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Emmanuel Macron a créé un nouveau parti politique, "En marche !"
©Reuters / Philippe Wojazer

Le renouveau n'attend pas

Waouh… Emmanuel Macron candidat en 2017 ? (Certains de) ses proches non seulement le croient mais l'affirment

Le ministre de l'Economie s’apprêterait, selon son entourage, à quitter Bercy pour préparer sa candidature à la présidentielle. L'entourage de François Hollande a du mal à croire à une telle trahison.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

Voir la bio »Christelle Bertrand

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, François Bayrou ou encore Ségolène Royal.

Son dernier livre, Chronique d'une revanche annoncéeraconte de quelle manière Nicolas Sarkozy prépare son retour depuis 2012 (Editions Du Moment, 2014).

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J

usqu'ici François Hollande tirait les ficelles. En marionnettiste confirmé, il agitait son Macron pour contenir les plus ambitieux de ses quinquas aux dents longues qui rêvent de lui damer le pion en 2017. Avec son Macron, le président pouvait ainsi ringardiser tout le monde, plus jeune que Valls, plus sympathique que Montebourg, le Macron de François Hollande servait à tout et l'entourage présidentiel ne s'en cachait pas. Ainsi, quelques semaines après les attentats de Novembre, alors que les proches de Manuel Valls glosaient sur la soit disant faiblesse du chef de l'Etat, l'un des intimes de ce dernier confiait à un groupe de journalistes: "si Manuel Valls nous marche encore sur les pieds, on va activer la candidature Macron".

Le mot est lancé et la boite de pandore entrouverte. Plus les jours passent, plus les hollandais vantent les mérites de ce jeune ministre "beaucoup plus de gauche que ce que l'on pourrait croire" et les espoirs d'Emmanuel Macron enflent. A force de s'entendre dire qu'il est doué, moderne et si sympathique, le jeune ministre de l'Economie a commencé à croire en ses chances et à gagner en autonomie. Plus besoin de marionnettiste. Un pas, puis deux, de moins en moins titubant. De plus en plus droit dans ses richelieus et bien dans sa barbe, Macron s'est mis à marcher seul. Et Gepetto/Hollande de lancer, jeudi soir, un brin hésitant: "il dans l'équipe et sous mon autorité. C'est, entre nous, non pas simplement une question de hiérarchie, il sait ce qu'il me doit, c'est une question de loyauté personnelle et politique". Mais Emmanuel Macron est déjà loin. A Londres, en l'occurrence. Invité à une conférence de presse organisée par le Financial Times, il répond à une journaliste qui lui demande: "Est-ce que vous excluez de vous présenter en 2017. "Non"!

"Il a une vraie reconnaissance  pour la confiance que François Hollande lui a accordé. Mais la fidélité aux idées l'emportera sur la fidélité à l'homme", souffle-t-on d'un air grave, dans l'entourage proche du ministre de l'Economie. En effet, cette fois, sa décision est prise. Emmanuel Macron sera candidat à l'élection présidentielle, c'est en tous cas ce qu'affirme l'un de ses intimes. "François Hollande n'est pas son père politique, c'est son patron, Emmanuel a une démarche de chef d'entreprise, ça n'est pas un bébé Hollande. Le Président et lui n'ont pas les mêmes idées, Emmanuel n'emploiera jamais le mot socialisme". Le locataire de Bercy qui a lancé, le 6 avril dernier à Amiens, son mouvement politique En Marche! semble donc bien décidé à prendre son envol.

"Macron veut y aller, va y aller, mais il va le faire par étape. Aujourd'hui c'est un peu tôt. Le bon moment ce sera l'automne, et il ne restera pas forcement au gouvernement jusque-là, il a encore 2 ou 3 dossiers à boucler et…". Et puis s'en va? Dans l'entourage présidentiel le scepticisme prévaut. "Tout d'abord, Emmanuel Macron a dit, à de multiples reprises, qu'il serait fidèle en amitié et je lui fais confiance", affirme Julien Dray. "Bien sûr, je ne mettrais pas ma main à couper qu'il n'ira pas, lance prudent un autre proche du chef de l'Etat mais il a tellement dit qu'il serait loyal… Il l'a encore répété à François Hollande il y a 15 jours. Il faudrait qu'il explique sa trahison, ce serait un moment compliqué pour lui. "

D'autant qu'Emmanuel Macron a été associé très tôt à la préparation de la future campagne de François Hollande. Il était présent au séminaire organisé, il y a 15 jours, durant lequel ont été examinés, par quelques intimes, les possibilités d'une nouvelle candidature du chef de l'Etat et les chances  de l'emporter.  "Ce serait un sacré Machiavel, l'honnêteté aurait quand-même été, à ce moment-là, de nous prévenir", souligne un ami du chef de l'Etat.

L'ancien conseiller de François Hollande aimerait pourtant reprendre sa liberté. "Depuis qu'il est à Bercy, il aimerait aller plus loin dans les réformes. Il se rend compte que lorsque ses réformes sont retoquées par Hollande et Valls, lui prend des points dans les sondages alors qu'eux en perdent", explique un proche du locataire de Bercy qui ajoute "Emmanuel pratique la stratégie de l'offre là où les autres scrutent les sondages et font ce que les électeurs croient vouloir. Or, son offre à lui plait car c'est un grand pédagogue, il a beaucoup de conviction". Le moins que l'on puisse dire c'est que le ministre dispose déjà d'un noyau dur d'inconditionnels. Mais quid des  réseaux militants nécessaires à une campagne, des relais politiques, de la connaissance du terrain? "Quand il va en province, il est accueilli comme un rock star", jure son entourage. Mais cela suffit-il à faire un candidat crédible?

" Comment va-t-il faire financièrement pour entrer dans les comptes de campagne (les entreprises ne peuvent, en effet,  pas financer un candidat et les dons des personnes physiques ne peuvent excéder 4 600 euros NDLR), et puis on ne gagne pas une présidentielle sur le thème de la nouveauté, ça ne tient pas un quart d'heure. Il faut répondre, avoir des idées sur tout et La France, il faut la sentir, la connaitre ", estime un proche de François Hollande qui a déjà expliqué tout ceci au jeune ministre, ajoutant "tu peux être le meilleur soutien de François Hollande y compris en première ligne, finir premier ministre et te préparer pour la suite".

Ses opposants jettent, en revanche, un voile pudique sur les sondages. Une enquête Ifop-Fiducial pour Sud-Radio, révélait pourtant récemment que le très médiatique ministre de l’Economie, s’il venait à être le candidat socialiste à l’élection présidentielle de 2017, ne franchirait pas le premier tour « dans tous les cas de figure » et obtiendrait 17% des voix au premier tour, moins que François Hollande.

Mais son entourage pousse le ministre de l'Economie à y aller quand-même, "il joue sur le renouveau, le renouveau ça ne marchera plus en 2022, il ne sera plus nouveau. Il faut jouer cette carte maintenant", lance l'un d'eux convaincu que le doute n'existe plus dans la tête du locataire de Bercy. Que celui-ci est enfin prêt à exister pour lui et pour lui seul. A abandonner Gepetto.  

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