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Crédits Photo: Reuters
L'exclusion de Jean-Marie Le Pen du Front national crystallise les passions.

C'est compliqué

Éviction de JMLP, démission de Tsipras : frontnationalogues et syrizologues en plein désarroi

Il y a du mouvement chez les extrémistes mais le hic, c'est que même les experts ne savent pas quoi en penser.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Les experts en frontnationalogie sont divisés : l'éviction du vieux schnock, c'est bien ou pas ? « Oui, c'est formidable, évidemment ! » affirment les uns. « Ah non, pas du tout ! C'est terrible » répliquent les autres. « Hum, en fait, ça dépend... » suggère une troisième école. Et puis, le « bien » ou le « pas bien », n'en déplaise à Platon, c'est tout de même pas mal corrélé à la vision du monde de l'expert en question...

 

Pour les nostalgiques du FN canal historique, celui des « Durafour-crématoires », des « détails » et autres connexions pétaino-rexistes, ça a plutôt l'air d'être une mauvaise nouvelle. L'indice de la métamorphose d'un parti d'extrême droite 100% pur-porc en formation souverainiste standard, au bureau duquel pourraient siéger Chevènement et Dupont-Aignan sans que ça ne fasse ciller l'ex-militant PC agitant son petit fanion à la fête Bleu-Blanc-Rouge. D'un autre côté, les mêmes peuvent se dirent que c'est justement ça, le coup de génie : dédiabolisé, le FN peut enfin amorcer sa marche vers l’Élysée pour mieux revenir à ses amours cryptofascistes une fois l'armée, la police et la caisse des allocations familiales sous contrôle.

 

Pour les modernistes, ça sonne manifestement comme une belle occasion de se refaire une virginité, de séduire une nouvelle palanquée d'UMPistes jusqu'ici rebutés par les services d'ordre managés par Batskin, de mettre Marine sur orbite et de distribuer mandats locaux et portefeuilles ministériels au reste du gang, dans la grande tradition républicaine trans-partis qui est la nôtre. D'un autre côté, c'est peut-être aussi le risque de voir filer les lefebvristes, néo-nazis, adorateurs d'Odin, antisémites 1.0, racistes biologiques, etc., qui sont tout de même encore quelques-uns à chanter dans les meetings au côté des anciens communistes et représentent pas mal de bulletins de vote.

 

Ouille ouille ouille, quoi...

 

Chez les « Ça dépend », c'est encore plus confus. Sans le vieux pour boussole, le FN est un bateau ivre tout aussi capable d'achever sa migration vers l'extrême-gauche (avec son tropisme ouvriériste anti-libéral et pro-Russe), d'aller rejoindre poujadisme et doriotisme dans les poubelles de l'histoire, que de remettre le cap à tribord toute -- en harmonie avec les partis frères qui fleurissent un peu partout sur le continent.

 

On ne sait pas. Personne ne sait. Mais dans le doute, on peut aussi choisir de s'en foutre royalement.

 

Billard hellène multibandes

 

Le Grec Tsipras est un sacré farceur. Il négocie un truc pendant des mois avec l'Europe tout entière, obtient un accord à l'arraché et, bing, il organise un référendum-surprise en conseillant aux électeurs de voter contre. Dans l'épisode suivant, il décide d'ignorer qu'ils ont suivi son avis en votant Non, accepte les conditions des affreux fournisseurs de milliards, puis finit par laisser tout le monde sur le cul, d'Athènes à Bruxelles, en annonçant sa démission et la programmation de nouvelles élections législatives...

 

Les diplômés en syrizologie, qui est une science proche de la frontnationalogie, d'ailleurs souvent étudiée dans le même cursus, en sont tout retournés. Soit Tsipras cherche à faire valider ses choix par l'électorat et prend courageusement le risque d'être fichu à la porte à la Chirac, soit il tente machiavéliquement de rejoindre son vieux copain Varoufakis dans l'opposition pour mieux dénoncer son propre compromis européen...

 

Après tout, il avait déjà chargé son ancien ministre des Finances de préparer, en grand secret, un plan alternatif aux accords qu'il était lui-même en train négocier à Bruxelles en juillet dernier. Bah, quoi qu'il arrive, jouons-là à la Belmondo dans Itinéraire d'un enfant gâté : n'ayons jamais l'air étonné.

 

Complotistes à grande vitesse

 

On n'a pas trop envie d'ironiser sur la nature du débat qui agite les réseaux sociaux depuis l'affaire du Thalys, même si c'est un peu le job du chroniqueur sarcastique dominical de s'y coller, mais il y a tout de même deux-trois angles d'attaque. Quelques heures à peine après la tragédie potentielle, les amateurs de complot sont déjà à l’œuvre, le fait que des militaires américains aient, au péril de leur vie, évité un massacre dans un train français étant manifestement suspect.

 

D'autant plus que le terroriste était déjà fiché, et donc très probablement manipulé par les services secrets. Et  que l'affaire tombe à point nommé pour camoufler médiatiquement la hausse du prix des fournitures scolaires en cette période de rentrée...

 

Rien de nouveau sous le soleil, bien sûr, de la part de ceux qui nous expliquaient déjà, preuves à l'appui, qu'aucun homme n'a jamais posé le pied sur la lune, que les tours du World Trade Center ont été dynamitées par leur assureur et que les Illuminatis sont derrière la chute des cours du porc, mais on est reste tout de même fasciné par la constance obsessionnelle des pourvoyeurs de ces théories. Fasciné mais écoeuré.

 

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