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De Saint-Denis à Molenbeek
Banlieues de Bruxelles, de Paris et d’ailleurs : comment reconquérir ces "zones grises" à qui le terrorisme islamiste inspire des sentiments mitigés
Publié le 25 mars 2016
La ville de Molenbeek a fait beaucoup parler d'elle ces derniers temps, et les attentats de Bruxelles du 22 mars 2016 viennent confirmer qu'un grave problème se joue dans ces zones de non-droit, où l'information et la solidarité sont court-circuitées par la loi du silence. La non-régulation de ces espaces de violence encourage l'émergence des terroristes.
Alain Marsaud est député de la 10e circonscription des Français de l'étranger. Ancien magistrat, il a aussi occupé le poste de chef du Service central de lutte antiterroriste au Parquet de Paris.
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Alain Marsaud est député de la 10e circonscription des Français de l'étranger. Ancien magistrat, il a aussi occupé le poste de chef du Service central de lutte antiterroriste au Parquet de Paris.
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Zohra Bitan
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La ville de Molenbeek a fait beaucoup parler d'elle ces derniers temps, et les attentats de Bruxelles du 22 mars 2016 viennent confirmer qu'un grave problème se joue dans ces zones de non-droit, où l'information et la solidarité sont court-circuitées par la loi du silence. La non-régulation de ces espaces de violence encourage l'émergence des terroristes.

Atlantico : Les attaques de Bruxelles mettent en exergue le problème des "zones grises". A l'instar de la ville de Molenbeek, les "espaces de dérégulation sociale" sont aujourd'hui des foyers de ressentiment passif contre le pays, régis par l'omerta. Ils servent de relais, grâce à des "numéros verts" (nom que l'on donne au carnet d'adresse des terroristes qui cherchent un soutien logistique) : la solidarité en place dans ces zones, au cœur-même des territoires nationaux, a très fortement ralenti les investigations policières. Mais on sait aussi que c'est grâce à des témoignages venant de ces zones que l'on a pu arrêter de nombreux complices des terroristes. Comment expliquer le rôle clé de ces zones grises, après l'horreur des attentats de Paris et désormais de Bruxelles ?

Zohra Bitan : Tout cela n'est pas arrivé en un jour. Depuis quelques années, nous avons une politique, et une politique de la Ville qui a axé ses actions sur des objectifs peu ambitieux. On a encouragé l'entre-soi. On a tout simplement nié le rôle des parents et des éducateurs dans ces espaces. Des élus locaux ont accepté de financer des associations culturelles, qui se sont finalement avérées être cultuelles, et ont bien-sûr omis de les surveiller.

Ils ont laissé de côté les problèmes d'orientation scolaire et refusé de privilégier l'apprentissage dès le plus jeune âge. La politique de la Ville, chère et jamais remise en cause, est un cocktail explosif : ces zones de relégation sont donc apparues. Et dans ces zones, la survie n'est devenue possible qu'entre-soi. Entre-soi dans la merde. C'est le fruit d'un apartheid parce qu'on a refusé de demander aux citoyens de faire leur part dans ces espaces-là. On a rendu impossible le fait de s'extraire de sa condition sociale. Aujourd'hui on panse au lieu de penser. Et c'est sans compter les dégâts de l'anti-racisme.

Alain Marsaud : Ces zones grises doivent être l'inquiétude numéro un de l'Europe et peut-être de l'Occident dans son sens le plus large. En effet, pour des raisons qui tiennent à notre responsabilité à tous, nous avons laissé se développer, voire parfois encouragé, le communautarisme, sans doute pensant en tirer quelques profits, notamment pour certains élus en vertu de considérations purement électorales. Cela vaut pour tous nos pays occidentaux, et en particulier pour la France, la Belgique, et peut-être pour l'Allemagne. Comment régler ce problème aujourd'hui ? On pourrait dire que le mal est fait, et qu'il n'y a plus rien à faire. Je crois que l'on se trompe de combat. Souvent, les médias affirment que l'on est en présence de djihadistes qui se sont radicalisés, or, je pense que l'on est en présence de populations qui d'abord se radicalisent dans la recherche de la violence et de sa mise en œuvre, puis qui se rattachent au concept de djihadisme fanatique. Mais on est bien d'abord en présence de personnes qui ont décidé de rentrer dans l'action violente sans doute par rejet de notre modèle occidental. L'islamisme devient le catalyseur de cette contestation.

Ces zones ont-elles été suffisamment ciblées depuis les attentats de l'an dernier ? Quelle est la responsabilité des professionnels de la victimisation dans l'absence de réaction adaptée ?

