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Etat islamique : ce que la France doit changer à ses méthodes de combat pour gagner la guerre contre le terrorisme
Publié le 15 juin 2015
La France est en guerre. Face au terrorisme, nous devons entrer dans une ère nouvelle. Il est urgent de comprendre comment nous nous sommes retrouvés dans cette situation et il est impératif de ne plus transiger. 2015 sera une année décisive pour l'avenir de notre pays. Extrait de "Le sursaut ou le chaos", de Thibault de Montbrial, éditions Plon (1/2).
Thibault de Montbrial est avocat au barreau de Paris et spécialiste des questions de terrorisme. Il prône un durcissement de la législation contre les djihadistes français.
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Thibault de Montbrial est avocat au barreau de Paris et spécialiste des questions de terrorisme. Il prône un durcissement de la législation contre les djihadistes français.
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La France est en guerre. Face au terrorisme, nous devons entrer dans une ère nouvelle. Il est urgent de comprendre comment nous nous sommes retrouvés dans cette situation et il est impératif de ne plus transiger. 2015 sera une année décisive pour l'avenir de notre pays. Extrait de "Le sursaut ou le chaos", de Thibault de Montbrial, éditions Plon (1/2).

Le principe de réalité a donc rattrapé ceux des acteurs de notre système de sécurité (État, administrations centrales, police, justice) qui tardaient à en prendre conscience. Nul ne peut plus désormais ignorer la réalité concrète à laquelle nous sommes confrontés : affronter plusieurs milliers de combattants déterminés sur notre territoire, avec cette circonstance inédite depuis un demi-siècle que ces individus sont très majoritairement français (il est donc impossible de contourner la difficulté par un éloignement géographique), et dans un rapport personnel à la mort qui constitue une donnée entièrement nouvelle pour nous tous et accroît le danger qu’ils représentent.

>>>>>>>> A lire également : Etat Islamique : pourquoi nos vieilles démocraties ont tant de mal à admettre que la France est en guerre

En matière de police, les deux urgences absolues pour mener cette « guerre » (discours du Premier ministre Manuel Valls devant l’Assemblée le 13 janvier 2015) concernent, d’une part, le renseignement et, d’autre part, la sécurité publique. Mais d’une façon générale, il faut repenser notre rapport à la sécurité opérationnelle au regard de la gravité de la menace.

1. Le renseignement : renforcer les moyens et les capacités d’analyse

Le projet de loi sur le renseignement sera débattu au Parlement pendant que cet ouvrage sera sous presse.

En toute hypothèse, il est absolument crucial de renforcer les capacités opérationnelles de notre renseignement intérieur (DGSI et SRT).

Les moyens humains

L’urgence concerne les effectifs de terrain. Jusqu’au début de l’année 2015, le chiffre officiel était d’un peu plus de mille cibles à surveiller. Un vent de lucidité a soufflé sur l’Assemblée nationale, puisque le Premier ministre Manuel Valls a évalué ces cibles à plus de 3 000 personnes dans son discours du 13 janvier 2015, quelques jours après les attentats commis à Paris. En clair, le chef du gouvernement a soudain intégré dans sa communication publique le bas de la fourchette des estimations chiffrées des services.

Il faut nécessairement augmenter les moyens humains pour permettre à nos services de faire face au nombre, et l’évaluation du nombre d’agents de terrain concerné doit évidemment intégrer les contingences de fonctionnement telles que temps de repos et de formation : il est impossible de maintenir en permanence sur la brèche l’intégralité des personnels.

Les moyens matériels

Ces effectifs de terrain devront également bénéficier de matériel performant, en particulier de véhicules pour mener à bien leurs missions. Une anecdote révélatrice des limites atteintes par les capacités opérationnelles actuelles m’a été rapportée l’an passé par un fonctionnaire de la DGSI. Parti avec des collègues pour une mission impliquant plusieurs véhicules, celle-ci n’a pu être poursuivie dans la mesure où l’une des voitures est tombée en panne en chemin. Inévitable à force de voir la mise en révision repoussée de semaine en semaine puis de mois en mois pour des raisons de flux tendu opérationnel.

Il est également patent que des moyens de transmissions supplémentaires doivent être acquis, de trop nombreux services de police concourant régulièrement à l’antiterrorisme étant contraint de bricoler, et notamment d’utiliser les téléphones portables personnels en opération (aux frais des fonctionnaires intéressés, donc) faute de dotation administrative suffisante.

Le constat global est simple : on ne peut demander à des services de fonctionner sur les mêmes bases humaines et matérielles lorsque la menace est numériquement multipliée par 40 ou 50 en l’espace de deux ans, d’autant que la tendance s’amplifie..

Les moyens d’analyse

L’autre priorité concerne le renforcement des capacités d’analyse du renseignement opérationnel recueilli. C’est en effet une chose de collecter de l’information, mais faute d’une exploitation en temps réel ou quasi réel, le seul bénéfice qui pourra en être tiré sera la reconstitution a posteriori du cheminement vers un drame qui n’aura pu être empêché. Concrètement, cela implique le recrutement significatif d’interprètes, d’analystes, et de spécialistes informatiques. Se posera la question de l’attractivité et donc de la rémunération, en particulier pour attirer de jeunes ingénieurs informaticiens.

Compte tenu de l’importance cruciale du volet informatique et Internet du combat, il faut également accepter avec pragmatisme l’idée d’employer le cas échéant des talents dont le passé ne soit pas forcément d’une virginité absolue au regard de la loi ; à cet égard, le regard effaré renvoyé par un haut responsable policier lorsque j’émettais devant lui l’hypothèse de voir certains services de l’État s’adjoindre les prestations d’ex-hackers ne m’est pas apparu comme le signal d’une claire prise de conscience de l’ampleur du défi. Pour ne citer qu’eux, les services italiens par exemple n’ont pas ces pudeurs…

Il est enfin essentiel de travailler à l’unification des fichiers et urgentissime que le ministère de la Justice mette à disposition de l’ensemble des services une banque de données exhaustive relative à l’ensemble des personnes condamnées dans des affaires juridiquement liées au terrorisme.

L’implication d’autres services

Au-delà de la nécessaire augmentation des effectifs spécialisés qui vient d’être évoquée, il paraît souhaitable d’impliquer un maximum de services de police et de gendarmerie sur la question de la lutte contre l’islam radical.

Depuis quelques mois, la DGSI a déjà délégué au Service du renseignement territorial (SRT) – les anciens Renseignements généraux (RG) – des « missions islamos » qui pourtant leur avaient été retirées il y a quelques années.

Mais pourquoi ne pas aller plus loin ? Pourquoi ne pas permettre à des effectifs de commissariat ou de gendarmerie départementale (selon les zones de compétences) de bénéficier d’une formation même rapide sur ces questions ?

Les avantages paraissent nombreux. Dispensée par des spécialistes issus de services de renseignements, une telle formation permettrait d’abord d’associer concrètement ces effectifs, qui sont en permanence sur le terrain au contact de la population, à une vigilance plus efficace. Elle optimiserait également les conditions de mise à disposition ponctuelle de personnels dans le cadre de missions menées par les services spécialisés. En les associant au-delà de leurs missions directement issues des prérogatives habituelles de sécurité publique, une telle initiative contribuerait enfin à valoriser les services concernés et augmenterait mécaniquement leur implication dans le cadre de la lutte antiterroriste.

Extrait de "Le sursaut ou le chaos", de Thibault de Montbrial, éditions Plon, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

 

 

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