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Mélange des genres

Les malhabiles et bilieux Rouletabille de l’alibi libyen sur la sébile de Sarkozy

Si Sarkozy louait vraiment des estrades de meetings aux frais de Kadhafi, la justice le dira. Mais en déduire que l’intervention française en Libye ait été dictée par le désir de camoufler cette source de financement, ça s’appelle du révisionnisme.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Je ne sais pas si Sarkozy et ses sbires ont touché ou non du pognon de Kadhafi. Tout comme vous, je suis ses démêlés avec la justice de loin en loin comme les différentes saisons d’une série télé à diffusion aléatoire et aux rebondissements imprévisibles.

 

Et en ce moment, c’est un peu sur le fil du rasoir, mais je pencherais plutôt pour une version Mediapart miniature, le pactole de 50 patates semblant s’être passablement dégonflé...

 

Je ne sais pas s’ils ont touché du pognon, donc, mais je sais que la petite musique révisionniste qui semble s’installer à propos de l’affaire libyenne me hérisserait les cheveux si j’en avais encore.

 

Pour un tas de gens désormais, du moins ceux pour lesquels la culpabilité du bonhomme ne fait aucun doute, la France ne serait allée montrer ses muscles en Cyrénaïque que pour éviter à un président corrompu d’être mis en face de ses turpitudes. Ça change un peu de l’époque où la même petite musique accusait plutôt Bernard Henry-Lévy d’avoir soutenu la résistance au nom d’on ne sait quel agenda sioniste ou illuminati, mais pas tant que ça finalement…

 

A ceux qui auraient la mémoire courte et le Google défaillant, on rappellera pourtant qu’au moment des fameux « Printemps arabes », on moquait plus souvent la France pour son manque de prescience et son soutien aux régimes en place que pour sa capacité à fomenter des rébellions en sous-main.

 

On leur demandera également de se souvenir que non, Kadhafi n’était pas juste une sorte de prince du désert pittoresque un peu barré dont la présence contribuait à stabiliser l’Orient compliqué, mais bien un dictateur sanglant en même temps qu’un banquier du terrorisme et une menace pour notre propre sécurité.

 

Et, puisqu’on y est, on leur suggérera de relire la promesse du « Guide » de faire de Benghazi un nouveau Guernica, véritable déclencheur d’une intervention non pas simplement « française », mais résultant d’une décision du Conseil de sécurité des Nations-Unies et associant les Américains, les Britanniques et les Italiens.

 

Pour roué qu’il soit, Sarkozy aurait sans doute eu du mal à réunir un tel gang à la Reservoir Dogs dans le seul but de camoufler le mode de financement de ses estrades de meetings.

 

La France, à tout prendre, s’était plutôt montrée admirable sur le coup, l’anarchie clanique de la Libye post-Kadhafi ne pouvant lui être imputée que par les commentateurs de salon préférant la non-assistance à populations en danger à la prise de risque.

 

Maintenant, pour en revenir aux valises de billets putativement réceptionnées par l’ex-président depuis Tripoli, je l'ai dit, je suis comme vous, je n’en sais rien. Peut-être que oui. Peut-être que non. On verra bien ce que la justice en dira. Mais pour le reste…

 

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PS : Ça n’a rien à voir avec la choucroute, mais j’avais juste envie de dire à quel point j’étais épaté par Arnaud Beltrame, le gendarme assassiné à Trèbes. Ça ne console pas des circonstances dans lesquelles il s’est comporté en héros, mais ça réconforte.

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