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La carpe et le lapin

Quand Yanis Varoufakis le rebelle gauchiste trouve fort sympathique le très libéral Emmanuel Macron

Publié le 25 février 2016
Alors que Yanis Varoufakis s'est récemment déclaré proche de certaines positions d'Emmanuel Macron, la sensibilité politique et économique des deux hommes n'est pas si éloignée que ce que certains veulent faire croire, même si parler de proximité est peut-être exagéré. Que ce soit par son style ou ses opinions, le ministre de l'Economie français est en tout cas un personnage à part dans le paysage politique.
Marc Endeweld est journaliste indépendant, ancien grand reporter à Marianne. Il a publié plusieurs ouvrages dont "Le grand Manipulateur" (Stock, 2019) et L'ambigu Monsieur Macron (Flammarion, 2015).
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Marc Endeweld
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Marc Endeweld est journaliste indépendant, ancien grand reporter à Marianne. Il a publié plusieurs ouvrages dont "Le grand Manipulateur" (Stock, 2019) et L'ambigu Monsieur Macron (Flammarion, 2015).
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Alors que Yanis Varoufakis s'est récemment déclaré proche de certaines positions d'Emmanuel Macron, la sensibilité politique et économique des deux hommes n'est pas si éloignée que ce que certains veulent faire croire, même si parler de proximité est peut-être exagéré. Que ce soit par son style ou ses opinions, le ministre de l'Economie français est en tout cas un personnage à part dans le paysage politique.

Atlantico : Dans une récente tribune, Yanis Varoufakis a rejoint l'analyse d'Emmanuel Macron sur les luttes d'influences entre France et Allemagne au sein de l'Union européenne. Il y a quelques mois, il avait déjà affirmé être "d'accord avec lui dans 80% de [leurs] discussions". Est-il surprenant de constater cette "proximité" entre Varoufakis le symbole de la gauche européenne opposée au FMI et à l'Allemagne, et Emmanuel Macron le libéral ?

Marc Endeweld : Attention à ne pas aller trop vite en besogne en parlant de "proximité". Si Yanis Varoufakis fait référence dans sa tribune à un diagnostic commun avec Emmanuel Macron sur un point précis concernant l'Europe, il ne dit pas être d'accord avec les solutions ou non-solutions proposées par ce dernier. Certes, les deux hommes sont peut-être moins éloignés dans leur appétence pour l'Europe que ce qu'on aurait pu croire, d'un côté comme de l'autre. Varoufakis a été dépeint par beaucoup de médias en France ou ailleurs comme un anti-européen, or il ne l'a jamais été. Pour lui, le règlement de la question européenne est politique, et ne pourra se faire que dans un cadre supranational. C'est dans ce cadre-là qu'il affirme sur le ton de la boutade être d'accord avec 80% des idées d'Emmanuel Macron.

Macron comme Varoufakis n'ont pas peur de parler d'Europe. Or, depuis le non au référendum européen de 2005, la plupart des responsables politiques européens, notamment parmi ceux qu'on présentait il y a une dizaine d'années comme des "européistes", ne veulent plus du tout évoquer le sujet. On le voit très bien avec le quasi non-discours de François Hollande sur la construction européenne depuis 2012. Sur l'Europe, Varoufakis et Macron se rejoignent donc : ils ont envie d'aller plus loin, même s'ils divergent sur les solutions à apporter, notamment pour créer une autre Europe.

Car, qu'il le veuille ou non, Macron est le symbole de la non-réorientation européenne, pourtant promise par François Hollande en 2012. Comme ancien collaborateur du président de la République, il a été acteur de cette défaite politique, de l'absence de rapport de force instauré avec l'Allemagne. De son côté, Varoufakis, lui, est dans une posture de rupture avec le consensus bruxellois et la troïka. Il a essayé d'impulser un rapport de force, sur lequel il n'a pas été suivi par Tsipras.

