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Publié le 05 juin 2015
En France, de la gauche sociale-libérale façon Hollande et Macron à la gauche de la gauche, un espace reste béant dans le paysage politique. La gauche hésite sur les thèmes et les personnes pour le restructurer.
Eddy Fougier est politologue, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Spécialiste des mouvements de contestation de la mondialisation, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur ces thèmes : Dictionnaire...
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Frédéric Métézeau est journaliste depuis 15 ans. Il a été journaliste pour France Bleu Nord, basé à Lille, et a présenté les informations sur France Inter avant devenir chef du service politique sur France Culture. Depuis août 2015, il est chef du...
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Eddy Fougier
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Eddy Fougier est politologue, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Spécialiste des mouvements de contestation de la mondialisation, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur ces thèmes : Dictionnaire...
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Frédéric Métézeau
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Frédéric Métézeau est journaliste depuis 15 ans. Il a été journaliste pour France Bleu Nord, basé à Lille, et a présenté les informations sur France Inter avant devenir chef du service politique sur France Culture. Depuis août 2015, il est chef du...
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En France, de la gauche sociale-libérale façon Hollande et Macron à la gauche de la gauche, un espace reste béant dans le paysage politique. La gauche hésite sur les thèmes et les personnes pour le restructurer.

On observe, dans le paysage politique français actuel, un trou béant allant de François Hollande à la gauche de la gauche. Comment cette espace s'est-il structuré ? Est-ce inédit dans en politique française ? Qui ère dans cet espace ?

Eddy Fougier : Il y a toujours une tension entre la diversité et la concentration. C'est à dire qu'il y a toujours eu des périodes ou le système politique était structuré autour de grandes formations, y compris autour du Parti Communiste (PC) dans cet espace. Aujourd'hui on sent une dislocation, avec des courants qui ont été importants à un moment : je pense au courant de Monsieur Chevènement, troisième homme de la présidentielle en 2002 ; et aux écologistes qui ont toujours joué un rôle plutôt ambigüe dans cet espace-là. Il y a toujours cette tension de se rassembler autour d'un courant, d'une formation politique. Il y eu cette tentation après le référendum de 2005. Le Front de Gauche était plus ou moins un des symboles. Aujourd'hui, on perçoit que toutes les tentatives de rassemblement ne sont ni un succès politique, ni un succès électoral.

Je remarque aussi que, de l'autre côté de l'échiquier politique, à l'époque du RPR et du Front National de Jean-Marie Le Pen, des formations, aujourd'hui disparues, existaient : celles de Philippe de Villiers, de Charles Pasqua, ou une formation de Chasse Pêche et Tradition. J'observe là aussi un espace béant et une sorte de rationalisation autour des principaux mouvements politiques.

A gauche, à l'époque des années 80, quand le PC était très fort et le Parti Socialiste (PS) en progression, il existait quelques mouvements, comme le Parti Socialiste Unifié ou le CERES (Centre d'études, de recherches et d'éducation socialiste) de Jean-Pierre Chevènement. Quelques mouvements existaient mais le regroupement se faisait principalement autour des deux grandes forces politiques. Aujourd'hui, la principale force politique est le Parti Socialiste à gauche, et rien d'autre à côté.

Europe-Ecologie-Les-Verts est dans cet espace. Le parti est tiraillé entre une gauche radicale et des postes ministériels, comme on l'a vu lors de remaniements; EELV est très divisé. Jean-Luc Mélenchon et son Parti de Gauche sont également dans cet espace. Son idée de se rassemble avec les communistes autour d'une gauche de la gauche unifiée n'est pas à jour. Ces mouvements sont divisés, et la réunion ne se fait pas autour d'un programme ou autour d'une personnalité politique.

Frédéric Métézeau : Je pense que ce que l'on observe actuellement est assez classique. Il y a 40 ans, le PC dominait le paysage à gauche, le PS étant la deuxième force avec les radicaux de gauche qui était force d'appoint. Les socialistes, sous la houlette de Mitterrand, ont progressivement percé, avec des alliances progressivement étouffantes pour le PC. En 1981, nous étions effarés que Georges Marchais fasse uniquement 15% des voies ! Le PC s'est affaibli à toutes les échelles, quand le PS grimpait. Pour les Verts, c'est encore différent. Je crois qu'ils n'ont jamais réalisé plus de 5% aux élections majoritaires. Sans accord électoral, ce parti n'existe pas.

Dépassée par une mondialisation et une crise économique qui enraye la redistribution, l'offre politique de gauche est grippée. Comment cette gauche pourrait-elle se réapproprier les défis liés à la mondialisation ? Comment penser la gauche dans une époque de crise économique et de dépenses budgétaires limitées ?

