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"Comme la remontée des taux par la Federal reserve américaine est inévitable, de nombreux acteurs de l’économie vont donc entrer dans une période difficile."

Revue d'analyse financière

Ces indicateurs avancés qui montrent que l’économie mondiale va entrer en récession

Dans l'œil des marchés : Jean-Jacques Netter, vice-président de l'Institut des Libertés, dresse, chaque mardi, un panorama de ce qu'écrivent les analystes financiers et politiques les plus en vue du marché.

Jean-Jacques Netter

Jean-Jacques Netter

Jean Jacques Netter est vice-président de l’Institut des Libertés, un think tank fondé avec Charles Gave en janvier 2012.

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La perte de confiance dans Volkswagen va bien au-delà d’une amende record. Cette affaire de falsification de tests de pollution va obliger les constructeurs automobiles à dévoiler leurs petits secrets, comme les banques ont dû le faire après "l’affaire des subprimes" aux Etats-Unis. Quelle que soit l’issue, la justice américaine aura la main particulièrement lourde, comme elle sait si bien le faire à l’encontre des sociétés européennes.

Les marchés se sont nourris de mauvaises nouvelles économiques depuis 2008, car plus elles l’étaient, plus les banques centrales injectaient des liquidités dans leurs économies. La politique de taux d’intérêts ramenés pratiquement à zéro a eu pour effet très clair de "rendre les riches plus riches", mais pas du tout de produire une relance vertueuse à partir d’investissements. De nombreuses sociétés ont préféré, avec leurs marges bénéficiaires qui s’amélioraient, racheter à la place leurs propres actions sur le marché.

Cette politique baptisée "Zero Interest Policy" a également incité de nombreux pays développés à continuer de s’endetter plutôt que de procéder à des réformes structurelles absolument indispensables. La France est probablement le premier pays à avoir poussé le système à la limite, puisque son endettement atteindra bientôt 100% de son PIB, avec un déficit de la balance des paiements courants de 0,7% du PIB et un déficit du commerce extérieur de 4,1% du PIB. On estime généralement que quand le total des deux déficits d’un pays dépasse 5, on entre dans une zone de danger et que quand on atteint 10, on est tout proche de la faillite, ce qui est maintenant le cas du Brésil.

Comme la remontée des taux par la Federal reserve américaine est inévitable, de nombreux acteurs de l’économie vont donc entrer dans une période difficile. D’ailleurs, les indicateurs avancés de Gavekal, développés par Charles Gave, montrent bien que les chances de récession mondiale sont maintenant particulièrement importantes.

En France, la fiscalité excessive est devenue l’ennemie de la croissance

Le chômage atteint un nouveau record. C’est encore une douche froide pour le président de la République, car le nombre de demandeurs d’emplois s’est accru de 20 000 en août et l’ancienneté moyenne au chômage ne cesse de monter (562 jours en août). Le gouvernement socialiste a l’air de n’avoir pour vocation que d’être le porte-parole de syndicats qui ne représentent pas du tout les salariés de l’économie marchande. On ne peut que se féliciter que Pôle emploi commence enfin à réaliser des contrôles sur la perception d’allocation chômage. En France, elle est élevée et non dégressive dans le temps ce qui constitue un manque d’incitation à retravailler. La durée d’indemnisation et le taux de remplacement par rapport au dernier salaire sont trop importants. Enfin dans les faits, il y a une non obligation d’accepter les offres d’emploi proposées. Dans les pays du Nord, les contraintes à accepter un emploi sont beaucoup plus fortes et les sanctions en cas de refus plus radicales et systématiques.

Les entrepreneurs ne se sentent pas heureux en France

La contribution sur les hauts revenus, baptisée souvent "surtaxe Sarkozy" (3% au dessus de 250 000€) continue de baisser. Ce n’est pas une surprise, car le système est tellement confiscatoire que ceux qui pourraient réaliser des plus values évitent souvent de le faire. Le résultat est que de plus en plus de riches et moins riches quittent désormais la France.

Taxe foncière : Manuel Valls tente de calmer la polémique car l’explosion des taxes foncières embarrasse le gouvernement. On arrive à un système où en dix ans, dans certains secteurs, les propriétaires paieront en impôt l’équivalent de la valeur du terrain !

Une grande différence de traitement entre François Pérol et Pierre Richard ?

François Pérol a été heureusement relaxé. L’ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy à l’Elysée était jugé en correctionnelle pour prise illégale d’intérêts, alors qu’il avait tout simplement redressé le groupe BPCE (Natixis + Caisse d’Epargne) qui était dans une situation extrêmement difficile au moment de son arrivée.