Quand Macron a évoqué l'opposition entre une Europe protestante et une Europe catholique pour expliquer les divergences de vue entre l'Allemagne et la France concernant les règles budgétaires, il l'a fait devant les ambassadeurs allemands lors d'une visite remarquée en Allemagne début juin 2015. S'il fait cette remarque, c'est qu'il essaye de convaincre ses amis allemands de réorienter l'Europe, mais dans la droite ligne de Jacques Delors et de sa politique des petits pas.

Depuis qu'il est ministre, il a impulsé une sorte de diplomatie parallèle avec son homologue allemand Sigmar Gabriel, et il a toujours placé les questions économiques sur le plan européen, alors même qu'il n'est pas ministre des Finances et qu'il n'a pas à s'exprimer et négocier dans le cadre de l'Eurogroupe. Il a pris la liberté de profiter du silence de François Hollande sur la question européenne, et on en voit les résultats ces derniers jours : Sigmar Gabriel a publié une tribune dans Le Monde, demandant à ce que l'Allemagne revienne à une politique d'investissements dans le cadre européen. Mais cela reste au niveau des intentions. Où sont les actes ? Pourtant l'urgence est là.

Dans mon livre, je pose d'ailleurs la question européenne à Macron. Quand je lui ai demandé ce qu'il pensait du compromis grec (certains parlent de diktat) de juillet dernier pour éviter le Grexit, il s'est dit en totale opposition à quelqu'un comme Varoufakis. Les raisons invoquées par Varoufakis pour parler de diktat impossible à tenir et de responsabilité qu'on faisait porter au peuple grec pour un déséquilibre économique profond ne sont pas partagées par Macron. Macron pense que c'est un très bon accord, reprenant les éléments de langage de François Hollande. On voit qu'il y a un manque dans les solutions apportées par Macron pour aller plus loin en avant. En parlant également à de nombreux médias européens, Macron essaye pourtant de dramatiser l'enjeu européen en mettant en garde contre les risques de conserver un statu quo. S'il partage avec Varoufakis un diagnostic commun sur les déséquilibres économiques et sociaux dans la zone euro, les efforts proposés par Macron, en termes d'investissements européens notamment, ne sont pas à la hauteur des enjeux. Macron est loin de remettre en cause les ajustements structurels imposés par la troïka. Le ministre de l'Economie reste finalement dans le prêchi-prêcha habituel et le conformisme de Bruxelles. S'il mène un jeu différent, il le fait vraiment petit pas par petit pas alors que Varoufakis veut renverser la table.

Certes, Macron profite de l'absence de François Hollande pour faire entendre sa petite musique et essayer d'établir un dialogue avec ses amis allemands. Mais la vraie question concerne le poids des marchés financiers et leurs exigences en termes d'ajustements structurels, et sur ce point Macron reste dans le sens commun néolibéral développé depuis l'Acte Unique européen impulsé par Jacques Delors dans les années 1980.

Emmanuel Macron ne cache pas son passé chevènementiste. De son côté, Nicolas Sarkozy et certains membres des Républicains l'ont déjà exhorté à rejoindre leurs rangs. Qu'est-ce que cela nous dit du personnage Macron ? En l'enfermant souvent dans une case "libérale", ne passe-t-on pas à côté d'une partie importante de cet homme politique ?

Emmanuel Macron a effectivement été chevènementiste, même s'il n'a visiblement jamais eu sa carte au MDC quand il était lycéen et étudiant. Il a côtoyé pendant deux ans ce parti. Il a d'ailleurs obtenu un stage à la mairie du 11e arrondissement auprès de Georges Sarre, un ancien très proche de Chevènement, et a participé à des groupes de réflexion quand Sarre cherchait à se positionner pour les élections municipales de 2001. Si Macron se rapproche de Chevènement, c'est parce qu'il était intéressé par sa réflexion et son rapport à l'Etat. Il a voté pour lui à la présidentielle de 2002, selon l'un de ses anciens camarades de l'ENA. Il le fait car il considère à l'époque que Lionel Jospin et la gauche plurielle n'ont pas été à la hauteur sur les questions de sécurité et les questions régaliennes, et c'est très important pour comprendre le rapport de Macron à l'Etat.

