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"Suivez cette voiture !"

Taxis 7 : la guerre contre les VTC

Le cinéma français manque cruellement de cette capacité qu'a le cinéma américain à surfer sur l'actu pour fabriquer des blockbusters. Heureusement, nous avons Luc Besson pour le conflit taxis/VTC.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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J'ai une super idée de scénario pour Luc Besson. Je vous la soumets, parce que je n'ose pas la lui faire passer tout de suite – enfin, sans feedback préalable, quoi...

 

Donc, dans mon histoire, un Californien à la haute stature et au visage buriné, interprété par Liam Neeson, est le patron de la multinationale du VTC IsThisCarTaken.com. Sa fille est à Paris pour quelques jours, histoire de fêter son entrée à Harvard avec ses copines, lorsqu'elle est enlevée par un commando de costauds patibulaires dont on comprend qu'il s'agit de chauffeurs de taxis parce qu'ils roulent tous en Mercedes Classe C diesel gris-souris (je vois bien Courtney Love dans le rôle).

Officiellement, il s'agit de types isolés espérant faire plier le gouvernement sur la question de la préservation de leur monopole du transport à la demande. C'est en tout cas ce qu'indique le communiqué de revendication qu'ils ont fait parvenir à la rédaction de Rires & chansons.

 

Mais Liam Neeson, qui est en fait un ancien agent d'élite de la CIA reconverti dans le business, débarque à Roissy après avoir reçu un message paniqué de sa fille sur Facebook : les ravisseurs, assez peu technophiles, n'avaient pas remarqué l'Apple Watch qu'elle portait au poignet lorsqu'ils l'ont enfermée dans le coffre de leur Classe C et ne lui ont confisqué que son iPhone 6 et son iPad Retina.

Il prend le RER B jusqu'à Gare du Nord, s'installe dans un studio loué sur Airbnb et enquête discrètement, ne se déplaçant qu'en Vélib et en Segway pour ne pas être repéré. Bien entendu, il ne tarde pas à découvrir que les soi-disant loups solitaires ayant enlevé sa fille sont en réalité dirigés par le secrétaire général de la Fédération Nationale des Taxis, interprété par Samy Naceri...

 

Notes de frais et déjeuners chez Starbucks


Un autre ancien des services secrets américains, installé en France depuis plusieurs années suite à un drame familial et devenu comptable à l'INA, l'assiste dans cette opération (j'ai pensé à Arnold Schwarzenneger, qui a désormais la maturité pour ce genre de rôle) et parvient à dissimuler un micro-émetteur dans le sac à main de la directrice de son établissement (jouée par Agnès Soral) : il a en effet remarqué que ses notes de taxis étaient trop nombreuse pour ne pas cacher quelque chose de louche, personne ne pouvant raisonnablement se déplacer autant dans Paris.

 

Il s'est de plus rendu compte qu'elle déjeunait fréquemment avec Samy Naceri au Starbucks d'en bas du bureau et ne payait jamais l'addition...

Après une série de poursuites spectaculaires à travers la capitale au cours desquelles la tour Eiffel et le Grand Palais sont totalement détruits, Liam Neeson retrouve sa fille, enfermée dans un local de stockage collaboratif et gardée par Vincent Lindon. Il ne casse pourtant pas la figure de ce dernier, car il comprend vite qu'il n'a accepté le job que sous la contrainte, après plusieurs années de chômage non-indemnisé (son entreprise à été rachetée par un conglomérat chinois et son usine fermée).

 

Le geôlier malgré lui s'est même débrouillé pour rendre la captivité de la jeune fille plus supportable en lui apportant des friandises chapardées au supermarché voisin, ce qui émeut Liam Neeson (gros plan d'une larme qui coule sur sa joue mal rasée), pourtant capitaliste endurci et lui-même actionnaire du conglomérat chinois (ce qu'il se garde bien de dévoiler à Vincent Lindon).

Il démolit en revanche le portrait des autres kidnappeurs (Eric et Ramzy, George Clooney et Denis Podalydès), libère sa fille, remonte la piste jusqu'au siège de la Fédération des taxis et procède à la « citizen arrest » de Samy Naceri – qu'il surprend dans son grand bureau meublé avec goût, en train de dicter le texte de la prochaine loi sur la concurrence dans les transports au député Thomas Thévenoud (dans son propre rôle) sous la supervision de la directrice de l'INA.

 

Union sacrée


Liam Neeson prévient la police qui débarque illico mais l'arrête pour destruction de monuments historiques et espionnage sur le sol français. Le film se termine par un débat sur BFM TV au cours duquel Bernard Cazeneuve remercie Samy Naceri pour l'attachement de sa corporation à la justice et aux traditions françaises mais déplore le kidnapping de la jeune fille, même s'il concède qu'il soit parfois nécessaire d'agir de manière non-orthodoxe en cas de force majeure. Il annonce alors l'interdiction imminente des VTC, des Vélibs et de l'autopartage, et évoque la mise en place d'un certain nombre de restrictions à la marche à pied en zone urbaine (notamment dans le cas où le marcheur utilise un smartphone équipé d'un GPS pour se diriger au lieu de prendre un taxi).

Ah, en milieu de générique de fin, le président des États-Unis (Omar Sy), s'indigne sur CNN de l’arrestation de Liam Neeson, laquelle a provoqué l'effondrement de l'action IsThisCarTaken.com à Wall Street. Mais cette intervention, diffusée sur écran géant place de la République, est accueillie par les ricanements des milliers de taxis, de notaires, de pharmaciens, d'avoués, de conducteurs de TGV, de facteurs et d'huissiers de justice rassemblés en hommage aux pouvoirs publics.

 

Ouf, c'est fini. Vous pouvez sortir de la salle par le haut, s'il vous plait...

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