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Egypte Al-Sissi Frères musulmans
©AMIR MAKAR / AFP

Géopolitico-Scanner

Campagne contre l'Egypte au nom des droits de l’homme, et au profit des Frères musulmans : une lecture de l’autre rive

Abdelrahim Ali, écrivain islamologue et patron de presse égyptien, par ailleurs député et président du Centre d'Etudes sur le Moyen Orient (CEMO), spécialiste des Frères musulmans, répond aux détracteurs de l'Egypte qui, sous couvert de la défense (légitime) des "prisonniers politiques" et de la lutte en faveur des droits de l'Homme, relaient la propagande subversive des Frères musulmans contre le pays arabe le plus engagé contre l'islamisme politique et le terrorisme.

Abdelrahim Ali

Abdelrahim Ali

Abdelrahim Ali est écrivain, député et patron de presse égyptien.

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La défense des droits de l’homme est une valeur fondatrice de l'Occident post-totalitaire et l'un des fondements philosophiques des Lumières et de la Révolution française, par sa fameuse Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen de 1789. Toutefois, cette noble expression a trop souvent tendance à être galvaudée, voire subvertie par des mouvances et acteurs dont l'agenda réel n'a rien à voir avec les valeurs des droits de l'homme mais qui poursuivent sous ce prétexte des buts politiques subversifs. Le meilleur exemple de cette déplorable instrumentalisation est offert, en France et ailleurs en Occident, par tant d'organisations d'extrême-gauche anti-occidentales dites "islamo-gauchistes" qui stigmatisent en permanence les régimes arabes, comme l'Egypte, qui sont pourtant en première ligne contre l'organisation fanatique des Frères musulmans, matrice du terrorisme islamiste, qui a mis à feu et à sang plusieurs pays depuis le "printemps arabe" et les révolutions qui ont suivi. Rappelons en effet que l'expression droits de l'homme est systématiquement utilisée par les Frères musulmans, qui, à partir de l'Europe, du Qatar, des milieux démocrates états-uniens et de la Turquie d'Erdogan, mènent une intense campagne de diabolisation de l’Etat égyptien dans le but de soulever l’opinion publique internationale et les pays occidentaux contre l’Egypte. 
 
Savoir raison garder 
 
En tant qu'Egyptien, islamologue francophile attaché à une défense de la laïcité et en tant que spécialiste des Frères musulmans et du jihadisme, je ne peux que déplorer le fait que la campagne de dénonciation des soi-disantes violations des droits humains en Egypte ne profite qu'aux fanatiques fréristes et leurs légions terroristes. Ceux qui lancent ces campagnes contre Le Caire contribuent volontairement ou involontairement - car les "idiots-utiles" et les naïfs sont légion - à freiner les efforts de l’Egypte sur la voie du développement. Leur action, lorsqu'elle est sans nuances et orientée idéologiquement, revient en fait souvent à occulter l’importance du rôle stratégique de mon pays dans la restauration de la sécurité et de la stabilité dans le monde arabe et même à l’échelle mondiale face à une menace globale. Hélas, nombre d'organisations de défense des droits de l'homme puisent leurs informations concernant l'Egypte auprès des cadres mêmes du groupe des Frères musulmans en fuite à l’étranger et qui sont pourtant tout sauf des sources fiables et dignes puisqu'ils ont eux-mêmes été condamnés à des peines lourde pour leur participation à des campagnes terroristes perpétrées en Egypte depuis 2013. C'est ainsi que depuis Londres, devenue une zone refuge des Frères musulmans depuis longtemps, leur guide suprême, Ibrahim Mounir, mène le combat international contre l'Egypte et son président en faisant passer les militants des Ikhwan et les nombreux jihadistes arrêtés par la police égyptienne pour des "prisonniers politiques". Hélas, cette immense désinformation est souvent reprise par la presse occidentale et surtout anglo-saxonne. Depuis les capitales occidentales, et pas seulement Londres, mais aussi Bruxelles, Berlin, Stochkolm, l'organisation a alimente en fausses informations nombre de militants des droits de l'homme et d'activistes "islamo-gauchistes" qui relaient ainsi dans les médias et jusqu'au Parlement européen ou au Congrès américain, les thèses de la Confrérie terroriste. Je reviendrai en détails plus bas sur les preuves que cette Confrérie présentée comme "conservatrice" dans des pays occidentaux est en fait la mère du terrorisme jihadiste. Je rappelle que ces vagues d'attentats terroristes récurrentes qui ont fait des centaines de morts en France et en Europe et des milliers de morts en Egypte ont ensanglé non seulement le Sinaï mais nos grandes villes, tués tant de victimes innocentes dans des rues, les magasins, les mosquées, des églises et des édifices des forces de l'Ordre du pays. Pendant que des pseudo défenseurs des droits humains stigmatisaient l'Egypte et son président Al-Sissi qui a mis fin au joug des Frères musulmans en 2013, aucun endroit en Egypte n’échappait durant les sept dernières années à plus de mille attaques terroristes ayant provoqué la mort d'au moins quatre mille personnes dans les rangs de l’armée, de la police et parmi les civils. 

