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L'avion de la Malaysia Airlines abattu par un missile survolait une zone de conflits et a pu être visé par erreur par l'un des camps
© REUTERS/Maxim Zmeyev
L'avion de la Malaysia Airlines abattu par un missile survolait une zone de conflits et a pu être visé par erreur par l'un des camps
Catastrophes organisées

Quand la politique fait crasher les avions

Publié le 20 juillet 2014
L'avion de la Malaysia Airlines abattu par un missile survolait une zone de conflits et a pu être visé par erreur par l'un des camps. Ce drame n'est pas la première fois où des avions civils sont touchés pour des raisons politiques.
François Géré est historien.Spécialiste en géostratégie, il est président fondateur de l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) et chargé de mission auprès de l’Institut des Hautes études de défense nationale (IHEDN) et directeur de recherches à...
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François Géré est historien.Spécialiste en géostratégie, il est président fondateur de l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) et chargé de mission auprès de l’Institut des Hautes études de défense nationale (IHEDN) et directeur de recherches à...
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L'avion de la Malaysia Airlines abattu par un missile survolait une zone de conflits et a pu être visé par erreur par l'un des camps. Ce drame n'est pas la première fois où des avions civils sont touchés pour des raisons politiques.

NB : Pour aborder sereinement le problème des destructions de transporteurs aériens  il faut distinguer trois types de situations correspondant à trois espaces délimités par le droit et les compagnies d’assurance. Les contours sont difficiles à préciser avec certitude.

Zones de paix : les destructions, rares et involontaires, sont dues à l’erreur humaine et technique. Mais elles peuvent être brutalement mises en état de risque par une menace terroriste

Zones de crise à risque : les destructions peuvent être involontaires ou délibérées. 

Zones de guerre : tout est permis. Les vols civils sont réputés impossibles au-dessus de ces espaces. Les compagnies aériennes doivent détourner les itinéraires.

L’espace aérien est somme toute bien organisé, quadrillé par des dispositifs de reconnaissance, d’information et de communication comme l’Aircraft Communication Addressing and Reporting System qui équipe les Boeing 777 de Malaysian Airlines (voir l’accident du début d’année).

Atlantico : Les circonstances qui entourent le crash de l’avion de la Malaisian Airline sont encore obscures, cependant on a au moins la certitude que celui-ci s’inscrit dans un contexte de fortes tensions politiques. Quel est le premier vol civil à avoir été abattu dans un contexte similaire ? Avec quelles répercussions ?

François Géré : Ce qui est remarquable, c’est que l’on se pose la question du « comment et avec quoi ?» sans la faire précéder du « pourquoi ?», c’est-à-dire à qui profite le crime ? Or, il parait difficile de concevoir qu’aucun des acteurs du conflit ukrainien ait pu trouver un intérêt à abattre un avion de ligne civil. L’erreur paraît certaine. Encore faut-il l’expliquer. Depuis plusieurs semaines les « pro russes » sont parvenus à abattre des avions de l’armée ukrainienne, démontrant ainsi une capacité dépassant le niveau de l’improvisation. Il est hautement probable que le Boeing a été confondu avec un de ces Ilyouchine dont dispose l’Ukraine et que la batterie sol-air servie par d’anciens militaires ukrainiens ralliés au camp pro-russe a engagé une cible mal identifiée. Dans les zones de guerre cela se produit. Mais et c’est là où se présente une autre question dérangeante, comment aujourd’hui des compagnies aériennes peuvent-elles raisonnablement emprunter des couloirs traversant des zones de guerre ?

Un DC-9 s’est écrasé en 1980 au large de la Sicile. Il aurait été touché par un missile de l’Otan. En sait-on davantage aujourd’hui ?

On peut ajouter l’accident d’une Caravelle d’Air France au large de la Corse quelques temps plus tôt. Dans les deux cas il n’y a jamais eu d’explication publique. L’Otan comme toutes les armées procède à des essais de ses matériels. En principe, toutes les mesures de précautions sont prises mais il suffit qu’un avion ait pris du retard sur son plan de vol ou que l’auto-directeur du missile ait un défaut et c’est la catastrophe.

Le vol 103 Pan Am, qui s’est écrasé en 1988 sur le village écossais de Lockerbie à la suite de l’explosion d’une bombe embarquée a fait naître beaucoup de théories sur les responsabilités. Là aussi, quel était le contexte, et quelles ont été les suites ?

Ajoutons à cette liste la destruction du DC 10 d’UTA qui fit 170 victimes en 1989.

Ces attentats (une bombe dans l’avion) ne furent jamais revendiqués. Mais ils se situaient dans un contexte de crise grave entre les Etats-Unis, la France et la Libye. Reagan avait cherché à éliminer Kadhafi par un raid aérien qui le manqua de très peu et la France combattait directement les Libyens au Tchad.  Qualifiés de terroristes, ces attentats qui finalement purent être imputés aux services secrets libyens relevaient d’une tactique de représailles. C’est vingt ans plus tard que le colonel Khadafi, rentré en grâce dans la communauté internationale accepta de dédommager les familles des victimes.

En 1983, dans les dernières années de la Guerre froide, l’aviation soviétique abat le vol 007 de la Korean Air Lines reliant l’Alaska à la Corée du Sud. Quelles sont les raisons de cette attaque, et ont-elles donné lieu à un regain de tensions ?