Personne ne se pose en revanche la moindre question sur Pierre Richard, ancien patron de Dexia, qui perçoit sans aucun problème sa retraite chapeau, alors que l’Etat est obligé de voler au secours des collectivités locales. Dans le cadre d’un engagement de la France et de la Belgique de garantir 85Md€ d’engagements de crédit de Dexia, un fonds de soutien doté de 3Md€ a du être mis en place pour les emprunts contractés en Franc Suisse par les collectivités locales et les hôpitaux par l’intermédiaire de Dexia, devenue SFIL après sa faillite. Ce sont des sommes qui nécessiteraient bien que l’on recherche les responsables d’un tel fiasco tant au niveau de Dexia qu’au niveau des collectivités locales et des hôpitaux.

Rappelons la carrière intéressante de Pierre Richard, un ancien giscardien. Il est recruté à la Caisse des dépôts où il devient directeur du Crédit local de France (CLF) qui devient le premier banquier des collectivités locales. En 1991, Pierre Richard arrive à convaincre Pierre Bérégovoy d’introduire en bourse l’établissement qui a quatre ans d’existence. Avec Edouard Balladur et la deuxième cohabitation la privatisation totale du CLF est décidée. Pierre Richard vend ensuite à Dominique Strauss-Kahn, ministre des Finances, l’idée de fusionner le CLF avec les établissements belges spécialisés dans le financement des collectivités locales. Ainsi nait la banque franco belge Dexia. Les acquisitions se multiplient aux Etats-Unis, en Turquie, en Espagne, au Portugal, aux Pays bas… Bilan après deux ans d’exercice : 2,7Md€ de pertes. A l’époque en 1994, l’Assemblée nationale avait créé une commission d’enquête présidée par Philippe Séguin. Elle avait produit un rapport de 965 pages. On a beaucoup de mal à comprendre pourquoi on ne procède pas de la même façon avec Dexia, car le désastre de Dexia devrait coûter sept fois plus que la faillite du Crédit Lyonnais.

Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, s’est félicitée de l’amélioration des comptes de la Sécurité Sociale. Elle n’a en revanche pas commenté le boulet de la dette sociale dont il restera 136Md€ à amortir fin 2016, 20 ans après la création de la CADES, la Caisse d’amortissement de la dette sociale. Elle avait été créée pour être temporaire par Alain Juppé en 1996. Financée par la Cotisation pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) elle était destinée à porter la dette sociale, composée seulement de déficit de fonctionnement. La fin de la Cades n’est même plus programmée.

Le CICE, Crédit d’impôt compétitivité emploi, va coûter 25,4Md€ pour la période 2013-2014.Paradoxalement, ce sont les entreprises exportatrices à forte valeur ajoutée qui bénéficient le moins du dispositif, car c’est l’emploi non qualifié qui est privilégié au détriment de l’emploi qualifié. Pourtant, le CICE entendait renforcer la position concurrentielle des entreprises en améliorant leurs marges laminées par les prélèvements fiscaux. Il est dommage que le gouvernement n’ait pas retenu la solution d’un allègement de charges à l’application immédiate et pérenne.

Les fonds matières premières sont sous pression

Le ralentissement de la croissance en Chine, premier pays importateur de matières premières, se fait sentir sur les fonds matières premières. Ils ont baissé de 20 à 30% depuis le début de l’année. Une des plus mauvaises performances a été enregistrée par BlackRock World Mining (-53,6% par rapport au plus haut de 2014). Les dix plus gros fonds de cette catégorie ont enregistré pour 5,6Md$ de retrait depuis janvier 2013. Tous les groupes miniers sont en train de réduire leurs coûts et surtout leurs investissements.

Il n’y a que les investisseurs qui sont capables d’acheter totalement à contre-cycle qui s’intéressent faiblement à cette classe d’actif en ce moment.

La biotechnologie n’est plus à la mode

Le secteur de la biotechnologie devient vulnérable après six années de hausse. L’indice Nasdaq Biotech qui se traite encore à 41 x les bénéfices estimés pour les douze prochains mois, est en baisse de près de 15% depuis son plus haut du mois de juillet, ce qui représente une perte de capitalisation d’environ 150Md$ sur une valeur de 1000Md$ du secteur. Il faut reconnaître que cet indice avait progressé de 148% en trois ans. Le nombre de rachats de sociétés de biotechnologie par les grandes sociétés pharmaceutiques avait atteint des records. Le mouvement de correction n’est probablement pas fini, mais il faut continuer à regarder ce secteur de près, car il offre des perspectives qui tiennent de temps en temps du rêve. Cela a toujours fait partie de la bourse, il faut un peu de rêve pour attirer des capitaux, mais il a toujours été très difficile de mettre un P/E (rapport cours /bénéfice) sur du rêve.

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