L'Egypte revient de loin: aidons-là à combattre le fascisme islamiste plutôt que de la freiner dans sa lutte d'avant garde 

L’Egypte revient de loin, et on l'oublie trop souvent; elle a connu deux révolutions : la première a vu l’organisation des Frères musulmans prendre en otage le pays en juin 2012. La seconde a vu l’arrivée au pouvoir du président Abdel Fattah al-Sissi en juin 2013, après que plus de 30 millions d'Egyptiens horrifiés par la politique chaotique et liberticide des Frères aient manifesté dans les rues pour que l'armée destitue l'ex-président frériste Mohamed Morsi et son parti islamiste, le PJL, qui voulaient créer un Etat frère musulman fanatique. Lorsque le président Abdelfattah al-Sissi a été plébiscité par une majorité populaire, la demande du peuple était que le nouveau chef d'Etat redresse l’économie égyptienne au bord de l’effondrement et sauve littéralement une société plongée dans un état chaotique.. Le jihadisme sanguinaire appuyé par les Frères musulmans frappait les administrations, les lieux de culte chrétiens, grande la cathédrale copte du Caire, les mosquées modérées non soumises aux Frères et elle a fait des centaines de martyrs, musulmans et chrétiens. Le terrorisme envahissait la capitale, les villes et les villages, et il dissuadait les investisseurs étrangers et les touristes: il fallait un homme fort et des mesures exceptionnelles pour rétablir la confiance, l'ordre, la sécurité et la stabilité, afin de reconstruire totalement le pays et le sortir le pays du marasme économique et financier. Le Parlement élu en octobre 2015 a adopté à cet effet des lois d’exception, parfois dérogatoires à certains droits politiques comme la liberté d’expression et de manifestation ainsi que le droit d’assignation des services de l’Etat devant les tribunaux. Mais dans des circonstances de guerre civile larvée et d'extrême urgence, mêmes les plus anciennes et irréprochables des démocraties occidentales ont prévu dans leurs constitutions et lois des phases d'état d'urgence, de répressions et de restriction des libertés lorsqu'il faut combattre un ennemi omniprésent, l'éradiquer de la société et punir ses partisans et complices. 

Que cherchent les détracteur du pouvoir égyptien? le chaos? 

Par ailleurs, on peut demander aux députés européens verts, de gauche et autres qui ont voté en novembre dernier une résolution contre l'Egypte et le président Al-Sissi ce qu'ils feraient si l’Egypte s’effondrait et devenait - comme la Libye - un "trou noir stratégique" abandonné aux jihadistes, aux mafias et aux trafiquants de migrants sur fond d'exil massif des millions d'âmes terrorisées et appauvries ?... Que resterait-il des droits de l’homme et du citoyen si le pays faisait totalement faillite et devenait, comme les pays du Sahel après la chute de Kadhafi, le centre du terrorisme africain et arabe? Et qu’adviendrait-il de la paix mondiale si on laissait le terrorisme déstabiliser la région, à travers celle du plus peuplé et plus grand des Etats arabes? Enfin, qu’arriverait-il à l’Europe si le prétendant au Califat, Recep Taiyyp Erdogan, parrain des Frères musulmans et des terroristes de Daech, étendait son influence et ses bases dans toute la Libye puis trouvait son voisin égyptien dans un état de faiblesse générale, donc plus capable de lui tenir tête alors que Le Caire protège pour le moment ses voisins du sud de l'Europe et arabes contre l'impérialisme turco-ottoman frériste? 

