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L’Europe est-elle donc condamnée à une décennie sans croissance ?
Une prochaine décennie sans croissance ?
Oui, il existe des solutions pour que l’Europe échappe à une décennie sans croissance !
Publié le 09 décembre 2011
Sous l'emprise de la crise, l'Europe est menacée de récession. Pour y échapper, il est nécessaire de relancer la croissance par des politiques en rupture avec le modèle économique conventionnel. Deuxième et dernière partie de notre série en deux volets sur les remèdes à la crise européenne.
Jean-Luc Schaffhauser, Consultant international est Président de l’Académie européenne, ancien Délégué Général du Fonds Capec, Secrétaire Général du Forum démocratique qui vient de de se constituer en France et qui regroupe des intellectuels de gauche...
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Sous l'emprise de la crise, l'Europe est menacée de récession. Pour y échapper, il est nécessaire de relancer la croissance par des politiques en rupture avec le modèle économique conventionnel. Deuxième et dernière partie de notre série en deux volets sur les remèdes à la crise européenne.

Lire la 1ère partie de notre série en deux volets
sur les remèdes à la crise européenne :

Les pièges de la rigueur

Atlantico : L’Europe est-elle donc condamnée à une décennie sans croissance comme on a pu le lire ici ou là, le temps d’apurer ses problèmes de dette ?

Jean-Luc Schaffhauser : Non ! Il pourrait être parfaitement possible de ne pas étrangler la croissance européenne à condition toutefois de changer de politique comme le défend d’ailleurs la France en limitant la charge de la dette en la soustrayant à la pression des marchés d’une part et en générant un plan de relance d’autre part.

La première mesure à prendre consiste donc à sortir des marchés pour le remboursement de la dette. La proposition française visant à ce que le Fonds européen de stabilité financière (FESF) devienne une véritable banque pouvant s’alimenter auprès de la Banque centrale européenne (BCE) au taux de 1,25 % va dans ce sens. Elle permettrait en effet de reprêter aux États à des taux quasi nuls compte tenu de l’inflation et surtout de réduire l’exposition aux marchés financiers. Cela changerait totalement la donne ! Prenons le cas de la Grèce qui est pourtant, comme chacun sait, l’un des cas les plus dramatiques en Europe. Si le FESF lui prêtait à des taux quasi nuls, alors son besoin de  financement de capitaux internationaux serait réduit de l’ordre de moitié, son déficit de la balance des paiements diminuerait de moitié.

La deuxième mesure serait de combler ce déficit, ce qui est possible, par des investissements productifs permettant de créer plus de richesse au niveau national. Cela signifie que le fondement d’un plan de sauvetage efficace doit consister à doper la croissance nationale !

Mais est-il vraiment possible de mener une politique de relance sans aggraver encore l’endettement ?

Oui ! A la condition que cette politique s’appuie sur des dépenses d’investissement dans des secteurs susceptibles de créer durablement de la valeur ajoutée.

En revanche, il ne faut évidemment pas doper la croissance par la consommation. C’est ce qu’ont fait précédemment les gouvernements de l’Europe du Sud de manière absurde puisque leur problème vient précisément du fait qu’ils consomment plus qu’ils ne produisent sur leur territoire.

Il faut toutefois souligner que leur situation d’étranglement résulte aussi de l’interdiction qui leur est faite – dans le système de monnaie unique – de dévaluer. En effet, la dévaluation est le moyen naturel de retrouver l’équilibre avec des partenaires plus compétitifs en renchérissant le coût des importations et en renforçant la compétitivité des productions nationales. En revanche, grâce à la monnaie unique, le Sud de l’Europe pouvait continuer à s’endetter à des taux peu élevés pour maintenir et même augmenter son niveau de vie de façon artificielle.

Quels sont les secteurs où des investissements pourraient réellement produire de nouvelles richesses ?

L’énergie en premier lieu. La Grèce importe actuellement la quasi totalité de la sienne. Un plan d’investissement dans l’énergie solaire et l’efficacité énergétique pourrait facilement permettre de diminuer de 20 à 30 % sa facture d’énergie qui doit se situer autour de 5 points de PIB, on gagnerait déjà ainsi au moins 1 point de PIB.

