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Carriérisme et spins doctors : comment la communication tue la politique à petit feu

Publié le 31 janvier 2015
Pour l'ancienne ministre Corinne Lepage, nous vivons une époque où la communication et le souci de l’image l'emportent sur toute autre considération. Une attitude délétère sur le long terme. Extrait de "Les Mains propres" de Corinne Lepage, publié aux éditions Autrement (1/2).
Corinne Lepage
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Corinne Lepage est avocate, ancien maître de conférences et ancien professeur à Sciences Po (chaire de développement durable).Ancienne ministre de l'Environnement, ancienne membre de Génération écologie, fondatrice et présidente du parti écologiste...
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Pour l'ancienne ministre Corinne Lepage, nous vivons une époque où la communication et le souci de l’image l'emportent sur toute autre considération. Une attitude délétère sur le long terme. Extrait de "Les Mains propres" de Corinne Lepage, publié aux éditions Autrement (1/2).

Le public et les journalistes se réfèrent à la "classe" politique. Ce mot est rejeté par les politiques en général qui considèrent qu’il ne correspond à rien. En réalité, s’il est péjoratif, il correspond très précisément à la représentation que s’en font les Français. Le mot de classe renvoie à une vision marxiste de la société dans laquelle une classe en exploite une autre. Or, les citoyens ressentent intuitivement cette prise de pouvoir par une très petite caste hermétique à laquelle ils ne pourront jamais accéder et qui confisque en réalité la démocratie. Certes, à intervalle régulier, il leur est demandé de voter, c’est-à-dire de reconduire tel ou tel, ou au contraire de s’en défaire. Mais, ils n’ont aucun pouvoir sur le choix de la personne représentant tel ou tel courant politique et, comme nous venons de le voir, le système mis en place rend extrêmement difficile l’élection de personnalités qui ne viendraient pas du cercle politique. De plus, la notion de représentant ou de mandant rendant des comptes à ses mandataires a complètement disparu des radars. À l’exception des élections locales, voire des municipales dans certaines grandes villes où les maires ont su tisser des liens réels, comme à Bordeaux ou à Lyon, et où les élus locaux ne sont pas nécessairement assimilés à la « classe politique », le fossé n’a cessé de se creuser, et ce à juste titre.

Les élus sont pour l’immense majorité le fruit du carriérisme politicien, c’est-à-dire le résultat d’un cursus qui passe le plus souvent par l’ENA ou au moins par Sciences Po, parfois une Grande École, l’"encartement" soit le choix de s’affilier à tel ou tel parti, puis le passage par un poste d’assistant parlementaire ou mieux encore par un cabinet ministériel. Viendront un mandat local dans le sillage de son "patron" et un mandat national qui peut déboucher sur un poste ministériel.

Cette voie royale, suivie par l’immense majorité, a créé une carrière professionnelle très particulière, totalement déconnectée de la vie normale et entièrement dépendante du bon vouloir de la hiérarchie partisane. Le "cirage de bottes", la complaisance et la défense de "sa" chapelle et/ou de son écurie l’emportent sur toute autre considération puisque c’est de son "job" dont il s’agit. Une fois les premiers degrés atteints, il s’agit de viser le "coup d’après", y compris lorsqu’on a la chance d’occuper un poste ministériel. Ce "coup d’après" consiste non pas à remplir au mieux, c’est-à-dire courageusement sa fonction, mais à rendre des services pour obtenir des "affidés" et à se médiatiser au maximum pour entrer dans le CAC 40 des personnalités politiques.