Les Frères, organisation et idéologie mères du terrorisme islamiste 

Une autre question doit être posée aux "progressistes" et militants des droits de l'homme occidentaux qui défendent les militants et cadres des Frères musulmans arrêtés en masse en Egypte depuis 2013 et les présentent comme des "prisonniers politiques démocrates" (sous prétexte que les Frères ont gagné en 2012 une élection): savez-vous que le Hamas, l'un des plus anciens groupes terroristes qui sévit depuis Gaza et a lancé la "mode" des attentats suicides barbares (en lien avec l'Iran et le Qatar qui le financent), est une section officielle des Frères musulmans en Palestine? Que le créateur d'Al-Qaida et formateur de Oussama Ben Laden, Abdullah Azzam, était un cadre officiel des Frères musulmans? Que Saiyd Qutb, le plus grand penseur des Frères musulmans avec Hassan al Banna, est le père du jihadisme et la référence première des idéologues d'Al-Qaîda, de Daech et même de l'ayatollah Khomeiny? Que l'une des plus hautes figures mondiales des Frères musulmans, Youssef al-Qardaoui, cofondateur de la plupart des associations des Frères musulmans officiels en Europe, référence suprême de l'ex-UOIF membre du CFCM français, est l'auteur de centaines de fatwas invitant à lancer des attaques-suicides contre les Américains, les juifs, les dirigeants arabes nationalistes et laïques, les blasphémateurs, les apostats, et qu'il ordonne aux musulmans d'Europe de ne pas s'intégrer, les autorise à battre leurs femmes et appelle à conquérir l'Europe et envahir Rome, comme l'Etat islamique et Daech? Ceux qui ne croient pas que cela soit possible peuvent consulter les fatwas de Qardaoui aisément et même acheter ses ouvrages en vente libre comme Le Licite et l'Illicite qui incite à tuer les blasphémateurs et apostats... Les organisations de défense des droits de l'homme dites "antifascistes" qui défendent les Frères musulmans sous prétexte que certains de leurs cadres ont tactiquement préféré l'action politique "démocratique" au lieu du jihadisme, ignorent-elles réellement tout cela? Peuvent-ils ignorer également, eux qui luttent contre l'extrême-droite, que les Frères musulmans ont été des admirateurs d'Hitler, que Qardaoui a vanté l'holocauste ouvertement, appelé à tuer les Juifs, et que l'ami et collaborateur de Hassan al Banna, le Grand Mufti de Jérusalem Al-Husseini, fut officiellement un collaborateur de l'Allemagne nazie, un théoricien de la Solution finale et qu'il fut accueilli en héros au Caire par les Frères musulmans en 1945 lorsqu'il s'échappa de sa prison française après avoir été condamné pour crimes contre l'Humanité au Tribunal anti-nazi de Nuremberg? Le dossier des "frères est "lourd", mais les anti-fascistes européens et occidentaux semblent curieusement pardonner aux fascistes islamistes ce qu'ils reprochent aux dirigeants patriotes ou nationalistes occidentaux comme Donald Trump. Deux poids deux mesures regrettables. 

Nous devons faire face à des défis multiples 

A ceux qui, lors d'appels et de résolutions de députés européens ou américains contre l'Egypte (novembre et décembre 2020), ont réclamé (en vain) un embargo sur les ventes d'armes vers l'Egypte, il convient de rappeler, que, outre la lutte contre le terrorisme et le renforcement de la police nationale égyptienne vitale pour sécuriser le pays, l’Egypte doit développer les capacités de son armée afin d'affronter les interventions turques de plus en plus menaçantes dans la région, pas seulement pour l'Egypte, mais pour l'UE elle-même, car deux de ces membres, la Grèce et Chypre, sont également visées par les agressions militaires turques en Méditerranée orientale. C'est dans ce contexte global que l'Egypte a renforcé son partenariat stratégique avec la France et ses deux pays ainsi qu'avec un autre allié stratégique de la France, les Emirats arabes unis, qui abritent une base militaire française. Et c'est dans ce même contexte stratégique que le Parlement élu égyptien a voté un grand projet de reconstruction et de développement durable du pays. Nous répondons à ceux qui accusent Le Caire de ne pas se soucier des droits de l'Homme que ce plan élargit au contraire les assises du concept traditionnel des Droits de l’Homme pour y inclure les droits sociaux et économiques concrets, au moins aussi fondamentaux que les droits politiques et les références théoriques. On peut citer parmi ces grands travaux nationaux, la suppression des Bidonvilles, le droit des citoyens à des logements décents; l’élimination du fléau du virus de l’hépatite C, l’amélioration des services de santé, la modernisation de l’enseignement, essentielle pour lutter contre le fanatisme, l’octroi aux femmes et aux chrétiens coptes du droit élémentaire à une représentation politique adéquate - grâce à des procédures de discrimination positive lors d'échéances électorales, etc. Sans oublier les projets d’électrification géants réalisés et vitaux pour le développement, lui-même crucial pour lutter contre le terreau social de l'extrémisme. Grâce à ces mesures, les femmes ont pour la première fois dans l’histoire de l’Egypte obtenu 25% de sièges au parlement. Quant aux Coptes, ils ont obtenu 31 sièges, soit six fois plus que dans les précédents parlements. 
 