Autre exemple : la Grèce dispose de ports de commerce et d’un système de distribution à fort potentiel que l’on pourrait moderniser et développer. La Grèce a aussi augmenté ses exportations depuis qu’elle est dans la zone euro ; il faut donc soutenir les secteurs industriels compétitifs et exportateurs.

Plutôt que de payer pour rembourser une dette qui ne cesse de se renchérir, nos propositions visent à créer les sources de richesses dans l’avenir. Il ne s’agit donc pas, comme on veut parfois le faire croire, d’abandonner la rigueur pour retomber dans l’écueil de l’assistanat. Il s’agit de créer une dynamique vertueuse, tant en Grèce que dans les autres pays européens.

Dans le cas de la France, y-a-t-il vraiment des marges de manœuvre au regard des jugements négatifs émis par les agences de notation ?

La France a aujourd’hui, en valeur, le premier déficit commercial et budgétaire de la zone euro. Mais, globalement, la moitié des déficits de la balance des paiements résulte déjà du règlement des intérêts de la dette aux étrangers qui la détiennent… Si bien qu’en bénéficiant de prêt à taux nul, l’effort à fournir pour retrouver une balance des paiements équilibrée serait, sinon dérisoire, du moins parfaitement atteignable.

Si par ailleurs, on procédait à une réduction de nos importations d’énergie, ce qui est également parfaitement possible par un programme d’investissement en faveurs des économies d’énergie et des énergies nouvelles, le niveau d’exposition de la France aux besoins de financement internationaux serait nul.

Et encore, je ne prends pas en compte, dans ce calcul, les bénéfices qui pourraient résulter du développement de nouvelles filières industrielles positionnées sur des marchés porteurs au niveau mondial, puisque la raréfaction de l’énergie fossile va constituer dans les années à venir un formidable défi pour l’humanité tout entière. Dans le même esprit, le développement du ferroutage permettrait de substituer au pétrole importé de l’énergie électrique produite nationalement.

Mais n’est-il pas illusoire de former de tels projets dans la mesure où les Allemands refusent catégoriquement ces pistes de réflexion ?

Je pense effectivement qu’aujourd’hui l’Allemagne commet une grave erreur en autorisant les banques à se fournir à la banque centrale au taux de 1,25 % tout en refusant aux États de se fournir aux mêmes taux.

Pour des raisons historiques, les Allemands ont une sainte horreur de l’inflation… Ont-ils tort ?

La réponse est oui ! Au niveau mondial, le niveau moyen d’émission monétaire se situe à 24 % du PIB. Or, la zone euro est, elle, à 12 % ! Elle peut donc, via la BCE, émettre encore 1000 milliards d’euros à un taux de 1,25 % ou inférieur (pour mémoire, le taux américain est actuellement de 0,2 %) sans cesser d’être dans la moyenne mondiale.

Avec ces 1000 milliards, elle serait en mesure d’acheter la totalité des dettes grecques et portugaises et la moitié de la dette espagnole. Par ailleurs, cette crainte est d’autant moins justifiée que les marchés restent largement ouverts aux importations venant des pays à bas coût qui pèsent sur les prix et sur les salaires.

Propos recueillis par Franck Michel

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Jacques42
- 10/12/2011 - 11:20
LA CROISSANCE
Je ne comprends pas cette obsession de la croissance.
Il vaut mieux s' accommoder d'une absence de croissance pendant quelques années , jusqu'à ce que les dettes deviennent supportables.
vangog
- 09/12/2011 - 22:43
Votre dernier paragraphe m'inquiète!
Racheter les dette Portuguaises, Espagnoles et Grecques par l'émission de monnaie papier signifie donner un blanc seing à ces pays pour ne pas restructurer et s'endetter de nouveau à faible taux: donc de nouveau un rachat de la même dette dans cinq ans, et ainsi de suite. Le résultat; Absence de restructuration et inflation, donc pétrole plus cher et rachat de dette de moins en moins attractif !
Fûrinkazan
- 09/12/2011 - 19:20
Du Ponzi, encore du Ponzi...
Première mesure : sortir du marché et transformer le FESF en vraie banque pour financer les états...
Ah oui, c'est vraiment "une recette claire et évidente" , mais, au fait, qui va abonder ce FESF ?
Ne seraient-ce pas des états eux-mêmes endettés ?
Creuser un trou pour en boucher un autre, ça doit être ça le "génie français"...