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François Hollande contre l’Etat islamique, le match des (erreurs de) stratégies : qui se heurtera le premier au mur de la réalité ?

Publié le 27 novembre 2015
Depuis sa naissance, l'Etat islamique n'a pas hésité à provoquer les plus grandes puissances du monde, quitte à compromettre son ambition de gérer durablement un jour un Califat islamique. De son côté, la "tournée" diplomatique du Président visant à former une coalition internationale semble ne rapporter qu'une simple réponse émotionnelle aux attentats.
Alexandre Del Valle
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Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur...
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Florent Parmentier est enseignant à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié La Moldavie à la croisée des mondes (avec Josette Durrieu) ainsi que Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays...
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Depuis sa naissance, l'Etat islamique n'a pas hésité à provoquer les plus grandes puissances du monde, quitte à compromettre son ambition de gérer durablement un jour un Califat islamique. De son côté, la "tournée" diplomatique du Président visant à former une coalition internationale semble ne rapporter qu'une simple réponse émotionnelle aux attentats.

Atlantico : L'Etat Islamique semble être pris entre deux objectifs qui semblent contradictoires : l'un, plus rationnel, qui vise à l'établissement d'un Etat dont le but est d'administrer un territoire et une population ; et un autre plus mystique, qui vise à une fin du monde. Comment analyser cette tension entre ces deux objectifs au regard des différents événements qui ont fondé l'Etat Islamique ?

Alexandre Del Valle : A l'instar de l'Etat nazi, l'Etat islamique, même s'il est moins avancé que le IIIème Reich, fait le veux d'édifier un Etat total, c'est-à-dire qui contrôle, englobe de façon totalisante les individus et toute la société dans une logique de domination absolue et au nom d’une vision apocalyptique du monde et de l’Histoire. Et à ce totalitarisme étatique s'ajoute une dimension idéologique théocratique messianique et mortifère: celle d'un islamisme radical qui triompherait de tout le reste du monde dans le cadre de la bataille ultime précédent la fin de l’Histoire et le triomphe final du « vrai » islam sur le reste de l’Humanité mécréante.

Sans cette dimension théocratique et apocalyptique, les cadres irakiens qui structurent en partie l'Etat islamique auraient pu prendre le pas sur le noyau dur salafiste messianique et mortifère. Mais comme Adolf Hitler, qui dans sa mégalomanie d'hyperpuissance et de culte de la Race Aryenne supérieure, défia de façon suicidaire tout le monde à la fois (Américains, Russes, Anglais) et donc fut vaincu, les djihadistes de l'Etat islamique ont commis l'erreur de provoquer à la fois les Russes les Français, les Iraniens, les Kurdes, les Américains et même leurs parrains ou alliés objectifs saoudiens et turcs... Ils ont ainsi défié tout le monde car le reste du monde est un ensemble d’ennemis dans leur croyance fanatique, mais ceci sans avoir les mêmes moyens que l'Allemagne des années 1940, qui fut pourtant elle-même vaincue.

>>> Lire également - Le hadith de Mahomet qui permet de comprendre la mécanique précise de la stratégie de l’Etat islamique (et ses prochaines étapes)

Du point de vue de la stratégie occidentale des Etats rationnels, il y a une contradiction fondamentale entre ces deux logiques : celle visant à édifier un Etat voué à durer dans le temps, et celle, transnationale et a-étatique, car purement idéologique et révolutionnaire visant à déclarer la guerre au genre humain ce qui met en péril la pérennité même de l’Etat islamique. En réalité, la logique de ces fanatiques qui forment le noyau idéologique de l'EI, ce n'est pas du tout celle de l’ancien régime baathiste dictatorial  irakien et de ses anciens cadres et officiers ralliés à l’EI, mais elle participe d’un démarche apocalyptique totalitaire thanatocratique, donc suicidaire, pilotée par le noyau dur salafiste-jihadiste qui croit dur comme fer que la vie d’ici bas n’a pas d’importance et que la foi du martyr-islamikaze peut vaincre n'importe quel ennemi du fait que la violence sacrée de ceux qui « aiment la mort » aurait la capacité de sidérer, fasciner et soumettre tous ceux qui ont peur de perdre la vie. C'est une croyance absolue, une force diabolique pour nous, mais divine pour eux, qui les motive à rechercher le chaos total et le combat final entre les adeptes de la Vraie foi et ceux qui refusent de s’y soumettre, l’issue étant le paradis à l’ombre des épées et la récompense des martyrs non pas ici bas mais dans l’au-delà.

