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Témoignage

Saint-Etienne-du-Rouvray : les religieuses racontent l'horreur de l'intérieur

Sœurs Huguette, Hélène et Danielle témoignent, dans La Vie, du cauchemar qu'elles ont traversé.

Le témoignage est précieux. Il raconte le courage des trois religieuses et du couple de paroissiens, face au meurtre du père Jacques Hamel. Mais aussi l'incompréhension face à des jeunes hommes qui oscillent entre violence et douceur, obnubilés par la théologie. Les trois sœurs se sont confiés à la Vie, lorsque ce matin un jeune homme entre dans l'église…

"Avec son polo bleu ciel, je l’ai pris pour un étudiant. Il voulait savoir quand l’église était ouverte. Je lui ai dit de repasser dans dix minutes, après la messe" raconte sœur Huguette. Il revient donc, mais cette fois avec un autre homme totalement habillé de noir. "Ils avaient le style des terroristes qu’on voit à la télé. L’un portait un calot noir sur la tête et la barbe bien fournie. J’ai tout de suite compris", explique de son côté sœur Hélène. "Ils étaient très énervés", poursuit sœur Huguette. "Ils ont proféré une sorte de slogan en arabe puis nous ont reproché en français le fait que 'nous les chrétiens nous ne soutenions pas les arabes.'"

Soudainement, ils mettent le prêtre à genoux. "Jacques leur a crié : 'Arrêtez qu’est ce que vous faites ?' C’est là que l’un d’entre eux a porté le premier coup sur sa gorge. Je suis alors partie" affirme sœur Danielle. Elle parvient à s'enfuir et arrête une voiture. Le conducteur appelle immédiatement la police. Dans l'église, Jacques Hamel est de nouveau poignardé au cou. Il meurt. Puis c'est un des paroissiens qui est pris pour cible. Auparavant, les terroristes lui avaient confié une caméra pour qu'il filme la scène de meurtre.

"Le meneur" prévient désormais qu'elles seront leurs otages. "Ils nous tenaient chacune par l’épaule. L’un avait un pistolet. J’ai assez vite pensé qu’il était factice. Cela nous a été confirmé après. Celui qui me tenait avait aussi du sang sur les mains et un couteau qu’il aiguisait de temps en temps contre je ne sais quoi" raconte sœur Hélène.

Soudainement, l'énervement des deux hommes laisse place au calme. "J’ai eu le droit à un sourire du second. Pas un sourire de triomphe mais un sourire doux, celui de quelqu’un d’heureux" précise sœur Huguette. "Je lui ai aussi demandé ma canne. Il me l’a donnée" affirme Hélène.

Les minutes qui suivent vont s'avérer longues et surréalistes. Un des terroristes demande à Hélène si elle connait le Coran. "Oui, je le respecte comme je respecte la Bible, j’ai déjà lu plusieurs sourates. Et ce qui m’a frappé en particulier, ce sont les passages sur la paix" répond-elle. "La paix, c’est ça qu’on veut" lâche le tueur. "Quand vous passerez à la télévision, vous direz à vos gouvernants que tant qu’il y aura des bombes sur la Syrie, nous continuerons les attentats. Et il y en aura tous les jours. Quand vous arrêterez, nous arrêterons."

Le terroriste : "As-tu peur de mourir ?"

Sœur Hélène : "Non"

Le terroriste : "Pourquoi"

Sœur Hélène : "Je crois en Dieu et je sais que je serai heureuse"

Avec Huguette, la discussion s'articule sur la théologie et le rôle de Jésus. "Jésus ne peut pas être homme et Dieu. C’est vous qui avez tort" clame l'autre terroriste. "Peut-être, mais tant pis" répond-elle, soulignant à La Vie qu'elle ne voulait "pas mettre de l’huile sur le feu et ne pas renier" ce qu'elle pensait. Pour les religieuses, les deux hommes semblent "attendre la police" qui finit par intervenir. Un temps, ils pensent se servir des otages comme bouclier humain. "Mais ils ne se sont pas mis totalement derrière nous. À croire qu’ils allaient au devant de la mort." La police entre et tire. Les terroristes sont morts.

Comme le rapporte La Vie, ces courageuses femmes n'ont pas l'once d'une haine. "C’est nous, mais c’est aussi tous les autres qui ont été visés. On ne peut pas accepter cette violence. C’est inacceptable. Ce ne sont pas de vrais musulmans" lance Danielle. "2016 est l’année de la miséricorde" conclut Huguette.

Lu sur La Vie

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