Alain Marsaud : Ces zones n'ont pas été ciblées - ne serait-ce parce qu'on a pris beaucoup de temps à s'en rendre compte - ; le travail doit donc commencer maintenant. La responsabilité incombe plus aux élus locaux qu'aux services de prévention et de répression, on le sait. Un certain nombre d'acteurs ont en effet encouragé ce phénomène et se retrouvent aujourd'hui dépassés. La marche arrière est difficile. Par exemple, certains maires sont aujourd'hui menacés s'ils tentent de sortir de cette impasse dangereuse. Toute politique coercitive à l'égard de ces groupes devient impossible à partir d'un certain stade... Il est grand temps de sortir de cette impasse.

Zohra Bitan : La réaction qui consiste à mettre en place des perquisitions à l'aveugle n'est certes pas une solution. Il faut bien savoir qu'énormément de gens aujourd'hui sont otages de cette minorité agissante. Ne pas agir directement sur celle-ci, c'est condamner une fois de plus la majorité qui subit. L'antiracisme a parfois fermé les yeux sur certaines réalités, oui... Mais le grand plan qui aurait dû être mis en place est avant tout une dé-ghettoïsation scolaire, suivie d'un politique de logement et enfin et surtout un grand projet de soutien à la parentalité. Car il faut redonner de la dignité aux parents ; si la politique de la Ville doit servir à quelque chose, c'est à cela.

Même si c'est une mission difficile, il faut réinstaller des centres médicaux psycho-pédagogiques et des conseillères d'économie sociale et familiale. Ces dispositifs sont absents ou trop disparates. Et il faut aussi arrêter de financer du culturel-cultuel ... 

Dans quelle mesure le débat français sur la déchéance de nationalité a-t-il convaincu certains binationaux qu'ils étaient discriminés ?

Alain Marsaud : Ce débat sur la déchéance de nationalité n’intéressait au fond que les journalistes et les parlementaires. On aurait pu s'en passer. Quant à l'effet qu'il a eu sur les communautés, il est difficile à estimer. Le ressentiment dans de nombreux cas était déjà suffisamment fort avant ce débat.

Zohra Bitan : Le débat sur la déchéance de la nationalité est nul et non avenu. Cette loi n'empêchera pas un kamikaze de se faire sauter ! Aujourd'hui, on sait qu'on a trois générations voire plus d'immigration, il faut donc penser autrement. La discrimination existe déjà. Il faut dès lors arrêter de parler à tout le monde, et cesser de lancer des messages communautaires. Il faut corriger les inégalités par des mesures générales. Le soutien à la parentalité est une proposition sérieuse ; la déchéance de la nationalité non.

Depuis des années, nous dénonçons cette situation, et on nous taxe de fachos et d'identitaires. C'est ce déni et cette complaisance qui ont tué, qui maintiennent des gens en otages, et qui, comble du comble, ont renforcé le racisme.

J'aimerais aujourd'hui rencontrer ces personnes critiquées pour débattre avec elles, histoire de déterminer qui sont les fachos ! Car moi, je les aime, ces gens en difficulté, je crois en eux et je crois qu'ils peuvent faire la communauté nationale de demain. Aujourd'hui, nous avons une punition générale et haineuse de la part de Français en colère, et cette colère est compréhensible.

On sait que les personnes qui osent parler à la police prennent le risque de s'exposer aux menaces, pressions, et autres violences d'une partie de la communauté locale. Comment faire pour aider les habitants des zones grises à briser l'omerta ?

Zohra Bitan : Mais il faut mettre les moyens ! On ne peut pas demander aux gens de parler et les laisser là où ils sont ! Aujourd'hui, il y a des citoyens qui se sentent concernés et qui refusent le terrorisme, cette barbarie, ce rejet de la France et de la République et vous voulez qu'ils s'exposent, qu'ils se mettent en danger : vous savez que les gens comme moi qui ne sont pas menacés sont déjà traités de fachos et d'identitaires. Imaginez les autres ! J'accuse la classe politique et l'élite bien-pensante de la presse, de gauche en particulier, de nous avoir méprisés, d'avoir dit que nous faisions le jeu du FN. Oui, le FN voit la même chose que nous, mais nous, nous le dénonçons pour soigner. 

Les territoires perdus de la République qu'on nous ressort à chaque événement grave, nous les dénoncons depuis 2002 ! Et encore, quand nous dénonçons, nous ne disons pas tout : dans ce que l'on peut entendre en banlieue, il y a des mots cruels, vrais, violents qui choqueraient bien des oreilles bourgeoises… Car il faut le dire : notre génération a pété les plombs. 

Pour revenir à l'omerta, il faut savoir que se balader en jupe ou en pantalon moulant est déjà compliqué ; alors dénoncer son voisin suspect, c'est impensable ! Ce n'est pas une solidarité liée au terrorisme qui joue le plus, c'est surtout la peur. Les gens qui terrorisent les cités sont avant tout des voyous. Et c'est contre cette délinquance primaire qu'il faut avant tout lutter. 