Frédéric Métézeau : Longtemps, la Gauche a été synonyme de mouvement collectif de masse et de défense du peuple. Aujourd'hui, la gauche développe, et ce n'est pas péjoratif, des droits individuels qui ne coûtent pas chers : formation tout au long de la vie, compte pénibilité, portabilité des droits d'entreprise en entreprise, etc. Le mariage gay n'était pas non plus fait pour la masse, mais était une mesure intellectuelle répondant à la logique de passer du droit collectif au droit individuel. la société est devenue très complexe, et il y là un très grand challenge : discuter à chacun des catégories, dans sa spécificité et dans sa particularité, tout en s'adressant à une masse.

La gauche peut agir dans des domaines comme la fiscalité : moins d'un foyer fiscal sur deux paie l'impôt sur le revenu, il y a un problème. Il ne s'agit pas de faire payer beaucoup d'impôts à tout le monde, mais il faudrait réfléchir à là où on paie l'impôt. Est-ce que la TVA est un impôt vraiment juste ?  Pourrait-on réfléchir à repenser l'impôt sur le revenu ? On donnerait ainsi le sentiment que chacun contribue, sans être appauvri, à la vie en société.

La gauche est à la base un mouvement internationaliste. S'il y a des différences entre les travaillistes anglais, les sociaux-démocrates allemands, les socialistes français, ces gens parlent à peu près le même langage, ce qui n'est pas le cas à droite. Le Congrès du parti Socialiste Européen, qui aura lieu à Budapest le vendredi 12 juin prochain, doit peut-être être le lieu d'invention d'un nouveau grand parti de gauche international.

Eddy Fougier : Depuis les années 80, je note une situation globale à domination libérale ou néo-libérale, avec une mondialisation qui favorise le libre-échange et un certain nombre de politique davantage orienté vers l'offre et la création de richesse que vers la redistribution. Il y a également un intérêt manifeste de la part d'un électorat, notamment l'électorat populaire, pour des thématiques plutôt conservatrices en termes de valeur, de sécurité, d'immigration et de rapport à l'islam. L'air du temps n'est pas favorable aux mouvements de gauche et aux idées de gauche. D’où une difficulté pour la Gauche de se positionner.

La Gauche se positionne sur des postures progressistes en campagne électoral. Une fois au pouvoir, elle met de l'eau dans sonvin. Avec le temps, on assiste à un tournant social libéral, comme on avait pu le constater en 1983-1984 après une expérience socialiste. Puis on se souvient de Jospin expliquant que "l'Etat ne peut pas tout". François Hollande est dans la même posture : du discours du Bourget à la taxe à 75%, en passant par la finance comme ennemi ; pour qu'à l'automne 2012, deux mois après son arrivée, on note l'adoption du pacte budgétaire européen qu'il souhaitait négocier ; et qu'il annonce, au mois de Décembre 2013, le Pacte de Responsabilité, avec un tournant plus net vers le social libéralisme.

Toutes les valeurs de gauche ne sont pas remises en questions. Le mariage pour tous, malgré de nombreux débats et manifestations, semble être de plus en plus accepté dans l'opinion. Pour l'économique et le social, le sécuritaire et l'immigration, le discours de gauche n'est pas le plus audible. Seul le discours de Valls, le moins impopulaire de tous, est audible. Et bien plus audible que le discours de Madame Taubira.

Le socialisme à la papa (aides publiques, dépenses, avancées sociales) est-il définitivement mort ? Ou est-il simplement inadapté en période de disette ?

Frédéric Métézeau : Le modèle est inadapté en période de disette car la redistribution ne s'opère plus quand la richesse diminue. La gauche française, par rapport à la sociale démocratie allemande, a raté une étape : une véritable alliance avec les syndicats. La gauche française, hormis les communistes, ne pénètrent pas le monde du travail. Elle s'adresse beaucoup aux fonctionnaires, aux enseignants, et aujourd'hui à une forme de sociologie urbaine, mondialisée et connectée, qui vit plutôt bien la mondialisation. La gauche a perdu les salariés, les travailleurs et les précaires. Comment faire pour rattraper ces derniers ? Ils ne rentrent plus dans une entreprise pour y passer leurs vies. Ils vivent de petits contrats, en passant de l'intérim aux CDD. Un des grands défis de la gauche est de renouer avec ce monde du travail, désormais éclaté et dénucléarisé. Peut-être que les nouveaux réseaux et le numérique sont une piste.