C’est alors qu’entre en scène une caste très discrète, celle des agences de com’. La communication des hommes et femmes politiques est en effet le "sujet" majeur. Après que le "faire savoir" fut devenu beaucoup plus important que le "savoir-faire", c’est désormais la "com’ pour la com’" qui l’emporte sur tout. Bygmalion est le parangon de ces agences qui facturent des sommes astronomiques pour organiser les événements, mais la palme revient aux agences qui conseillent et forgent l’image des politiques. Ces conseillers en communication et marketing politique ou spins doctors privés, comme l’était Patrick Buisson pour Nicolas Sarkozy, exercent souvent une influence déterminante sur le personnage politique, pour lui faire prendre des positions qui leur paraissent correspondre à ce que l’électorat attend plutôt que ce qui est bon pour le pays et l’intérêt général. Idem pour quelqu’un comme Franck Louvrier, ancien conseiller en communication du ministre puis du président de la République Nicolas Sarkozy, dont on se souvient de la manipulation médiatique quand il avait envoyé un SMS aux journalistes pour les inciter à parlerd’une femme, arrêtée au volant, portant le niqab.

Progressivement, la communication et le souci de l’image l’emportent sur toute autre considération avec les dégâts que l’on connaît. Les promesses non tenues trouvent pour une large part leur origine dans les recommandations des agences de communication qui, s’appuyant sur des sondages au demeurant coûteux, proposent des mesures qui seraient en harmonie avec ce que souhaite la clientèle électorale. Sauf que cette déviation de l’action politique ou plutôt de la parole politique a trois conséquences catastrophiques.

Tout d’abord, elle considère les électeurs comme des imbéciles en les infantilisant et en leur faisant croire que leurs désirs peuvent devenir une réalité indépendamment de toute considération réaliste. Ainsi les catalogues de promesses présidentielles, parfois incohérentes, mais visant différentes cibles électorales, constituent par définition des attrape-nigauds. La confusion entre des objectifs et des promesses en est une conséquence dont François Hollande fait les frais. Ainsi faire baisser le chômage est un objectif majeur mais cela ne peut être un engagement pour la bonne et simple raison que l’État ne peut embaucher pour réduire le chômage. Ce sont les entreprises qui embauchent, et cela dépend certes des politiques menées mais aussi d’une conjoncture plus large. Il en va de même de l’augmentation du pouvoir d’achat qui dépend de la pression fiscale et de la répartition, mais avant tout de la conjoncture économique et de l’emploi. Autrement dit, le "demain on rase gratis" qui apparaît encore nécessaire pour se faire élire est une infantilisation et une forme de mépris du citoyen. Ensuite, elle déconnecte le long terme et l’intérêt général du discours politique pour le faire "coller" à ce qui est considéré comme un désir collectif immédiat. Ce faisant, elle institutionnalise le court terme comme point central de toute campagne électorale réussie.

Cette déconnexion participe très largement à la perte de sens, au pessimisme et au sentiment de "no future" qui affecte nos concitoyens. Enfin, elle tend à faire des politiques de véritables marionnettes des agences de communication, variant de discours ou de convictions au fil des sondages, et prépare précisément le manquement systématique aux promesses. Ainsi, la position de Nicolas Sarkozy sur l’exploitation du gaz de schiste, qu’il a fait interdire et qu’il défend dorénavant comme une priorité pour relancer la croissance (ce qui est une ineptie), est un cas d’école. Ce virage n’a pas grand-chose à voir avec le sujet ; c’est un geste en direction du MEDEF et plus généralement des conservateurs opposés à toute idée qui pourrait avoir un lien avec les écologistes. Le sujet n’est donc pas de savoir si le gaz de schiste est en définitive une bonne piste pour la France. C’est de créer un « marqueur » pour parler à une France qui honnit la modernité et tout ce qui s’apparente à ce que j’appelle le "Nouveau Monde".

 

Extrait de "Les Mains propres" de Corinne Lepage, publié aux éditions Autrement (1/2).

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Benvoyons
- 31/01/2015 - 12:06
L'on sent dans cette article que la personne a été brossé dans
le sens du poil par Hollande. Le Chaudron a Hollande était là pourquoi ne pas en boire dès fois qu'une lace se libère! Là nous savons qu'elle n'est pas une Sans-Dents!!