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Wall Street se résout à voir arriver Joe Biden et anticipe (sans enthousiasme) ce qui peut se passer après Trump.

Les bourses américaines, au plus haut, ont déjà effacé les pertes du krach de mars. Les boursiers anticipent maintenant quelles seraient les conséquences d’un mandat de Joe Biden. Mais sans aucun enthousiasme...

Aude Kersulec

Aude Kersulec

Diplômée de l'Essec, Aude Kersulec est specialiste de la banque et des questions monétaires. Elle est chroniqueuse économique et blogueuse. 

Voir la bio »Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Les élections américaines se résument plus souvent à une histoire de porte-monnaie qu’à des débats d’idées. Cette élection ne devrait pas créer l’exception. Les financiers américains n’aimaient pas Donald Trump, ni sa culture, ni ses manières, mais ils ont appris à l’accepter et à le supporter parce que les résultats boursiers étaient au rendez-vous et ils reconnaissent que c’est grâce aux fourberies de sa politique. Il jouait le populisme, le protectionnisme, mais protégeait en fait l’essentiel du fonctionnement des marchés, et surtout savait tordre le bras à la banque centrale pour qu’elle inonde l’économie américaine de liquidités. Et quand une banque centrale distribue des dollars à tout le monde, ce sont les boursiers qui se servent les premiers. Jusqu’au jour où trop c’est trop. La gouaille de Trump, ses tweets intempestifs n’ont rien pu faire contre le coronavirus dont les effets collatéraux ont semblé ouvrir une voie à Joe Biden. 

Alors que la pandémie secoue maintenant un peu moins les marchés, les investisseurs se sont fixés un nouveau cap et cherchent à anticiper les effets d’une victoire de Joe Biden à la présidentielle américaine. Les sondages donnent le candidat démocrate gagnant, alors que celui-ci reste pourtant très discret sur son programme et ses intentions depuis le début de la crise.  

Si Biden lemporte en novembre prochain, ce sera surtout que les Américains auront fait payer à Donald Trump sa gestion de crise pandémique et le risque de crise économique et sociale quil fait courir au pays.

Au départ, les marchés étaient pourtant pro-Trump. Pour cause, ils détestent l’incertitude – ce que représente  toute nouvelle arrivée à la Maison Blanche, alors que Donald Trump est vu par Wall Street comme quelqu’un qui ne va pas aller à l’encontre des marchés.  Le S&P 500, le principal indice américain qui regroupe les 500 premières capitalisations américaines, a grimpé de 45% depuis son élection.  Le Nasdaq, l’indice des valeurs technologiques, est à son plus haut historique. Mais cette période de hausse a été marquée par de fortes incertitudes concernant l’avenir commercial avec la Chine, ce qui signifie beaucoup de volatilité et d’inquiétudes pour les traders.

Les analystes de Wall Street qui fournissent des études de marché aux gérants des hedge funds, aux gestionnaires d'actifs et aux autres grands investisseurs sont donc actuellement tous sollicités par leurs clients pour connaitre quel serait l'impact d'une présidence Biden et dessinent trois grandes tendances. 

La 1ère  tendance est dominée par la fiscalité. Parce que Biden veut défaire ce que Trump avait pu décider. Le futur nouveau président aurait l’intention de rehausser les impôts des sociétés à leur niveau d’avant Trump, c’est à dire 28% des bénéfices. Bref, revenir sur le choc fiscal du début de mandat et qui a permis a Trump d’être applaudi par Wall Street au début de son mandat. Un stimulus de près de 2000 milliards de dollars de réduction d’impôts pour les entreprises et les ménages.  Selon une analyse de la banque Goldman Sachs, cette mesure de Biden, si elle est adoptée, réduirait les bénéfices des sociétés du S&P 500 d'environ 12 %, une perspective qui pourrait agir comme un vent contraire pour les actions. Donc les analystes financiers pensent que la bourse baissera avec l’arrivée de Joe Biden. 

La 2ème tendance sappuie sur le dossier du salaire minimum, que Joe Biden promet à 15 dollars par heure, soit le double de ce qui se fait actuellement. Alors là, la mesure très sociale ne serait pas forcément négative pour la bourse selon JP Morgan. Une hausse du salaire minimum, c’est un impact positif sur les dépenses de consommation, supérieur au coût des pertes d’emplois ou pertes financières pour l’entreprise. Politique classique de relance pratiquée par les démocrates. 

Enfin, 3e tendance, Biden peut revenir sur toutes les déréglementations de l’ère Trump.  Banques, environnement, pétrole…. Certains secteurs et certaines entreprises seraient plus touchés que d’autres. En réglementant la concurrence et « l’antitrust », les GAFA pourraient être forcés de revoir leur modèle. Les GAFA, qui étaient plutôt démocrates, regardent cette perspective avec un peu de suspicion mais pas au point de venir soutenir Donald Trump.  Compte tenu de l’ADN des démocrates, on craint pour les secteurs de l’armement et des énergies pétrolières et gazières. Biden devrait  limiter les forages de pétrole de schiste, qui permettent l’indépendance énergétique des Etats Unis.  Et un retour dans l’Accord de Paris signifierait aussi des mesures à prendre pour réduire les émissions de carbone des entreprises. Mais au final, par cette relance plus verte que sous Trump, Biden espère que l’économie américaine saura créer des emplois, c’est du moins ce qu’il commence à expliquer. 

Les boursiers sont très pragmatiques : les meilleurs stratèges espèrent une flexibilité de Biden et de ses priorités, par rapport à ce qui avait été défini avant le Covid, ce qui ramènerait la promesse Biden à une certaine stabilité de la politique américaine.

D’abord, parce que dans le fond, les deux candidats ne sont pas si différents. Ils sont favorables à des relances par l’infrastructure. Tous deux n’ont pas peur de se confronter aux grands de la technologie, ou d’aller affronter la Chine, avec des styles différents.  

Ensuite, parce que la banque centrale américaine a déversé beaucoup d’argent dans l’économie, a baissé les taux au plus bas et que Jérôme Powell, le gouverneur de la Fed, a déjà annoncé que cette tendance s’inscrirait dans la durée, quelque soit le président élu. Les politiques monétaires restent les principaux moteurs des marchés aujourd’hui. 

Mais surtout, il existe une force bien plus puissante sur les marchés, qui façonnera la reprise économique et boursière future. L’évolution de la pandémie et la recherche d’un vaccin guideront les marchés et les comportements économiques dans les prochains mois.  Et l’arrivée d’un vaccin ne dépendra ni de Trump, ni de Biden.

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