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Les entrepreneurs parlent aux Français

Grande distribution : Georges Plassat de chez Carrefour souhaite faire tomber la dictature du pouvoir d’achat

Publié le 19 octobre 2015
Une entreprise, comme l’être humain, l’animal, la faune et la flore, est dépendante de son amont et de son aval. Du dessous et du dessus. Le tout ne fonctionne que par la fluidité et l’articulation de chaque élément. Or ce n'est pas le cas en France.
Denis Jacquet est entrepreneur (Edufactory), investisseur (Entreprise et conquête) et président de Parrainer la croissance, une association d'aide aux PME pour rechercher la croissance, et cofondateur de l'observatoire de l'Uberisation. 
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Denis Jacquet est entrepreneur (Edufactory), investisseur (Entreprise et conquête) et président de Parrainer la croissance, une association d'aide aux PME pour rechercher la croissance, et cofondateur de l'observatoire de l'Uberisation. 
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Une entreprise, comme l’être humain, l’animal, la faune et la flore, est dépendante de son amont et de son aval. Du dessous et du dessus. Le tout ne fonctionne que par la fluidité et l’articulation de chaque élément. Or ce n'est pas le cas en France.

Le but ultime d’une société n’est pas égoïste. Il ne peut l’être. Centrez une entreprise sur son propre intérêt au détriment de la chaîne de valeur dont il est un maillon et en dépit du bon sens économique, en appauvrissant son environnement et ce dernier, immanquablement, se retournera contre elle. Seuls les sots et les dirigeants à la mission trop temporaire feignent de l’oublier, centrés et aveuglés qu’ils sont par la dictature du profit à court terme. Une entreprise, comme l’être humain, l’animal, la faune et la flore, est dépendant de son amont et de son aval. Du dessous et du dessus. Le tout ne fonctionne que par la fluidité et l’articulation de chaque élément.

Le corps humain ne fonctionne pas autrement. Chaque homme qui l’oublie, subit à tout coup, un rappel à l’ordre : la maladie. Dans le meilleur des cas, il s’en remet, enrichissant ainsi sa courbe d’expérience ou en meurt, si il a excédé les limites de la tolérance naturelle. La loi de la nature reste, comme unique élément marqué du sceau de la perfection, la seule qui doive servir de marqueur à l’action humaine. L’entreprise n’échappe pas à ce diktat précieux et nécessaire. Celles qui l’ont compris seront les gagnantes du monde suivant. Les autres resteront dans le caveau du monde précédent. L’éternité se construit par le respect des lois du temps, par le respect de ce puzzle dont chacun doit accepter, sans renoncer à ses ambitions, à n’être qu’une pièce. Un puzzle où chaque pièce respecte la forme des autres. On peut passer ce puzzle de 250 à 500 ou 1000 pièces, mais chacun restera, toujours, dépendant de l’autre.

La grande distribution a longtemps pensé qu’elle échappait à cette loi universelle. Prétextant d’un impact sur l’emploi, de croissance illimitée et du sacro-saint pouvoir d’achat, autant de mots doux aux oreilles des politiques et marchands d’illusions, elle a pu prospérer au détriment de son écosystème, l’appauvrissant sous les applaudissements des gouvernements successifs, pour qui le long terme ne se conçoit que lorsqu’il rime avec réélection. Ce couple criminel à dépecé notre commerce traditionnel, tué nos centres villes, décimé la notion de valeur ajoutée et mis au pas, je dirais même à l’état de servage, la chaine amont qui, faute d’acteurs alternatifs, tous morts, n’avait alors d’autre choix que d’accepter la honte pour éviter la mort. La grande distribution a inventé l’esclavage économique. Made in France !

Mené tambours battant par un artiste de la démagogie au grand talent, nommé Michel Edouard Leclerc, ce conglomérat bâtit par des bouchers, des petits commerçants, qui auraient du respecter leurs pères, leurs pairs et leur aînés, s’est transformé en machine à débiter la valeur ajoutée et la réduire en cendres pour mieux faire naître leur phoenix. Ils ont ainsi craché sur ceux qui leur avait donné naissance, dansant sur leur tombe, leur seul profit à la main. Cet homme est un génie. Mais malfaisant. Il nous a vendu du pouvoir d’achat, en masquant l’appauvrissement de toute la chaîne qui l’alimente chaque jour, comme la fumée des camps masquait les millions de juifs qui mouraient à l’intérieur. Car le pouvoir d’achat que nous a vendu Mr Leclerc a tué en France le fournisseur, la PME, l’éleveur, l’agriculteur. C’est un génocide gigantesque. Un coup d’Etat permanent contre la nature économique. Le puzzle. On l’a d’ailleurs très peu entendu, notre fossoyeur chantre du pouvoir d’achat, pendant la crise des éleveurs. Plus à l’aise sur les plateaux pour réclamer que pour assumer, il a préféré marcher à l’ombre de nos politiques, ses partenaires de crime organisé, en leur laissant la responsabilité d’assumer ce qu’il les a incité à faire pendant 30 ans.