Du point de vue des références historiques  et stratégiques, elles diffèrent des nôtres, car les Salafistes ne se réfèrent qu’aux « ancêtres pieux » (as-salaf) et « successeurs bien guidés » (« califes rachidoun ») qui ont côtoyé ou succédé au prophète Mahomet, et qui, en très peu d'années, ont réussi à conquérir la moitié du monde connu d’alors, grâce non pas à une stratégie purement rationnelle mais grâce à la force invincible de la foi et du culte de la guerre. Cette stratégie de la sidération est vouée selon eux à soumettre peu à peu, par mimétisme et syndrome de Stockholm, l’ensemble de l’humanité « esclave de la vie ». L’idée est que l’Etat islamique n’est qu’un moyen pour créer les bases et les conditions d’un Califat universel fait d’une Oumma, communauté des croyants, appelée à grossir de façon incessante du fait même du pouvoir marketing et publicitaire extraordinaire de cette stratégie de la terreur psychologique et de la Sidération par la violence absolue.  De même que les « pieux ancêtres » et premiers Califes qui surent en quelques décennies vaincre des empires bien plus puissants que les tribus arabes, notamment les empires byzantin et perse, les djihadistes contemporains sont convaincus que leur foi absolue en Allah et leur capacité de donner leur vie pour leur cause supérieure de soumission de l’Univers leur permettre à moyen ou court terme de vaincre des ennemis apparemment plus nombreux et plus forts qu’eux.

Cela explique pourquoi au lieu de se concentrer sur les territoires conquis en Syrie et en Irak, l’Etat islamique tente par tous les moyens (provocations ; attentats islamikazes perpétrés partout dans le monde, de la Russie à la France et passant par la Tunisie ou la Chine), à attirer « l'ennemi lointain » (Occidentaux et Russes) sur leur territoire, quitte à risquer de voir cet Etat anéanti. Mais pour eux, l’Idée de la Soumission (signification du terme Islam ici pris à la lettre) de la planète perdurera et survivra à la destruction de l’Etat islamique, de même que Al-Qaïda et les Talibans afghans ou pakistanais ont survécu à la destruction - par les armées occidentales - de l’Etat taliban du Mollah afghan Omar. Loin d’être contradictoire, cette logique apocalyptique qui implique un détachement par rapport aux biens d’ici-bas, y compris un Etat, fait que lorsque nous croyons les vaincre en détruisant un Etat édifié ou géré par eux, ils pensent au contraire avoir gagné car non seulement ils meurent en martyrs et font donc partie des élus, mais surtout ils sont persuadés que leur martyr et la mort des civils innocents tués par nos bombes vont multiplier chez nous comme chez eux le nombre de leurs adeptes. Par ailleurs, il faut garder présent à l’esprit que le djihad en tant que guerre sacrée n’est pas seulement l’ultima ratio ou une « prolongation de la politique par d’autres moyens », mais une fin en soi, une voie de salut et l’équivalent de millions de prières.  Certes, pour nous ou pour tout adepte de stratégie rationnelle liée à une démarche d’impératif de survie et de pérennité de l’Etat, on ne peut pas durablement combattre plusieurs ennemis à la fois, la nécessité absolue d'un Etat « normal », non suicidaire, étant en général, mêle pour les pires dictatures, de survivre, ce qui implique de procéder à des alliances et à la hiérarchisation de l’Ennemi (« ennemi principal »).

