de nombreuses années de vie mentale opérationnelle. 

Quels sont les modes de vie qui augmentent le risque de souffrir de démence plus tard  ?

- Alimentation : en ce qui concerne l’alimentation, il y a un vrai flou : par exemple, la consommation régulière de poisson serait favorable mais les études sont complexes et souvent contradictoires. Il est donc impossible de se prononcer sur l'impact de ce facteur sur le développement de démences. Même si spontanément, on a tendance à se dire que manger des fruits frais et des légumes est bon pour la santé et donc pour le cerveau, rien ne le prouve, pas plus qu’il n’a été prouvé que la "junk food" favorise le risque de maladie d’Alzheimer. 

- Alcool : on connait bien les cas de démence alcoolique, qui concernent les très gros buveurs (que l'on peut observer chez les SDF ou les marins, par exemple). Pour les grands consommateurs, l’alcool a un caractère toxique sur le cerveau, et donc augmente le risque de contracter un forme de démence. Pour les petits consommateurs, rien n'est encore prouvé.

- Drogues : les amphétamines sont extrêmement nocives pour le cerveau, mais comme l'alcool, il faut être un très gros consommateur pour que ce facteur favorise un risque de démence.Par ailleurs, la consommation de cannabis fait débat. C’est une drogue qui occasionne des troubles de la mémoire ; on peut donc légitimement se demander si consommer cette substance-là régulièrement et pendant longtemps favorise le risque de détérioration cogntive sévère, voire de démence. Mais il n’existe encore aucune preuve pour l’instant (la consommation est difficile à évaluer, souvent sous-déclarée, et il faudrait pouvoir avoir l'historique de consommation sur toute la vie!). Cela reste néanmoins un possible facteur de risque que l'on ne peut pas exclure de la recherche sur les origines de la démence. 

- Exercice physique : l’exercice physique est le paramètre pour lequel on a le plus d’indices positifs. Au regard de l’ensemble de la littérature, faire du sport diminuerait considérablement le risque de développer une forme de démence. 

- Entrainement du cerveau : les personnes ayant des réseaux sociaux riches, qui sortent et lisent beaucoup, ont un moindre risque de développer une forme de démence. L'hypothèse que l'on peut faire est que d’avoir des interactions humaines, être curieux et ouvert, sollicite le cerveau de façon régulière et l'entraine (un peu comme un muscle), empêchant ou ralentissant sa détérioration. 

- Stress : on peut supposer, mais là encore il s’agit d’une simple hypothèse venant notamment de modèles animaux, que l’excès de stress aurait un impact négatif sur le cerveau. Comme pour l'alimentation et le cannabis, des recherches sont encore en cours sur le sujet. 

- Dépression : de nombreuses études ont mis en évidence que le fait d’avoir fait une dépression augmentait le risque de maladie d’Alzheimer. Mais le début d’une maladie d’Alzheimer peut aussi s’accompagner de symptômes dépressifs. Se pose donc encore la question de la poule et de l’œuf : peut-être que lorsqu’une dépression est dépistée chez certaines personnes âgées, il s’agit en réalité des premiers symptômes d’Alzheimer. 

Pour conclure, il convient toutefois de souligner que nous ne parlons pas de facteur causal mais d'une augmentation du risque : une femme ayant fait une dépression, de l’hypertension, ayant un cholestérol élevé et du diabète peut très bien vivre jusqu’à 120 ans sans jamais contracter aucune forme de démence. Ces facteurs que nous venons d’évoquer augmentent ou diminuent le risque de démence mais ce ne sont pas des facteurs causaux. D'ailleurs, il n’y a probablement pas un facteur causal unique mais plusieurs facteurs qui se contrecarrent, s’annihilent, ou au contraire interagissent. 

A quel âge peut-on encore modifier notre mode de vie pour diminuer le risque de souffrir d'une forme de démence mentale plus tard lors de sa future vieillesse ? 

A tous les âges! Se mettre par exemple à la marche, même tardivement, serait très positif. Le message de prévention, comme celui de la correction de l’hypertension artérielle et du diabète ou encore d'encouragement à l’exercice physique, s’adresse surtout aux sujets qui ont entre 55 et 65 ans, afin qu’ils préparent leur grande vieillesse (vers 80 ans), et que le risque développer une forme de démence diminue. C'est en effet à cet âge moyen que la prévention serait la plus efficace ; il y aurait probablement une période charnière. Bien vieillir se prépare finalement assez tôt et ne concerne pas que les personnes très âgées. Les résultats scientifiques récents sont également porteurs d'espoir car il semble bien qu'il soit possible d'éviter le risque de démence avec ces quelques principes simples que nous venons d'évoquer.

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