Au final, comment fonctionne une économie ? Une économie prospère à partir du moment où la valeur créée par les acteurs est réinvestie afin d’améliorer ses produits, doper sa différenciation, gagner ainsi des parts de marché, idéalement en accroissant, par la R&D, la valeur ajoutée dégagée. Plus la valeur est forte et plus vous ressemblez à l’Allemagne. Plus elle est faible, plus vous ressemblez à la France. Désormais en tous cas.

Quand un secteur d’activité, qui se prétend libéral, fait tout pour étouffer et diriger de façon dictatoriale le marché, nous ne sommes plus dans une économie libérale mais dans un monopole de fait, qui tue concurrence et marché. Il empêche l’investissement des acteurs, afin de les asservir et ne le permet qu’à son seul bénéfice. C’est le cas de la grande distribution en France. Elle représente l’essentiel des ventes généralistes, concentre le plus grand nombre d’emplois (ce dont elle se sert abusivement), tue, par des conditions d’achat totalement ahurissantes, toute capacité de ses fournisseurs à réaliser de la marge, et donc leur capacité de réaliser du bénéfice, qui pourrait être réinvestit dans la R&D, accroître leur valeur ajoutée, leur permettant ainsi d’embaucher, pour assumer l’accroissement consécutif de leur chiffre d’affaire. Elle tue toute envie des investisseurs de mettre un seul centime dans des entreprises asservies, dépendantes de 2 ou 3 clients majeurs, qui leur imposent ainsi, un chantage permanent à la mort. La grande distribution est devenue un César, qui d’un mouvement de pouce (quoi que le majeur serait plus approprié en l’occurrence) peut tuer ou laisser vivre un fournisseur. Un éleveur. Un agriculteur. En tous cas une TPE ou une PME dans 70% des cas. Notre richesse est ainsi tuée dans l’œuf et notre capacité de croissance est handicapée par cette "fossoyeuse universelle à marge capturée".

Un entrepreneur, agriculteur, éleveur, qui travaille 15 heures par jour, six jours sur sept, pour subir le diktat de prix serré à la taille, de ces donneurs d’ordre qui connaissent chaque élément de son coût complet pour mieux le manipuler et lui imposer des conditions à la limite du supportable, sont assimilables à ces apprentis sorciers qui imposent un comas artificiel au patient, sans jamais le faire sombrer dans la mort. De façon à préserver leur apparence, leur image. Tuer, ça fait moche dans un CV. Non contents de cette dictature sur les prix, ils les paient à 73 jours, dans le meilleur des cas. Ainsi incapable de marger et de se développer et totalement étranglés en trésorerie, nos PME doivent encore dire merci à ces esclavagistes, qui règnent ainsi en maître sur une armée de zombies. Des morts-vivants. Des zombies flirtant sur la ligne de la liquidation, que leur état précaire leur offre comme seule perspective.

A ma connaissance, seul Auchan a commencé récemment un rétro-pédalage, prenant conscience des dégâts irréparables pour notre économie, et de leur viol du puzzle, dont les pièces ont perdu toute forme pour se caler sur celle de la grande distributrice.

Et enfin, un homme parla. C’était dans le Figaro il y a une dizaine de jours. Georges Plassat avouait que la guerre des prix ne faisait que des victimes et qu’il était temps que la grande distribution passe à l’âge adulte avant que l’économie qu’elle dirige s’effondre, l’entraînant elle-même avec. L’amont et l’aval. Le puzzle. Enfin un des joueurs comprend qu’il est temps d’écouter les lois de la nature. J’applaudis ce discours. Bravo Plassat ! Il fallait du courage pour le dire et son collègue Leclerc continue lui à nous abreuver de ces pubs stupides sur "en moyenne Leclerc est moins cher… à Brives, Bourges ou pétaouchnok". Minable. Embaucher autant de talents de grandes écoles pour des pubs aussi navrantes, donne une idée de la limite intellectuelle de ce secteur. Plassat admet l’échec écrit d’avance de cette politique, et même si il a pu y souscrire, il faut récompenser celui qui a le courage d’avouer ses erreurs. J’irai désormais faire mes courses chez Carrefour ou Auchan. Même si je préfère mon commerçant de proximité, quand il prend le temps de m’assurer d’une qualité, d’un goût et d’une provenance de sa marchandise. Car la proximité ne garantit pas la qualité.

Plassat a certainement compris qu’à l’heure du digital, l’armure va se fissurer et révéler à tous la supercherie du pouvoir d’achat, qui n’a accru le pouvoir d’achat que de… la grande distribution. Et fait perdre la France. Cette France, qui sous prétexte de pouvoir d’achat, en imposant des prix plus bas et des marges ridicules, à poussé en Chine ou au Bengladesh les emplois qui fournissaient auparavant à la France des courbes du chômage qu’elle n’avait pas besoin de retourner !

