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Pharisien, tête de chien

PenelopeGate : l'éthique en toc de François Fillon

François Fillon passait pour un type austère et probe, limite ennuyeux, dont l'entrée à l'Elysée trancherait avec le bling-bling et/ou l'inutilité de ses prédécesseurs. Mais ça c'était avant.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Je fais rarement dans le populisme, je n'ai pas de problème avec les gens qui gagnent de l'argent, roulent dans de grosses autos et engloutissent de grands millésimes si c'est leur but dans l'existence et qu'ils n'assassinent pas père et mère pour y parvenir. Je ne crois même pas au cliché des vases communicants qui veut que la bonne fortune des uns soit nécessairement le corollaire de la misère des autres, mais cette affaire Penelope va bien au-delà du baratin manichéen sur une « société à deux vitesses » opposant haves et have nots.

 

Non, le PenelopeGate, plus qu'une banale question de fric, est plutôt l'impardonnable faux-pas éthique qui devrait disqualifier tout candidat à une fonction élective ; a fortiori la plus haute. Quelles que soient les « preuves » que le candidat LR sera en mesure d'apporter sur l'implication de sa femme dans son activité de parlementaire, les témoignages « spontanés » de proches se souvenant opportunément de la présence de madame à telle ou telle réunion qui émergeront, les échanges d'emails ou les textos à caractère vaguement professionnels qui seront produits, le malaise ne se lèvera pas.

 

OK, tout est pourtant parfaitement « légal » dans cette histoire : un député est libre de recruter qui il veut comme assistant, sa femme, ses gosses, un copain dans le besoin... Tout comme il est libre de dépenser sans la moindre justification les magots de la réserve parlementaire et de ses « frais de mandat », voire de se constituer un patrimoine immobilier sur le dos des contribuables. On compte juste sur lui pour ne pas le faire parce que, hum, comment dire, il ne devrait pas le faire.

 

Et Fillon a beau jouer les indignés, s'en prendre à ces commentateurs sexistes qui préfèreraient que Pénélope reste à la cuisine à s'occuper de sa marmelade, le fait est qu'il a choisi de verser les deux-tiers de l'enveloppe censée servir à rémunérer ses collaborateurs au budget familial au motif qu'il lui arrive de discuter du boulot en enfilant ses pantoufles. Tout comme il s'est débrouillé pour faire passer à 50 000 euros l'unité le tarif de piges du magazine d'un pote milliardaire (ce qui est, là encore, parfaitement légal. Juste grotesque).

 

Bien sûr, la crainte existe toujours, à dénoncer les comportements de ce genre, d'encourager les amateurs de « tous pourris » qui nous promettent qu'avec une Marine Le Pen à l'Elysée, la morale reprendrait enfin ses droits. Mais le FN étant précisément la formation politique la plus performante en matière de népotisme parlementaire et de captation indue d'argent public, on voit mal l'hôpital s'en prendre à la charité en l'espèce (les Philippot et consorts sont d'ailleurs bien silencieux depuis quelques jours).

 

C'est d'autant plus dommage que, tout en lui préférant Macron, je m'étais vaguement fait une raison à l'idée d'une victoire de Fillon, précisément parce que j'étais tombé dans le panneau du type austère mais efficace et volontariste qui pouvait faire l'affaire. Inutile de dire que j'en suis revenu.

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