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Comment la baisse du prix du pétrole va redistribuer les cartes de la croissance mondiale en 2015

Le principal événement survenu depuis l’automne est le recul de plus de 35% du cours du baril de pétrole en dollars. Ce recul est propice à une accélération de la croissance dans les économies importatrices nettes de produits pétroliers au premier rang desquelles figurent celles de l’OCDE. La trajectoire du renforcement progressif de la croissance dans ces dernières en même temps que fléchirait la croissance des économies émergentes est confortée.

Denis Ferrand

Denis Ferrand

Denis Ferrand est Docteur en économie de l’Université Pierre Mendès-France de Grenoble, Directeur Général de Coe-Rexecode depuis décembre 2008. Il est l'auteur de perspectives économiques mondiales 2014-2015 de Coe-Rexecode. Il est également directeur de la Conjoncture et des Perspectives.

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Un nouveau découplage est à l’œuvre depuis le printemps 2014 entre, d’une part, les Etats-Unis dont la croissance accélère et, d’autre part, la zone euro, voire le Japon qui sont aux portes de la récession et de la déflation. Il pourrait se prolonger en 2015.

Le consommateur américain au rendez-vous de la désinflation

La raison première incombe à la plus forte sensibilité relative de l’économie américaine aux évolutions du cours du baril : la consommation de pétrole représentait l’équivalent de 4,3 % du PIB outre Atlantique en 2013, cette proportion était inférieure à 3 % en zone euro. Elle était de 3,8 % au Japon. L’effet de restitution de pouvoir d’achat occasionné par la baisse des prix des produits énergétiques sera ainsi, toutes choses égales par ailleurs, plus élevé aux Etats-Unis qu’en Europe. C’est d’autant plus vrai que la dépréciation de l’euro et du yen contre le dollar a atténué l’impact de la baisse du prix du pétrole pour l’Europe et le Japon.

L’impact de cette restitution sur l’évolution de la consommation est déjà perceptible aux Etats-Unis avec l’accélération des ventes au détail. Toutefois, la baisse du prix du pétrole vient fragiliser la rentabilité des investissements qui avaient été réalisés outre-Atlantique dans le domaine de l’énergie. Après avoir déjà reculé depuis début 2014, ce type de dépenses pourrait voir sa chute amorcée en 2014 s’accélérer privant l’investissement productif américain d’un important élément de soutien.

Un contre-choc pétrolier émoussé

Pour positive qu’elle apparaisse pour la croissance des économies les plus développées, la baisse du cours du baril n’exercera probablement pas d’impact aussi marqué que lors des précédents contre-chocs pétroliers. Au-delà de l’ampleur et de la durée de la baisse du prix du pétrole (dont nous retenons qu’un point bas serait touché début 2015), la raison principale tient au niveau initial des taux d’intérêt partout proches de zéro. La décrue d’inflation, voire l’inflation négative qui s’observera dans certains pays en 2015 ne sera donc pas propice à une baisse des taux nominaux contrairement à ce qui s’était produit lors des contre-chocs précédents. 

D’une manière générale, l’orientation des politiques monétaires est désormais à front renversés entre les Etats-Unis, voire le Royaume-Uni d’une part, la zone euro et le Japon voire la Chine, d’autre part. Le dégonflement de la taille du bilan de la FED est amorcé et l’accélération des créations nettes d’emplois dans le secteur marchand créent les conditions d’une première hausse des taux directeurs que interviendrait au second semestre 2015. A l’inverse, la BCE est engagée dans des velléités de gonflement de la taille de son bilan (via les opérations de refinancement de très long terme ciblées en fonction des crédits alloués à l’économie) et de réduction du risque porté par le secteur bancaire (via notamment les achats d’ABS). Ces outils sont jusqu’à présent loin d’avoir atteint leurs objectifs.

Le canal du crédit manque toujours en Europe

Le canal de transmission de la politique monétaire européenne vers l’activité réelle n’est toujours pas rétabli. Les flux de crédit au secteur privé résident ne parviennent pas à décoller, signe d’une langueur persistante de l’investissement. La dérive de ce dernier est redevenue nulle sur un an. C’est bien le grippage du moteur de l’investissement qui bride la croissance européenne, moteur que la baisse ininterrompue des taux d’intérêt ne parvient pas à faire redémarrer. En ayant franchi à la baisse le seuil de 1 %, les taux allemands comme français sur obligations d’Etat confinent désormais bien plus au standard japonais qu’ils ne s’inscrivent dans le régime américain. Cette  situation se prolongera en 2015 bien que les risques latents de déstabilisation de la zone euro demeurent.

Des mouvements de change de grande ampleur en Asie

La difficulté à faire repartir durablement l’économie a justifié l’amplification du recours à l’arme monétaire au Japon. En conséquence, le yen s’est à nouveau vivement déprécié occasionnant un bouleversement de grande ampleur de la grille de changes en Asie. En l’espace de deux ans, le yuan chinois s’est ainsi apprécié de 54 % contre le yen. La dépréciation du yen vient fragiliser la position compétitive de plusieurs économies de la région insérées dans les processus de production de firmes japonaises.

L’appréciation du yuan s’est ainsi probablement opérée à un rythme plus rapide que souhaité par les autorités chinoises. Elle accentue le risque d’un ralentissement de la croissance plus vif qu’anticipé. Toutefois, outre que la Chine apparaît comme un des gagnants à la redistribution du pouvoir d’achat associé à la baisse du cours du baril de pétrole, elle dispose encore de marges de manœuvre budgétaire et monétaire qu’elle ne se prive pas d’user. C’est la poursuite d’un ralentissement graduel de l’économie chinoise que nous privilégions avec un fléchissement confirmé de l’investissement  qui amènerait la croissance au voisinage de la marque de 7 % en 2015.

Situation pré-récessive en Russie

Russie, Venezuela, Iran, Nigéria sont parmi les principaux perdants au transfert mondial de ressources associé aux mouvements du prix du baril. C’est d’autant plus vrai que ce choc se greffe sur des circonstances géopolitiques lourdes. Ce sont autant de pays pour lesquels un fléchissement marqué de la croissance est désormais probable sinon une franche récession, à tout le moins en 2015. C’est notamment le cas de la Russie confrontée au triple choc de la baisse du prix du pétrole, de la dépréciation massive du rouble et d’un surcroît d’inflation associé à l’exercice des sanctions internationales, triple choc que la Banque de Russie ne parvient pas à endiguer en dépit de relèvements successifs des taux directeurs et de défense de la parité de la devise.

Ces mouvements de grande ampleur dessinent au total une carte de la croissance mondiale fortement contrastée. Celle-ci serait au total identique en 2015 et 2014 (+3,1 % les deux années pour le PIB mondial). Elle recouvrirait toutefois des situations très disparates entre une Amérique latine (et en particulier le Brésil) en panne de croissance, des Etats-Unis dont la croissance atteindrait un pic en 2015, un continent asiatique en panne d’accélération et une zone euro dont l’activité serait soutenue en premier lieu par les circonstances extérieures. Cette redistribution de la croissance mondiale un peu plus en faveur des économies de l’OCDE en 2015 n’empêchera toutefois pas ces dernières de voir leur poids économique devenir inférieur à celui des économies que nous rangeons sous le vocable d’émergentes l’an prochain (après que la Chine ait dépassé les Etats-Unis en 2014), signe du basculement majeur qui s’est opéré sur une très brève échelle de temps. 

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