Mais pour une idéocratie utopiste et apocalyptique valorisant plus la Mort que la Vie et la Survie, comme l’est l'Etat islamique - à l’instar d’Adolf Hitler qui a tout fait pour réunir toutes les forces du monde contre lui alors qu’il aurait pu survivre en hiérarchisant les ennemis – tout doit être sacrifié au nom de la prophétie annonçant la Lutte définitive entre les forces du Mal (« mécréance et « croisés ») et celles du Bien. Et seuls seront élus ceux non pas qui préserveront l’Etat totalitaire islamique, mais ceux qui mourront au combat face à toutes les Forces coalisées du Mal qu’il faut par conséquent attirer. Or la bataille finale doit selon les salafistes se dérouler en Syrie dans la cité de Dabiq.  A contrario, s’il n’avait pas cette dimension idéocratique et mortifère, l'Etat islamique pourrait ressembler à un pays comme l'Iran, qui est également totalitaire et globalisant, mais qui demeure avant tout dans une logique de pouvoir étatique et de survie. Malgré son modèle totalitaire, et bien que la République iranienne ait pu financer certains mouvements terroristes, elle tient suffisamment à sa survie pour serrer la main de leur pire ennemi (occidental) si nécessaire, comme cela s’est passé récemment avec les Etats-Unis et les Européens récemment dans le cadre des négociations autour du programme nucléaire iranien.

Vous, Alexandre Del Valle, vous qualifiez l'Etat Islamique de régime totalitaire, terroriste. En quoi l'Etat Islamique se différencie-t-il des autres régimes totalitaires du XXe siècle, et en quoi se différencie t-il des mouvements terroristes, comme Al Qaeda ? 

Alexandre Del Valle : La différence avec Al Qaida est celle du degré et non de la nature. L'Etat islamique est en partie une scission d'Al Qaida, un prolongement, une continuation et même un achèvement. Al Qaida avait pour habitude d'évoquer le Califat, et l'Etat islamique s'est mis pour objectif de le concrétiser. Par contre, comme je l'évoquais tout à l'heure, l'Etat islamique se différencie de régimes totalitaires comme la Corée du Nord, le Soudan, Cuba jadis, non pas sur le plan du degré ou de l’intensité mais sur le plan de la nature même. En effet, si ces derniers tenaient -et tiennent toujours- à leur survie, la Corée du Nord, l'ex-URSS, Cuba ou la Corée du Nord aujourd’hui ont toujours su s’arrêter avant de franchir la ligne rouge et d'être détruits. Par exemple, dans les années 1990-2000, le régime des talibans avait le choix entre livrer Ben Laden aux Américains ou être détruit, mais ils ont préféré être détruits. A contrario, le Soudan national-islamiste, totalitaire lui-aussi, mais non suicidaire, avait demandé à Ben Laden de partir plutôt que d’être détruit sous les bombardements américains. Ce régime avait livré le terroriste Carlos pour la même raison. Et l’Iran fait de même en négociant avec la Diable occidental, se que ne fera pas le Salafiste-jihadiste qui préfère la mort à la vie et cherche à accélérer l’avènement souhaité et tant attendu de la Fin du Monde.

Suite aux attentats du 13 novembre, François Hollande a immédiatement répondu en indiquant que la France était "en guerre", ceci sans en préciser les contours et les objectifs de la victoire. De la même façon, la "tournée" du président, visant à former une coalition internationale semble n'être basée que sur une simple réponse émotionnelle aux attentats. En quoi la politique étrangère française perd elle également, évidemment dans un tout autre registre et selon ses standards historiques, de sa rationalité ?

Florent Parmentier : Le concept de rationalité peut recouvrir plusieurs sens : on peut être rationnel en valeur (suivre un comportement qui nous paraît juste) ou rationnel en finalité (adopter un comportement en fonction des fins attendues de celui-ci). Le rationalisme en matière de relations internationales suppose d’expliquer les comportements des Etats en fonction des intérêts de ceux-ci, dont découle une certaine logique. Cette rationalité peut en outre être limitée faute d’accès à une information nécessaire pour prendre des décisions, et par ailleurs la rationalité ne dispense pas de s’interroger sur l’importance des représentations du monde, fondamentales pour comprendre le comportement des acteurs.