A l’heure du digital, on va rapidement mettre à jour que la pression sur les prix conduira inexorablement à des Spanghero à répétition. Quand vous n’avez plus le choix des règles du jeu, et que le prix est déconnecté de la réalité économique, vous n’avez que deux issues. La mort ou la triche. La triche, c’est le suicide de l’agroalimentaire, qui se bat en ce moment pour que la vérité sur la composition de ses produits ne soit pas exposée au grand jour. En évitant d’étaler ce cocktail "gras/salé/sucré" qui fait de la plupart des producteurs actuels des Spanghero permanents. Sans que personne ne réagisse.

Si nous voulons arrêter de consommer de la marchandise à cancer ou à poison, il faut arrêter le fonctionnement actuel de la grande distribution. Plassat le dit, le crie et l’avoue. Bravo. Du coup, enfin, j’optimise ! Je suis à sa disposition, avec tous les entrepreneurs afin de bâtir un pacte de confiance et de marge, de paiement et d’investissement, qui fera de la grande distribution le moteur qu’elle pourrait redevenir. Car la grande distribution peut être remarquable et un moteur de croissance, notamment à l’international. Dommage de se conduire si petitement quand on pourrait être si grand. Chiche ? Prouvez-nous "qu’en moyenne, Carrefour est plus grand que … l’autre !". Je suis un libéral dont la première mesure, dans un gouvernement, serait d’interdire la publicité sur le prix. Mr Plassat nous sommes "votre homme".

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Anouman
- 20/10/2015 - 20:29
Dictature
Le seul point qui peut être retenu au crédit de cet article concerne les délais de paiement. La loi devrait imposer des paiements au comptant à tous. Mais l'état étant un des plus mauvais payeurs...
Pour le reste, si les grandes enseignes étaient en position de trust elles n'auraient aucun intérêt à baisser les prix. C'est donc qu'il y a un minimum de concurrence. Que ce ne soit pas la concurrence pure et parfaite décrite dans les manuels d'économie, sans doute.
Mais la nécessité de proposer des prix bas ou pas trop élevés vient aussi du fait qu'il faut que le client (pas si bien payé et chargé de taxes) achète.
Pour le producteur, le problème est un peu le même. Si le prix du marché ne couvre pas ses coûts alors il peut arrêter, ou trouver un autre marché, ou produire autre chose. Evidemment faut-il en avoir les moyens. Récemment le problème du porc a été amplifié par la perte des exportations vers la Russie ce qui n'arrange rien.
On sait très bien que les lois du marché ne s'appliquent pas dans la réalité comme dans les livres et c'est d'ailleurs pourquoi tout ne va pas si bien. Mais c'est vrai de toute l'activité économique.
john mac lane
- 20/10/2015 - 12:55
Les commerces traditionnels ont étés tués par les parcomètres...
La grande distribution n'est pas "responsable" de la destruction des autres, elle a lutté contre les castes et corporations. Simplement les "non-organisés" eux n'ont pas pu....Les petits commerces n'ont pas eu la possibilité de lutter contre les parcomètres. Les industriels locaux ont étés tués par les charges supérieures ici que de l'autre coté de la frontière de chez nous. L'indépendant ou l'agriculteur subissent la dictature de leurs charges collectivistes personnelles qui oblige a payer même si le chiffre d'affaire est nul. Même à 60 jours vous êtes payé par la distribution, pas plus que vous êtes obligé de lui vendre. Par contre votre assurance sociale, si vous ne payez pas s’arrête vous mettra en faillite au lieu de simplement s’arrêter.... Accuser la distribution et ne pas qui travaille dans le droit, sans voir le malheur organisé par le collectivisme d'état qui travaille ,sans contrat signé, c'est dramatique.
Recto
- 20/10/2015 - 09:54
Libéral ? Non communiste suite
Ce ne sont pas là des principes libéraux. Les problèmes de l'industrie française trouvent leur origine ailleurs, poids des charges, concurrence des pays émergents, là encore aurait il fallu fermer les frontières. Là encore la création destructive fait son œuvre à nous de nous adapter, d'anticiper, d'innover. La grande distribution le fait. Arrivée du drive, des ventes internet, des magasins de proximité. La grande distribution connait l'impact de la concurrence : demandez à un directeur de magasin de combien baisse son chiffre d'affaire lorsqu'un concurrent arrive dans sa zone de chalandise. Vous confondez la dureté des négociations avec la guerre des prix, vous confondez positionnement marketing avec politique. Certes les acheteurs ne sont pas des rigollots mais je prétends que la grande distribution a permis l'émergence de nombreuses PME si elle en a détruit par ailleurs. C'est ça le libéralisme, c'est ça, le régulateur de l'innovation. Vous êtes sur des position poujadiste et interventionniste, rien à voir avec le libéralisme