Nous aurions apprécié que les défenseurs des droits de l'homme qui se soucient des "répressions" en Egypte et défendent les Frères musulmans/jihadistes arrêtés depuis 2013 mentionnent ces acquis et progrès inédits réalisés par le président Abdelfattah al-Sissi. Hélas, on constate que nombre de ces associations, d'ailleurs souvent financées de manière suspecte, tentent au contraire depuis des années, sous prétexte de dispositions internationales relatives aux droits de l’homme, de réaliser d’autres objectifs, notamment au profit des Frères musulmans. Le véritable but de nombre de ces associations qui s'arrogent le droit de juger et de pratiquer l'ingérence contribuent ainsi à saboter la légitimité des réformes économiques et sociales en cours, surtout lorsqu'elles participent aux campagnes d'appels à la grève et de boycott lancées contre l'Egypte et qui sont criminelles déjà exsangue souvent en manque de denrées de première nécessité. Je rappelle que cette stratégie des Frères musulmans visant à lancer ces campagnes de grèves et de boycott s'est observé également dans d'autres Etats arabes qui combattent le jihadisme et les Frères musulmans, mais aussi contre la France et ses entreprises dans plusieurs pays du Maghreb, en Turquie, au Pakistan et au Qatar. La stratégie de déstabilisation est globale. 

Ne pas se laisser impressionner et poursuivre la stratégie de redressement 

Malgré ces pressions internes et externes alimentées par la subversion des Frères musulmans et ses relais médiatiques, associatifs et politiques dans le monde et en Occident, l’Etat égyptien a fait face au triple fléau du terrorisme, de la désinformation et des condamnations tous azimuts. Mais il est tout de même parvenu à retrouver son statut et son rôle dans le monde arabe et au niveau international. Certains de la justesse de cette action globale en faveur de la stabilisation et du développement de l'Egypte, nous ne pouvons que nous féliciter du fait que nombre de députés européens n'ont pas voulu s'associer aux condamnations injustes et manipulées par les Frères. Lors du dernier voyage du président Al-Sissi à Paris, la question des droits de l'homme a d'ailleurs été abordé de façon raisonnable et respectueuse Par Emmanuel Macron, sans ingérence. Le président français ne s'est pas laissé impressionner par les appels au dénigrement venus de la Turquie et des Frères musulmans et de leurs complices ou idiots utiles activistes gauchistes-tiersmondistes européens. M. Macron, fort conscient de la menace du "séparatisme islamiste" que la loi sur les principes républicains actuellement en lecture au Sénat propose de combattre, a préféré rappeler l'amitié séculaire et les points de convergences fondamentaux qui unissent nos deux grands pays, ainsi que la préoccupation commune face aux défis et menaces évoqués. Nous mettons d'ailleurs les détracteurs du régime égyptien qui ont essayé sans succès de casser cette amitié au défi de produire un seul document concernant des cas d’arrestation abusifs ou de non-respect des lois en vigueur. Un seul cas d'opposant arrêté, accusé ou condamné sans présentation au juge d’instruction, conformément à la législation adoptée par le Parlement. 
 
Nous posons enfin cette questions aux accusateurs de l'Egypte et aux partisans de l'ingérence au nom des droits de l'homme : veulent-ils que – pour leur être agréables - nous sacrifions notre cohésion sociale et nationale et notre souveraineté sur l’autel de leurs opinions orientées et au profit du chaos dans le pays? Nous leur répondons que l'Egypte est un pays souverain, qu'il mène parfois seul la lutte contre le terrorisme islamiste, qu'il ne cessera pas de le faire jusqu'à ce qu'il parvienne à la victoire totale, et que seul le peuple égyptien est habilité à juger ses dirigeants.
 
Par Abdelrahim Ali Politologue égyptien 
 

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