De la même manière, la politique étrangère peut être analysée sous ces différents prismes. Avec le recul, vouloir renverser Bachar Al-Assad pouvait être une décision rationnelle en valeur, en raison de son bilan humain, mais ce n’était nécessairement une décision rationnelle en finalité, permettant l’émergence d’un régime démocratique en Syrie. S’adressant à l’opinion publique à l’heure des chaînes d’information en continu, la réponse du pouvoir politique ne peut être dans un premier temps qu’émotionnelle. Cela n’empêche pas les institutions, dans le même temps, de prendre des décisions rationnelles, de travailler dans l’ombre à l’établissement de solutions. Le verbe oblige à mobiliser le champ lexical de la guerre, afin de remobiliser une population sonnée, mais le système diplomatique prend vite le relai pour travailler à l’établissement d’une coalition internationale, qui n’est pas une simple réponse émotionnelle, ni une stratégie de communication, mais une nécessité afin de priver Daech non pas d’alliés, mais de complices. Il est vrai néanmoins que la surenchère guerrière pourrait être une source de perte de sang-froid, et donc au final d’une forme de perte de rationalité exprimée à travers le désir de vengeance. Par contraste, la recherche d’alliés suppose un travail de conviction et d’explication fondé sur une raison qui s’adosse à une forte émotion. 

Roland Hureaux : Je pense que la politique étrangère de la France avait perdu sa rationalité depuis quelques années et semble, au contraire, en retrouver un peu aujourd'hui. L'hystérie anti-Assad qui a servi de ligne de conduite depuis 2011 à notre diplomatie a conduit les gouvernements français successifs à livrer de armes et prêter des conseillers militaires, peut-être même des combattants aux rebelles islamistes . Ces rebelles n'étaient pas encore Daesh, mais ils étaient le même genre d'hommes, à un moment où, déjà sur la scène intérieure française ou au Mali, les islamistes étaient considérés comme nos ennemis. Prendre position pour les islamistes contre le gouvenrment légitime syrien pouvait s'expliquer par les choix géopolitiques de la France: l'alliance avec les Etats-Unis, le Royaume-Uni, Israël, la Turquie, l'Arabie saoudite, le Qatar contre la Russie, et l'Iran. Ce choix pouvait se discuter mais , une fois admis, le gouvernement français , en particulier Juppé et Fabius, n'étaient pas obligés d'en rajouter , de faire de la surenchère et pour le second , de tenter de saboter toute tentative d'accord . En outre, ce choix n'était pas assumé au plan intérieur. Pour l'opinion française, la France combattait en Syrie les islamistes alors que c'était le contraire : elle les aidait. On était en pleine imposture. Par sa surenchère ridicule, par ses contradictions, la France a beaucoup perdu durant ces quatre années de son crédit dans la région et dans le monde. Après les attentats du 13 novembre, le gouvernement français a dû faire un "retour au réel" . Notre ennemi , c'est , disons-nous, désormais l'Etat islamique : on ne saurait reprocher à Hollande , à partir du moment où ce soi-disant Etat revendique les attentats de constater que nous sommes en guerre. C'est lui qui nous l'a déclarée alors que nous avions multiplié les prévenances à l'égard, sinon de Daesh même, du moins de la mouvance djihadiste à laquelle il appartient. "Les ennemis de mes ennemis sont mes amis". Ce changement de posture devrait conduire le gouvernement français non pas à conclure une alliance avec la Russie , ce n'est pas nécessaire, mais à constater que nous sommes , de fait, alliés. De même avec les Etats-Unis qui proclament qu'ils veulent mener une coalition anti-Daesh. Mais en réalité la France n'assume nullement cette nouvelle posture. Elle ne veut pas lever les sanctions à l'égard de la Russie : nous voulons faire la guerre à ses côtés et nous la sanctionnons ! Roosevelt aurait-il maintenu des sanctions contre l'URSS en 1941 ? En outre, notre objectif reste le renversement d'Assad qui dirige pourtant la seule force active contre Daesh sur le terrain et qui serait prêt à nous renseigner sur la mouvance islamiste sur laquelle il en sait beaucoup plus que nous. Mais ces renseignements n'intéressent pas M. Hollande ! A quoi sert donc de faire une tournée des capitales pour prétendument monter une collation ? La Russie n'a pas besoin de nous pour s'engager, même si elle se réjouit de l'évolution de notre position. Les Etats-Unis n'en feront naturellement qu'à leur tête et rien ne dit qu'ils ne vont pas continuer sur leur ligne qui est celle d'un soutien occulte aux islamistes. Le Royaume-Uni, pareil. Les autres ne comptent guère sur le terrain. Et Hollande se garde bien naturellement d'aller voir Erdogan à Ankara, sachant que ce dernier va continuer à soutenir Daesh; comme on l'a vu avec l'attaque turque contre un avion russe qui vient d'avoir lieu. Hollande n'a pas d'autre légitimité que celle de l'émotion justifiée suscitée dans le monde par l'attentat de Paris. Mais ses engagements passés, ses revirements et j'ajouterais, l'insuffisance des forces qu'il a à aligner dans le conflit , font que , je le crains, il ne soit pas pris très au sérieux. On le recevra poliment, bien sûr, mais on n'en pensera pas moins. En fait c'est là de la gesticulation à usage interne. Hollande a constaté que sa cote de popularité avait repris 10 points à la suite des attentats. Quand il se montre en chef de guerre ou qu'il semble mener une action diplomatique d'envergure, cela plait à l'opinion. Incapable de rien entreprendre sur le plan intérieur, il joue la carte internationale à fond. Donc il y a plus de rationalité qu'on ne pense dans son action mais pas celle que l'on croit : c'est de la com' d'abord. Et j'ajouterais qu'il n'y a surtout pas autant de sincérité qu'il en faudrait.