Alain Marsaud : Il y a de fait une véritable omerta, et nombre de personnes de la communauté musulmane, qui pourtant ne se reconnaissent pas du tout dans ces actes, ont le plus grand mal à venir témoigner auprès des services compétents car ils se sentent vulnérables et considèrent que l'autorité politique n'est pas à même de les protéger. Les promesses faites sur ce sujet sont rarement tenues… Et il y a surtout un véritable doute sur la volonté du Gouvernement actuel (et sur la volonté du prochain, d'ailleurs) de lutter contre le communautarisme. Les Musulmans qui souhaitent s'intégrer dans le système et vivre une paix intérieure et religieuse ne le peuvent plus. Molenbeek en est l'illustration terrible : le réseau qui est passé à l'action a d'abord fait régner la terreur par d'autres moyens dans cette banlieue (violence et surtout drogues, avec un important réseau de distribution).

On est bien en présence de radicaux qui s'islamisent. J'ai eu l'occasion de rencontrer des Français qui sont partis faire le djihad mais se sont fait interpeller : ces jeunes gens, quelques mois auparavant, allaient en boîte de nuit à Trappes et fumaient le haschich !

Aujourd'hui, les intellectuels ou le Gouvernement n'ont pas encore décidé s'il s'agissait d'une radicalisation ou d'une islamisation : les solutions à mener selon le diagnostic ne sont pourtant pas du tout les mêmes !

Des Français et des Belges de confession musulmane ne devraient-ils pas exprimer, plus clairement que les représentants actuels de l'islam dans nos pays, leur condamnation sans réserve de tels actes, et de toutes les complicités actives ou passives qui les rendent possibles ? 

Zohra Bitan : Le problème de l'Islam est que l'Islam a 1000 facettes, 1000 Corans et 1000 façons de regarder le monde aujourd'hui. Dans une République et une démocratie, c'est au citoyen de s'indigner, pas à l'Islam. Si l'on veut des musulmans qui s'indignent, il suffit de tendre l'oreille ! Car enfin que voulez-vous ? Dois-je être voilée pour que l'on m'entende ? Il faudrait donc que je demande à mes enfants de se déguiser en barbus, en djellabas, que je leur dise de monter sur la Tour Eiffel et de crier "je condamne" ? Mais nous condamnons ! Nous subissons déjà tellement, particulièrement les femmes !

Il y a des phénomènes incroyables que personne ne voit. Quand Ménard dit : "un prénom = une religion", il est attaqué et traité de facho. Et bien dans les cités c'est la même chose, les caïds disent "un prénom = une religion" ! Mais le traitement médiatique n'est pas le même ! Car une Zohra est forcément voilée, musulmane et pratiquante ! Et si ce n'est pas le cas, c'est une kouffar, une vendue aux blancs et une collabeurette ! Qui vient nous défendre, nous, qui dénonçons déjà ? Personne.

On se fait insulter, menacer par ceux qui sont protégés par l'anti-racisme. Des musulmans comme moi qui se défendent contre ces gens-là, il y en a tous les jours sur Twitter, Facebook … Il faut juste leur donner la parole ! Car maintenant tout ce silence tue : il serait peut-être temps de prendre nos situations au sérieux. 

Alain Marsaud : Le problème de l'omerta pèse là encore. Il faut avoir beaucoup de courage aujourd'hui quand on est un musulman belge ou français pour dire que l'on condamne fermement le terrorisme. La communauté musulmane n'a pas de chefs. Ceux qui jouent ce rôle n'ont pas de crédibilité, car ils passent, à tort ou à raison, pour des vendus. Seul le Gouvernement fait de temps en temps une photo de groupe avec eux.

Il faudrait sortir de la ghettoïsation qui encourage cette situation pour donner un autre exemple. Notre société ne mobilise plus. Plus grand-monde ne serait prêt aujourd'hui à mourir pour ces idées. C'est pessimiste, certes, mais c'est aussi la triste réalité.

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essentimo
- 28/03/2016 - 08:10
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Arthur75015 !
Semper Fi
- 26/03/2016 - 06:03
@ Texas
Et c'est bien dommage, surtout pour Galula... puisque il livre l'exacte méthode à suivre pour reconquérir ces territoires, tant sur le plan opérationnel que politique (pour peu que le lecteur soit capable de "recontextualiser" en virant les références aux mouvements communistes révolutionnaires et en les remplaçant par les mouvements islamistes... dont les méthodes ne sont d'ailleurs guère différentes, seule l'idéologie a changé).
Arthur75015
- 25/03/2016 - 09:11
L'islam est un cancer
Ce n'est donc pas avec des médecines douce que l'on doit le traiter mais avec des traitements forts, radicaux et sans états d'âme.