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Derrière l'offensive des pays du Golfe contre le Hezbollah, leur rapprochement avec Israël contre l’arc chiite
Publié le 03 mars 2016
Au-delà de leur ennemi iranien commun, Israël et les pays arabes du Golfe ont des intérêts partagés et entretiennent des relations officieuses. L'alliance objective qui les unit ne se transformera pas en alliance officielle en raison du problème palestinien, véritable pierre d'achoppement des relations entre l'état hébreu et les membres du Conseil de Coopération du Golfe.
Gil Mihaely est historien et journaliste. Il est actuellement éditeur et directeur de Causeur.
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Au-delà de leur ennemi iranien commun, Israël et les pays arabes du Golfe ont des intérêts partagés et entretiennent des relations officieuses. L'alliance objective qui les unit ne se transformera pas en alliance officielle en raison du problème palestinien, véritable pierre d'achoppement des relations entre l'état hébreu et les membres du Conseil de Coopération du Golfe.

Atlantico : Le Hezbollah, soutenu par l'Iran, est reconnu comme une organisation terroriste par Israël et les pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) tandis que les rebelles sur le terrain syrien qui sont soutenus par le CCG sont considérés comme des groupes terroristes par l'Iran. Au-delà de cette guerre de qualification, les terroristes des uns étant les alliés des autres, il est indéniable qu'Israël et les pays arabes du Golfe ont un ennemi commun : l'Iran. Quelles sont les origines et les causes de cette hostilité vis-à-vis de l'Iran tant du côté israélien que du côté des pays du Golfe ?  

Gil Mihaely : La révolution iranienne de 1979 a mis en place un régime et un système politique fondés pour la première fois sur l’islam politique. Dans une région où la religion est une donnée fondamentale – dans le cas de l’Arabie saoudite, le rôle de gardienne des lieux saints est même la base de la légitimité – cela signifiait un bouleversement profond, d’autant plus grave que l’Iran est chiite, ce qui ajoute une dimension supplémentaire aux tensions générées par le changement de direction à Téhéran. Très vite, la guerre entre l’Irak et l’Iran a démontré à quel point la situation était dangereuse et d'une certaine manière, nous vivons et subissons toujours les conséquences des évènements de 1979-1988. L'Iran est devenu une puissance régionale avec une forte dimension idéologique et le djihadisme sunnite est en quelque sorte la réponse au radicalisme chiite. Dans ce contexte, et puisqu'à la suite des accords de Camp David signés en 1979 entre Israël et l’Egypte plus aucun acteur arabe n'envisageait sérieusement la disparition d’Israël, son existence subie est devenu un atout, notamment face à l’Iran et à ses alliés.  

Alain Rodier : Israël a trois ennemis : l'Iran, l'Iran, l'Iran. En effet, l'Iran est considéré par l'état hébreu comme une menace existentielle et l'effort nucléaire iranien suscite de grandes craintes chez l'état d'Israël. Ce dernier a d'ailleurs tout fait pour ralentir et faire capoter le processus de négociation de l'accord nucléaire signé par le P5+1 (les 5 membres du Conseil de sécurité et l'Allemagne) et l'Iran le 14 juillet 2015. A l'heure actuelle, l'Iran est l'ennemi principal d'Israël. Cela est lié au fait que la menace conventionnelle contre l'état hébreu a radicalement changé depuis les printemps arabes : désormais, aucun Etat de la région ne représente une menace alors que dans le passé, l'Irak, la Syrie et l'Egypte (pays avec lequel Israël a eu de nombreux conflits, notamment la guerre du Kippour) représentaient des menaces.

Les pays du Golfe, quant à eux, accusent Téhéran de vouloir créer un arc chiite qui partirait d'Iran et reposerait sur la Syrie, l'Irak, le Hezbollah très bien implanté dans une partie du Liban et dans une moindre mesure le Bahreïn et le Yémen. Ces deux derniers pays constituent des points d'achoppement : au Bahreïn, où la majorité de la population est chiite tandis que la famille royale est sunnite, les pays arabes du Golfe craignent une révolte et plus encore la contagion de la protestation dans leurs propres frontières ; au Yémen, où se déroule une guerre, la moitié ouest du pays est tombée dans les mains des Houthis, qui sont soutenus par Téhéran et les anciens partisans de l'ex président Saleh et affrontent les forces du président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi et une coalition de pays arabes emmenés par l'Arabie saoudite.Le sentiment que Téhéran a des volontés hégémoniques dans la région est partagé par tous les pays sunnites du Golfe.