Si les deux belligérants ne peuvent évidemment pas être traités sur le même plan, en quoi l'irrationalité de chacun des acteurs affecte son efficacité ?

Alexandre Del Valle : Si ses objectifs sont purement étatiques et terrestres, alors l'Etat islamique a échoué. En revanche, si l’objectif est de faire triompher et en attendant, progresser l’idée de la supériorité et de la nécessité de se soumettre au « vrai islam » salafiste, l’immense publicité planétaire qui leur est accordée gratuitement à chaque attentat ou menace d’attentat ou même représailles aérienne russo-occidentale causant des morts civils innocents constitue une victoire pour eux. Quel fanatique totalement dévoué à une Idée moniste absolue peut-il espérer une couverture médiatique aussi massive, mondiale, pendant des semaines et ce gratuitement ? Quelle autre secte fanatique bénéfice-t-elle d’une telle force de Frappe marketing et publicitaire universelle et gratuite, fournie de surcroit par l’ennemi lui-même qui scie la branche sur laquelle il est assis en relayant les postulats, croyances, revendications et discours paranoïaques-victimaires de celui qui veut l’anéantir ? Les islamistes jihadistes de l’EI pensent en effet que si l'on montre en boucle les vidéos et discours de leurs islamikazes, le monde finira par intérioriser leurs idées, comme la pub qui pénètre l’esprit par la répétition. Ils pensent que le fait de relayer leurs idées, atrocités sadiques et menaces finira par faire peur collectivement et donc provoquer mécaniquement et animalement un effet de soumission collective nommé « syndrome de Stockholm antérograde ».

Cela paraît fou, mais l’être humain est un animal mimétique et paradoxal, et le secret du pouvoir réside comme l’a dit La Boétie dans la Servitude volontaire... Les djihadistes de l'Etat islamique sont persuadés que ce sont les idées qui font l'histoire. Dans leur conception ultra-idéaliste-utopiste et apocalyptique, ils pensent que l'Idée (Soumission à l’Unicité de Dieu, Tawhid) est d'autant plus forte, radicale, dense, d’autant plus portée par des martyrs audacieux prêts à mourir pour cela, que rien ne pourra les arrêter ni arrêter leurs idées ultra-dense qui triompheront des idées « molles » des « sociétés liquides mécréantes » esclaves de la matière et de la Vie donc prêtes à se soumettre pour ne pas la perdre. Que l'ennemi les écrase militairement ici-bas, finalement ce n'est pas l'important. D'ailleurs, a-t-on jamais autant parlé de la cause des islamistes salafistes que depuis le 11 septembre et les guerres en Irak, Afghanistan, Libye, etc? Les chiffres montrent bien qu'ils n'ont jamais eu autant d'adeptes par le monde, jamais autant eu de convertis et de complices au sein même des sociétés occidentales qu’ils menacent de conquérir et anéantir…