Eddy Fougier : Je pense que l'idée libérale sur le plan économique et l'idée conservatrice sur le plan sociétal domine depuis les années 1980 dans les sociétés occidentales. Nous sommes davantage sur une tendance structurelle que sur l'effet de la crise de 2008 et de 2009. La Gauche se retrouve toujours dans un grand dilemme : choisir entre une troisième voie, considérée comme une trahison pour certain, et ne pas s'adapter en constatant une impuissance, électorale dans les urnes, puis en politique. Syriza, en Grèce, malgré son discours de rupture, se retrouve aujourd'hui au pouvoir en situation d'impuissance. Entre impuissance et trahison, la gauche se trouve coincé dans un air du temps plutôt conservateur et libéral, qui favorise des pratiques politiques et des programmes électoraux à la Cameron ou à la Merkel, plutôt que de gauche classique

Autour de quels éléments concrets cette gauche pourrait-elle amorcer sa reconstruction ? La présence de figures charismatiques est-elle essentielle ?

Frédéric Métézeau : En plus de la fiscalité, je pense qu'un autre grand chantier est l'idée du service public au XXIème siècle. Faut-il faire le choix de fermer des lignes de chemin de fer pour libéraliser les lignes d'autocars ? Ces choix nous lanceront sur 30 à 50 ans, il faut bien y réfléchir. Il faut repenser tout le logiciel de gauche. On pourrait lier d'une certaine façon la laïcité à l'environnement qui pourraient être deux valeurs fondamentales de gauche. Avant, laïcité et environnement ne se discutait pas vraiment. Aujourd'hui, on parle de laïcité ouverte, positif, tolérante. On qualifie la laïcité comme si elle n'allait pas de soi. Ségolène Royal nous parle d'écologie punitive. Ces mots, qui parlaient d'eux-mêmes, doivent désormais être caractérisés. Ces valeurs doivent être réaffirmées et réexpliquées, pour que tout le monde comprennent en quoi elles pèsent sur la vie des gens. Ce discours n'est pas du tout tenu à droite, ce qui laisse de l'espace à la gauche.

Eddy Fougier : La tentation à gauche est de mettre l'accent sur les valeurs républicaines et de solidarité, en désignant un adversaire. Des adversaires comme Nicolas Sarkozy ou marine Le Pen sont de bons clients. C'est la tentation la plus simple. Manuel Valls propose un discours de fermeté sur l'immigration. Ce sont sur ces sujets qu'une partie de l'électorat populaire attend la gauche. Sur les autres sujets, la Gauche a peu de marge de manœuvre. Certaines questions sociétales, comme le mariage pour les homosexuels, sont intéressantes car clivantes politiquement, mais la gauche ne pourra remobiliser l'électorat populaire sur ces questions.Manuel Valls incarne une partie de ces thématiques sur lesquels je pense, la gauche devrait davantage se saisir. 

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Paulquiroulenamassepasmousse
- 06/06/2015 - 10:07
Pourquoi parler d'une gauche
Pourquoi parler d'une gauche alors qu'il en existe trois.Les rad-socs version cassoulet, les intellos façon marxiste élevés dans la haine de leurs parents bourgeois, et les "nationaux socialistes" issus des milieux les plus modestes. En fait l'équivalent de Syrisa chez nous serait un mélanchoniste (marxiste) croisé avec une lepéniste (national so).
Vous imaginez la gueule du gamin? Staline croisé avec Adolphe, ...quasiment le frère jumeau de Plenel. Vous comprenez maintenant pourquoi les français préfèreront toujours laisser cet espace vide..!
Anouman
- 05/06/2015 - 20:41
Réservoir de voix?
" Manuel Valls propose un discours de fermeté sur l'immigration"?
Il ne propose que le discours , car pour le reste il est comme les autres c'est à dire Sarkozy, pour le plus récent.
Il faut bien se rendre compte qu'il n'y a en France qu'une belle entente sur les grands principes et que des partis comme Les Républicains et le PS ne s'opposent que sur des détails. Ils sont , malheureusement, les uns et les autres à côté de la plaque, mais l'électeur au cerveau endoctriné est juste capable de faire un choix entre les deux.
Texas
- 05/06/2015 - 13:35
Social-Liberal ?
Une antinomie pour rassurer la conscience des Socialistes . Que l' on nous explique ce qu' il y a de liberal dans le compte penibilité ou dans la portabilité . Expliquez- nous surtout le surcoût pour les entreprises de la portabilité , ou de ce compte retors , alors que les entreprises sont déjà " plombées " par une fiscalité aleatoire et par des marges parmi les plus faibles du continent .