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Théorie du ruissellement

Si nos milliardaires étaient tous comme Xavier Niel, on en aurait davantage‬

OK, les ultra-riches sont d’affreux profiteurs auxquels il faudrait couper la tête après leur avoir coulé du plomb fondu dans les veines. Mais dans l’attente du Grand Soir, on peut en apprécier un ou deux...

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Le seul vrai point commun entre milliardaires français et milliardaires américains, c’est qu’ils soient milliardaires. Mais ça s’arrête là. Oh, je n’ai pas d’admiration particulière pour les super-nantis yankees ou les vertus spécifiques de leur bling-bling, mais force est de constater qu’aux États-Unis, lorsque son patrimoine finit par atteindre le PIB d’une petite nation, qu’on a fait le plein de yachts, de jets, de Jocondes et de penthouses, on passe à l’étape redistribution.

 

C’est comme ça. C’est une habitude locale. Les mauvaises langues diront que ça permet surtout d’optimiser ses impôts ou d’avoir son nom sur la façade d’un centre anti-cancéreux pour la postérité, ce qui n’est pas exactement la définition de l’altruisme, mais tout de même…

 

Chez nous, lorsqu’un méga-riche se déleste d’un gros paquet de pognon sans contrepartie apparente, c’est qu’il est une vieille dame aux neurones fatigués qui confond encore euros et anciens francs. Et quand nos cousus d’or ont été contactés par Bill Gates, qui venait de créer le « Giving Pledge », une campagne incitant à offrir 50 % de son magot aux nécessiteux de la planète, il a trouvé coffre-fort clos. Du coup, dans la liste des 170 followers de l’inventeur de cette nouvelle façon de jeter l’argent par la Window, zéro Gaulois ! Nibe. Queud. Nada.

 

Quelques Chinois, oui ; une poignée de Britanniques et de Scandinaves, OK ; un doigt de Russes, pourquoi pas ; mais pas le moindre Arnaut, Pinault, Mulliez et autres Dassault pour sauver l’honneur des mangeurs de fromage à très haute teneur en gras.

 

D’où l’intérêt que l’on portera aux initiatives de Xavier Niel, le plus américain de nos ultra-prospères. Non qu’il ait lui-même accepté de priver ses gosses de la moitié de leur héritage potentiel, n’exagérons rien (et à même pas 10 milliards de dollars, c’est tout juste s’il a droit à la carte du club), mais entre la création de 42, l’école gratuite de codage qu’il finance à hauteur de 70 millions d’euros, et Station F, l’incubateur de start-up dans lequel il a englouti encore autant à fonds perdus, il mériterait presque une double-nationalité honoraire.

 

Bien sûr, c’est dans notre nature, on n’y peut rien, on pourra toujours lui chercher des poux dans la tête et dénicher tout un tas de bonnes raisons de le détester de toute manière (parce qu’il est certainement devenu riche en buvant la sueur des travailleurs ; parce qu’il en tire sûrement un bénéfice quelconque, de tout ce mécénat ; parce qu’on ne nous la fait pas, à nous. Et patati et patata).

 

On pourra dire tout ce qu’on voudra et, moi même, si je le rencontrais, je commencerais d'ailleurs par lui demander pourquoi je n’ai jamais de 4G nulle part depuis que je suis passé chez Free Mobile. Mais je le féliciterais certainement aussi pour ce qu’il fait de sa part de mes 15 euros d’abonnement mensuel. S’il y avait plus de Niel en France, il y aurait plus de milliardaires. Et s’ils étaient tous comme lui, il y aurait même peut-être moins de pauvres.

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