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Déchéance de nationalité : ce que François Fillon a gagné avec le blocus du Sénat sur l’inscription de la réforme dans la Constitution

Publié le 19 mars 2016
Jeudi 17 mars, le Sénat a définitivement enterré la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité. L'issue de ce vote marque une victoire pour François Fillon qui avait pris la tête des opposants de droite à ce texte. Une victoire qui ne sera peut-être pas si déterminante pour sa course vers la primaire.
Bruno Jeudy est rédacteur en chef Politique et Économie chez Paris Match. Spécialiste de la droite, il est notamment le co-auteur du livre Le Coup monté, avec Carole Barjon.
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Jeudi 17 mars, le Sénat a définitivement enterré la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité. L'issue de ce vote marque une victoire pour François Fillon qui avait pris la tête des opposants de droite à ce texte. Une victoire qui ne sera peut-être pas si déterminante pour sa course vers la primaire.

Atalntico : Jeudi 17 mars, le Sénat a définitivement enterré la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité. L'issue de ce vote marque une victoire pour François Fillon qui avait pris la tête des opposants de droite à ce texte. Pourra-t-il tirer parti de cette victoire dans sa course vers la primaire ?

Bruno Jeudy : Je pense que les Français ont déjà tourné la page de cette affaire de déchéance de nationalité. Il ne tirera donc pas directement parti de cette victoire tactique. Cependant, François Fillon peut tirer bénéfice du fait qu'il en sort renforcé chez les parlementaires. Il a fait basculer plus du tiers des députés dans son camp à l'Assemblée et a conforté sa position au Sénat où il comptait déjà de nombreux relais, à commencer par le président du Sénat, Gérard Larcher, et Bruno Retaillau, le président du groupe Les Républicains.

Dans une campagne électorale, dans quelle mesure bénéficier d'une stature de leader auprès des élus est déterminant pour remporter la victoire ?

Il est toujours bon d'être soutenu par des parlementaires. Cela crédibilise et cela permet de se constituer des relais sur le territoire et dans les médias. Dans une compétition serrée et avec de nombreux candidats comme cette primaire des Républicains, compter sur le soutien d'un grand nombre de parlementaires peut être un véritable atout. C'est une force sur laquelle ne peuvent pas compter plusieurs des concurrents de François Fillon. Néanmoins, ce n'est pas ce qui détermine principalement une élection. On a évidemment le souvenir d’Édouard Balladur qui avait le soutien de nombreux parlementaires et qui a fini par être battu par Jacques Chirac qui pouvait compter sur un fort soutien des militants. C'est un élément nécessaire mais insuffisant. Il reste toujours à François Fillon de conquérir les suffrages des électeurs.

François Fillon s'est opposé à la déchéance de nationalité malgré la popularité de cette mesure à droite. Par la suite, il a soutenu la version initiale de la loi El-Khomri qui suscitait pourtant le rejet de 61% des électeurs de droite (sondage Odoxa / Bfm – Aviva – Challenges du 3 mars 2016). Ne risque-t-il pas d'être sanctionné par l'électorat de droite à la primaire pour ces prises de position ?

Je ne pense pas que la primaire se gagnera sur la position des uns et des autres sur la déchéance de nationalité et sur les différentes versions de loi El-Khomri. Les positions de François Fillon sur ces questions ne seront donc pas handicapantes pour lui. Les électeurs de droite ne sont pas encore dans la comparaison des programmes. Ils sont actuellement plus attentifs aux personnalités, à la stature des candidats. Pour l'instant, à ce jeu, c'est Alain Juppé qui s'en sort le mieux car les électeurs de droite ont avant tout envie de tourner la page des deux quinquennats ratés, celui de Nicolas Sarkozy et celui de François Hollande. M. Juppé incarne donc pour eux une sorte de valeur refuge en raison de son image d'homme d’État expérimenté et rassurant.

Ce qui est certain c'est que François Fillon a décidé de bâtir un programme de rupture sur les questions économiques, et conservateur sur les questions sociétales qui ne tient pas compte des attentes des Français mesurées par les sondages. Il a payé assez cher le fait de croire aux sondages, notamment en 2012 lorsqu'il pensait remporter haut la main la présidence de l'UMP, pour ne pas mesurer aujourd'hui combien il vaut mieux partir d'une matrice idéologique solide pour ensuite espérer convaincre les Français. D'autant plus que ces derniers sont difficiles à convaincre, notamment sur la nécessité de réformes économiques. C'est particulièrement frappant avec la loi El-Khomri : les Français sont allergiques aux réformes de structure, notamment sur le Code du travail, quand bien même elles seraient des réformes que la France devra faire un jour. La réforme des retraites s'est faite malgré les sondages et malgré les électeurs de droite qui ne soutenaient pas les gouvernements Raffarin et Fillon quand ils ont conduit ces réformes en 2003, puis en 2009-2010.

Concernant la déchéance de nationalité, François Fillon a indubitablement commis une erreur en changeant d'avis. Cependant, en prenant sa position finale contre la modification de la constitution, il se repositionne dans le courant gaulliste. Par ailleurs, il s'agit d'un coup tactique qui lui permet de cliver avec ses rivaux, Nicolas Sarkozy en tête. Le fait que sa position ait été celle qui fut victorieuse au Sénat constitue une victoire politique pour M. Fillon en révélant son leadership sur les parlementaires. La portée de cette victoire dans l'électorat est cependant à relativiser car elle s'est faite à l'encontre de l'opinion des électeurs de droite et sera vite oubliée.

En cherchant avant tout à rallier à lui les parlementaires, au risque d'aller à l'encontre de l'opinion majoritaire dans son électorat comme ce fut la cas sur la déchéance de nationalité, François Fillon ne risque-t-il pas de se déconnecter du terrain, des électeurs de droite ?

Le problème de François Fillon avec l'électorat de droite est plutôt, pour moi, un problème de communication. Il semble un peu à la peine, pâtissant de l'entrée en campagne de Bruno Le Maire qui s'en trouve poussé dans la lumière.

Par ailleurs, au fur et à mesure que les candidats à la primaire dévoilent leurs programmes, on se rend compte qu'ils sont assez similaires dans les grandes lignes. Il y a une surenchère libérale sur les questions économiques et une surenchère sécuritaire sur les questions régaliennes. Chacun distribue également des clins d'oeil identitaires à l'électorat qui attend cela. De tous les candidats, François Fillon est sans aucun doute celui qui a le plus travaillé son programme, et pourtant il n'en profite pas du tout dans l'opinion, faute d'une bonne communication. Il est débordé sur les aspects programmatiques par Alain Juppé, et même par Nicolas Sarkozy qui a largement puisé dans ses propositions pour bâtir le sien.

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HdH
- 20/03/2016 - 10:04
Droite ?
Quand cesserons nous de penser et de laisser dire que Juppé et autres rejetons énarques, NKM, Le Maire etc... sont de "droite" ? Ce ne peut être, après les "manipulations génétiques" induites par le parcours ENA et la passion autoritaire de la haute fonction publique.
Anguerrand
- 20/03/2016 - 08:03
Fillon a raison,
il avait affirmé qu'il voterait cette loi, en tout cas le projet initial, mais comme d'habitude l'homme de le synthèse François le petit a voulu faire une synthèse ( qui consiste à vider un texte de sa substance) et contenter tout le monde ce qui n'est pas possible. Dans sa petite tête de premier secrétaire du PS ou de faiseur de banqueroute de la Corrèze.