Israël et les pays du Golfe s'unissent donc contre un ennemi commun.     

Des actions communes et concertées ont-elles été mises en œuvre par Israël et les pays du Golfe pour contrer la menace iranienne ?

Gil Mihaely : Selon le SundayTimes, l’ancien chef du Mossad, Meïr Dagan, s’est rendu en Arabie Saoudite pour discuter d’une coopération militaire dans le cadre d’une attaque contre l’Iran. On sait également qu’Israël entretient des relations quasi officielles avec le Qatar depuis vingt ans et on peut donc supposer qu'entre les dirigeants israéliens et les gouvernements de la région, il existe des contacts plus ou moins directs, dans la région où ailleurs.    

Alain Rodier : On a appris grâce à Wikileaks que des relations tout à fait concrètes ont pris forme entre les pays du Golfe et l'état d'Israël. Certaines rencontres non officielles ont eu lieu. Le cas du Qatar est un peu à part. En effet, le Qatar a annoncé que dans le cadre de l'organisation de la prochaine coupe du monde de football, les Israéliens seraient invités. Par ailleurs, entre le Qatar et Israël, les relations économiques et d'affaires se développent, notamment au travers des financements qataris en Israël. 

En dehors de cet ennemi iranien partagé, quels sont les intérêts communs d'Israël et des pays arabes du Golfe  dans la région du Proche et Moyen-Orient et au-delà ?

Gil Mihaely :Tous ces pays sont riches, fragiles et ont besoin de stabilité pour pouvoir extraire et exporter leur pétrole et leur gaz et maintenir le statu quo politique, social et religieux à l’intérieur de leurs frontières. Ils ont donc intérêt à pouvoir dialoguer de façon constructive avec tous les acteurs régionaux, surtout quand ces derniers sont puissants militairement, performants économiquement et très proches des Etats-Unis.     

Alain Rodier : Dans la région, ils ont un intérêt commun. En effet, chaque pays du Golfe essaie de préserver sa gouvernance et considère avec beaucoup de méfiance tout mouvement qui pourrait remettre en question la stabilité du pouvoir. Israël préfère également avoir des interlocuteurs qu'il connaît bien plutôt que des pays qui se lancent dans des aventures révolutionnaires qui pourraient changer la donne et lui être défavorables à terme. En outre, l'état d'Israël, tout comme les pays arabes du Golfe, n'ont pas intérêt à ce que des islamiques radicaux du type de l'Etat islamique ou d'Al Qaïda arrivent à la tête d'un Etat.

Par ailleurs, les Américains se désengagent progressivement de la région moyen-orientale au profit de l'Extrême-Orient. Pour les pays arabes de la région qui avaient des liens séculaires avec les Etats-Unis comme pour Israël, ce retrait relatif des Etats-Unis est source d'inquiétudes. 

Néanmoins, peut-on aller jusqu'à parler d'une alliance objective entre Israël et les pays du Golfe ? 

Gil Mihaely : Ce n’est pas le terme approprié. Il s’agit de relations officieuses entre des acteurs qui se parlent, échangent des positions et des idées et coopèrent ponctuellement, tout cela bien entendu derrière une hostilité de façade.  

Alain Rodier : On peut parler d'une alliance objective mais pas officielle. Le problème des pays arabes (et de l'Iran aussi d'ailleurs) vis-à-vis d'Israël est lié à la cause palestinienne. Cela empêchera dans l'avenir toute création de liens diplomatiques ouverts entre Israël et les pays arabes dans la mesure où le problème palestinien ne sera pas réglé dans les années à venir. Le problème palestinien est véritablement la pierre d'achoppement qui empêche cette alliance de devenir officielle. De plus, la politique de colonisation des territoires occupés, en particulier à Jérusalem, est perçue très négativement par les opinions publiques des pays arabes du Golfe. Les dirigeants de ces pays, même s'ils sont dictatoriaux, doivent tenir compte de leurs populations extrêmement sensibles à la cause palestinienne et remontées contre la politique israélienne de colonisation. En effet, l'adoption d'une position officielle trop favorable à Israël ou d'une ligne trop conciliante risquerait de provoquer des mouvements de protestation internes. C'est pourquoi l'état d'Israël est systématiquement condamné politiquement par des déclarations tonitruantes dès qu'une nouvelle colonisation est déclenchée ou dès qu'une opération militaire est lancée comme l'opération Plomb durci au cours de l'été 2015 qui a été condamnée par tous les Etats du Golfe.    

Propos recueillis par Emilia Capitaine

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