1983 c’était, à l’Ouest, la crise des euromissiles nucléaires. En Extrême Orient, la tension entre les Etats-Unis et l’Union soviétique avait pris une tournure très grave. Les consignes d’engagement du feu étaient très permissives. Les avions de renseignement furetaient au plus près des espaces aériens réservés. Les Soviétiques ont pu confondre KAL 007 avec un avion espion américain. C’est douteux. On pense que ce fut un « message dur ». Cela n’a fait qu’augmenter un peu plus la tension.

Au chapitre des erreurs tragiques on doit rappeler la destruction de l’Airbus d’Iran Air par l’USS Vincennes en 1988 (274 morts) dans un contexte de guerre entre l’Iran et l’Irak de Saddam Hussein que soutenaient, alors, les Etats-Unis. On a voulu y voir une manœuvre d’intimidation à l’égard de l’Iran pour amener l’ayatollah Khomeini à accepter un cessez-le-feu. Rien ne permet d’accréditer cette spéculation.

Le cas de crash aérien le plus marquant est celui du 11 septembre 2001, car il implique quatre avions, un nombre de victimes sans précédent, et des conséquences géopolitiques considérables. Peut-on rappeler schématiquement l’enchaînement d’événements auquel cette journée a donné lieu ?

L’usage d’avions civils comme armes contre des cibles civiles constitue une innovation absolue. C’est pourquoi outre les dommages causés, elle a impressionné si fortement.

Les Etats-Unis se trouvaient forcés de riposter massivement. Ils ont écarté l’option nucléaire d’autant plus qu’Al Qaida n’était pas un Etat et n’offrait pas de cible pour une attaque massive. Les Etats-Unis attaquèrent donc l’Afghanistan des talibans accusés à juste titre d’héberger Ben Laden. Mais l’administration Bush crut pouvoir profiter de l’occasion pour éliminer Saddam Hussein en Irak en 2003. Ce qui fut fait dans des conditions telles que nous en constatons les résultats aujourd’hui dix ans plus tard.

Outre le crash de la Malaisian Airline en Ukraine, des événements similaires ont-il eu lieu depuis le début des années 2000 ? Les transports de troupes, notamment, ont-ils souvent été touchés, et est-ce conforme aux règles de la guerre ?

En temps de guerre tout est bon à abattre, particulièrement les transports de troupe. On tue l’ennemi. Il n’existe pas de règles en ce domaine.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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vangog
- 20/07/2014 - 15:38
@Leucate À minima, 4 tirs de missiles
pro-russes ayant atteint leurs cibles volant à différentes altitudes, Illiouchine, 2 Chasseurs, Hélicoptères...à l'inverse, aucun tir ayant atteint sa cible chez les Ukrainiens...voilà où on en est!
Et si on veut bien répondre à la question: "à qui profite le crime?"
Il est évident que les Russes ont tout intérêt à faire pression sur les occidentaux qui craignent une déflagration mondiale et pour qu'ils cessent leurs sanctions economiques, alors que l'inverse n'est pas vrai!
Quel intérêt auraient les Ukrainiens à tirer, à l'aveugle, sur un avion non identifié et volant à 10000 mètres, alors qu'ils recherchent, avant tout, le soutien occidental sur les plans militaires et financiers?
Nous saurons le fin mot de l'histoire et les pro-russes, qu'ils soient occidentaux ou orientaux, devront en assumer la responsabilité!
Leucate
- 20/07/2014 - 15:06
@vangog - erreur lors d'un exercice ?
Selon un consultant militaire, un tir provenant des indépendantistes est peu probables. S'ils disposent des missiles (portables) capables de descendre un aéronef (avion, hélicoptère) volant à faible altitude, tirer sur un avion volant à 10.000 m est tout autre chose et demande un système d'armes lourd et sophistiqué (trois véhicules au moins) dont seules les armées disposent.
Il y a deux armées à proximité. L'armée russe est bien équipée de matériels des plus modernes et elle est redevenue une armée disciplinée.
Néanmoins, même dans une armée moderne et bien entraînée, un exercice de tir allant jusqu'à la mise à feu non prévue du missile par une faute de manipulation peut arriver (exemple les américains ..)
En face l'armée ukrainienne, assez bordélique (euphémisme) et équipée de matériels soviétiques obsolètes mais encore tout à fait capables de descendre un avion volant à haute altitude.
Vu la situation, aucune des armées n'admettra officiellement l'erreur humaine, voilà où on en est.
vangog
- 20/07/2014 - 13:01
Marrant comme vous posez la question
" pourquoi", mais vous n'y répondez-pas!
Et pourtant, il sexiste des justifications objectives à un acte délibéré des pro-Russes contre un avion civil, écartant la thèse de l'erreur, à laquelle tous semblent adhérer sans se poser plus de questions!
Et si le gouvernement Russe avait voulu se venger des sanctions occidentales en exerçant une pression indirecte sur l'opinion publique grâce au message subliminal à cette attaque d'un avion civil:
" attention! Si vous continuez à appliquer des sanctions internationales sur les oligarques russes, vous courrez le risque d'une extension mondiale du conflit...et on sait que vous n'en avez aucune envie..."
La manœuvre du joueur d'échec Poutine serait double, ici:
menacer l'Occident d'une extension du conflit et faire porter sur l'Occident la responsabilité physique et morale de cet embrasement, vieille technique gauchiste par excellence...
Si cette hypothèse est vraie, cela veut dire que les sanctions occidentales portent leurs fruits...mais cela veut dire aussi que la riposte Russe est déclenchée...de manière aveugle!