Roland Hureaux : Vous parlez de deux belligérants comme s'il n'y avait que la France et Daesh. Sur le terrain il y a surtout la Russie et l'armée syrienne d'un côté , l'ensemble des islamistes: Daesh et Al Nosra de l'autre , lesquels continuent d'être aidés par le Turquie , les monarchies du Golfe et peut-être les Etats-Unis. Même si elle s'agite beaucoup , la France n'a qu'un rôle relativement marginal. Encore heureux qu'elle ne se mette plus du côté des islamistes. J'aimerais en être sûr s'agissant d'Al Nosra auquel Fabius reconnaissant qu'il faisait du "bon boulot". Irrationalité de Daesh ? On ne comprend pas bien en effet pourquoi la France ( et d'ailleurs aussi la Turquie) ont été prises pour cibles par cette organisation. La Russie, on comprend mais pourquoi nous ? Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas une rationalité cachée. Frapper à Paris était plus spectaculaire que de frapper ailleurs et il semble que Daesh veuille frapper par des actes spectaculaires, au mépris de ses alliances. Il se peut aussi que nous ayons été plus vulnérables. Quant à la France, si elle s'engage vraiment dans la guerre contre la mouvance islamiste ( qui comprend aussi Al Nosra, frère jumeau de Daesh) , elle retrouvera une rationalité, mais je ne suis pas sûr , je l'ai dit, qu'elle s'engage à fond. De toutes les façons, je vous l'ai dit, les principaux acteurs sur le terrain ne sont pas la France et pas seulement Daesh car Daesh n'existe que par la volonté de ses parrains que j'ai déjà énumérés et qui sont nombreux. Si les monarchies du Golfe, et surtout la Turquie décidaient clairement, coalition aidant, de cesser de le soutenir, ce mouvement disparaitrait en quelques semaines. Je crains que nous n'en soyons pas là.

 

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jybro
- 27/11/2015 - 18:20
tactique et stratégie de la tactique
Première observation: il est vital d'obtenir à moyen terme un résultat
tangible. C'est la b a ba de toute tactique.
2ème: historiquement depuis 1956 l'armée française et notamment les RIP et les RIMA consécutivement aux actes valeureux de cochinchine
est arrivée en algérie et à su sans émotion et tres grand professionnalisme réduire le terrorisme fnla musulman.( AUSSARES)
3ème: De retout d'afghanistant trop de ces régiments particuliérements affutés à la guérilla uubaine et villageoise pour lutter contre le terrorisme afghan musulman -taliban sont encalaminés au mali. La CDEAO
a tous les moyens pour se prendre en charge! Par conséquent
d'un point de vue stratégique laissons l'armée française prendre les pouvoirs de police dans l'etat d'urgence qui s'officialise,si nous voulons obtenir des résultats à long terme dans ce combat parfaitement asymétrique. emotionnellement pas tenable par ce
président !
3ème:
Gordion
- 27/11/2015 - 10:45
Israël, soutien de Daesh?
Je pense que M.Hureaux prend ses désirs pour des réalités!

Pour ce pays, un régime ba'athiste comme celui d'Assad présentait l'avantage de verrouiller toute contestation, et donc d'assurer une certaine stabilité après le plateau du Golan. Assad savait très bien ne pas franchir la ligne rouge, à savoir une confrontation directe avec Israël. Au moins jusqu'à 2011, début de l'insurrection anti-Assad, et le début du chaos.

M.Hureaux aurait peut-être pu dire que Israël soutient "indirectement" le Hamas, dans la mesure où son existence justifie la politique actuelle de ce pays....le Hezbollah, lui, est engagé avec l'Iran, et ne menace pas l'état israélien.

Ganesha
- 27/11/2015 - 09:04
Sykes-Picot
Merveille de Démocratie, dans l'émission ''Des Paroles et des Actes'', le ministre de l'Intérieur n a eu en face de lui aucun contradicteur politique, que des questions de citoyens ! Par contre, ce qui m' a plu, c'est ensuite, les brèves interventions de l'islamologue Mathieu Guidère, qui a défendu le même point de vue que le mien : il a même cité le centenaire des accords Sykes-Picot !