S'il s'éloigne de Chevènement au moment où il rentre à l'ENA en 2002, c'est du fait de son éducation chrétienne et de sa proximité avec les milieux du christianisme social, notamment la revue Esprit, qui l'amène très vite à se rapprocher de "la deuxième gauche". Aujourd'hui, il justifie son passage chez le chevènementisme par le fait qu'il considère que la "deuxième gauche" garde un rapport "complexé" à l'égard de l'Etat. Si Macron souhaite faire la part belle à la société et au marché, ce n'est jamais en annulant totalement la place de l'Etat. Ce qui nuance son positionnement politique par rapport à son image de libéral. Contrairement à une frange très droitière du PS, il pense que l'Etat a encore son mot à dire sur certains dossiers industriels. Il l'a d'ailleurs montré lors de tentatives d'arbitrages en tant que représentant de l'Etat-actionnaire face à certains grands patrons de groupes industriels (EDF, Thalès, Renault, etc.). Macron n'est pas un néolibéral au sens pur du terme. Au sein du PS, quelqu'un comme Laurent Fabius est beaucoup plus libéral, sur le plan économique, et a participé à la dérégulation des marchés financiers en France dans les années 1980. Lionel Jospin avait participé à énormément de privatisations sous son quinquennat de Premier ministre. Dominique Strauss-Kahn avait lui aussi des positions très libérales sur le plan économique. Depuis longtemps, le PS est en fait devenu un parti social-libéral par de nombreux aspects, même si certains comme Martine Aubry ou les frondeurs s'opposent aujourd'hui à une telle évolution avec plus ou moins de force. La seule différence entre Macron, Hollande et Valls, c'est que Macron dit tout haut ce que les autres pensent tout bas.

Justement, Emmanuel Macron est parfois associé à Manuel Valls, au moins sur la ligne politique. En quoi se différencient-ils ? Leurs divergences sont-elles réelles ou uniquement d'apparence ?

Il y a une vraie rivalité entre les deux hommes, même si leurs communicants respectifs essayent de nous expliquer que tout va bien... Plus Macron est devenu populaire, plus la rivalité entre eux s'est accentuée. Pourquoi ? Parce qu'ils sont sur un même créneau politique, un social-libéralisme à la française. Or, peu à peu, Macron est devenu le plus grand concurrent de Manuel Valls, sous le regard amusé d'ailleurs de François Hollande. Les deux hommes sont héritiers de ce réformisme des années 1980 à la sauce Rocard, ils sont donc en concurrence frontale.

S'ils sont d'accord sur plusieurs plans - Macron reste notamment convaincu qu'il faut libéraliser le marché de l'emploi, il n'est pas en désaccord sur le fond avec la loi El Khomri -, il existe toutefois trois divergences importantes entre eux.

La première concerne la forme et la manière de gouverner. Valls est le tenant d'un libéralisme autoritaire et pense qu'on peut gouverner par le haut et imposer lesdites "réformes", alors que Macron pense qu'on peut encore convaincre la population du bien-fondé de ces solutions. Ils n'ont donc pas le même rapport à l'Etat, au pouvoir, à la gouvernance et à la démocratie.

Deuxièmement, si Macron est devenu le chouchou d'une bonne partie des représentants du patronat, c'est qu'ils estiment qu'il est une bien meilleure carte pour défendre un capitalisme à travers un visage souriant. Aux yeux des patrons, c'est une qualité car ils se disent qu'avec Macron ils pourront faire avancer leurs intérêts plus facilement qu'avec les coups de menton d'un Manuel Valls ou d'un Nicolas Sarkozy. Ils parient sur la force de persuasion et de séduction de Macron. Autant Valls présente la libéralisation et la dérégulation du marché du travail comme la seule solution pour sortir de la crise et faire baisser le chômage, autant Macron a un discours beaucoup plus subtil et inclusif. Il représente la société entre les outsiders et les insiders : par ce schématisme, Macron axe son discours sur la jeunesse et cherche à la toucher : Macron parle à cette jeunesse qui cherche sa place face à l'ancienne génération sur le marché du travail. Cette opposition insiders/outisiders est un discours beaucoup plus puissant que le bâton brandi par le Premier ministre. On le voit aujourd'hui que Macron n'est pas vraiment monté au créneau pour défendre la loi El Khomri, mais je pense qu'il n'aurait pas du tout présenté les choses de cette manière-là. Il aurait essayé de se mettre les jeunes dans la poche, et ce dans toutes leurs diversités sociales et culturelles.

Troisièmement, quand Macron met les outsiders contre les insiders, il fait exactement ce que faisait Tony Blair avec le New Labour en Angleterre : en substance, "il faut faire confiance à la société, l'Etat ne peut pas tout, et au sein de la société il faut faire confiance à tout le monde". Ici, Macron se différencie très clairement des accents guerriers de Valls. Il oppose un discours de confiance à un discours de peur. Sur des questions régaliennes et de rapport à la société, son discours se rapproche de celui d'Alain Juppé. Il est moins dans un rapport martial et de demande d'assimilation, il pense que la société multiculturelle est une chance pour notre pays. Issu d'un christianisme social où la laïcité et le combat contre les religions n'est pas vraiment une priorité, il préfère se placer en priorité sur les questions économiques et sociales, contournant finalement, d'une manière habile, le débat sur les "valeurs", jusqu'à présent enlisé dans une conception décliniste du pays. Macron a exprimé timidement un désaccord sur la déchéance de nationalité. Car Macron est un vrai libéral, tant sur le plan économique que sur le plan politique. C'est une vraie différence avec Manuel Valls. Ce dernier préfère multiplier les références à la République, à Clémenceau, et même au néoconservatisme quand il parle de « guerre ». Finalement, le Premier ministre s'est enfermé ces derniers temps dans une posture autoritaire, alors que Macron parie davantage sur sa capacité à convaincre pour faire passer ses idées à travers la société. J'explique dans le livre qu'il est ce que les Américains appellent un true believer, un vrai croyant. Pour les tenants de la "social-démocratie" à la française, Macron ré-enchante leur rêve réformiste qu'ils avaient bien du mal à réactualiser depuis la crise de 2008. Mais il reste, encore trop souvent, sur le mode de la méthode Coué. Il lui reste à inventer une nouvelle voie, comme le pousse son ami philosophe Olivier Mongin. En sera-t-il capable ? C'est tout l'enjeu pour lui concernant son avenir politique.

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Mike Desmots
- 25/02/2016 - 18:32
Faut arrêter la désinfo ...!
Je ne me suis pas abonné chez Atlantico ...pour lire l'intox ordinaire de Marianne, a part ca , les mutants qui veulent se valoriser entre le marxo/socialisme et le libéralisme ...sont généralement plus dangereux que les autres...vu que les 2 idéologies sont antinomiques.
Anguerrand
- 25/02/2016 - 18:25
Ganesha vous retournez votre veste
Tout le FN et vous en particulier, vous nous expliquiez que sa politique non seulement etait conforme à la politique économique du FN, et au lieu d'assumer vous évitez soigneusement d'en parler pour cause d'échec. Le FN au pouvoir ce sera ça et bien sûr ils ne pourrons pas assumer, comme le PS nous expliquera que cette politique est inapplicable, et le tour de passe passe sera joué. L'électeur en sera pour ses frais.
Ganesha
- 25/02/2016 - 17:10
Varoufakis
Je n'ai pas lu cet article jusqu'au bout ! Je l'avais ouvert dans l'espoir d'en savoir plus sur Varoufakis. Les états d'âme du play-boy de chez Rothschild ne m'intéressent pas !