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Kim Kardashian a certainement plus aidé Hillary Clinton que n’importe quelle autre personnalités du show-business. La candidate démocrate à l’élection présidentielle a loué Kim et l’a remerciée de lui avoir fait découvrir le selfie...
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THE DAILY BEAST

Vous prenez Kim Kardashian pour une parfaite bimbo : détrompez vous, c’est un redoutable animal politique

La star de télé réalité s’est offert une page dans le "New York Times" pour fustiger le négationnisme du génocide arménien. Du contrôle des armes au soutien à Hillary Clinton, ce n’est pas la première fois que Kim utilise sa renommée en politique.

Amy Zimmerman

Amy Zimmerman

Amy Zimmerman est journaliste au Daily Beast.

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Copyright The Daily Beast. -  Amy Zimmerman

Pour une femme qui a des mensurations quasi-handicapantes de tour de poitrine et de taille, Kim Kardashian est une femme qui jongle avec énergie entre les rôles et les engagements professionnels.

Dans une journée ordinaire, Madame West (épouse de la star du rap Kanye West) arrive à faire passer de la publicité par de simples photos en Kim décontractée sur les réseaux sociaux, à faire prospérer son empire médiatique, à sauver la carrière de son mari de ses propres extravagances, et même à faire quelques selfies.

Ces dernières années, Kim Kardashian a petit à petit ajouté la politique à son agenda surchargé, additionnant ainsi une branche supplémentaire à son plan de domination du monde. Le week-end dernier, Kim Kardashian a mis sa casquette politique (chère et flatteuse) en s’offrant une pleine page dans le New York Times. En avril dernier, le Wall Street Journal avait fait publier une pleine page niant le génocide arménien. L’article du WSJ (Wall Street Journal) renvoyait vers un site qui minimisait le nombre d’Arméniens raflés et tués par l'empire ottoman. Lorsqu’on demanda au journal de commenter le fait qu’il avait publié un article qui nie le génocide dans un journal aussi réputé, le WSJ a répondu  : "Nous acceptons une grande variété de publicités, y compris celles qui peuvent provoquer. Nous éditons les publicités pour les adapter aux gouts des lecteurs, mais les points de vues différents et variés exprimés appartiennent aux annonceurs".

Ce petit scandale aurait pu rester sans conséquences en avril dernier, mais si nous avons appris une chose avec la reine Kim Kardashian-West, c’est qu’elle peut et qu’elle attaquera lorsque vous vous y attendrez le moins.

Ce qui nous ramène à ce week-end, quand le quotidien d’actualité économique a appris qu’il avait un point en commun avec la star de la pop Taylor Swift, âgée de 26 ans (et ennemie des Kardashian). Passant de Snapchat au New York Times, Kim s’adresse à une nouvelle population : les abonnés de la presse traditionnelle. Et elle leur parle sans détour : "L’argent c’est le pouvoir. Et en ce moment, c’est surtout le pouvoir de dire de la merde."

"Ma famille et moi avons l’habitude des ragots et des calomnies dans la presse" poursuit l’égérie des chaussures de sport Sketchers, "mais lorsque j’ai entendu parler d’une pleine page dans le Wall Street Journal niant le génocide arménien, je ne pouvais pas laisser passer". Kim Kardashian s’en pris au groupe derrière la publicité, le groupe Turkic Platform, et elle l’a fait avec son savoir-faire. En refusant tout lien en ligne entre ses comptes sur les réseaux sociaux avec le site web en question, les privant ainsi des précieux clicks et des revenus générés à partir du mot-clé "Kim Kardashian". Mais elle a plutôt dirigé sa colère envers le Wall Street journal, écrivant : "Qu’un tabloïd de merde profite d’un scandale fabriqué de toutes pièces, c’est une chose. Mais qu’un journal aussi respecté et digne de confiance que le WSJ profite du génocide… c’est honteux et irresponsable, et c’est surtout dangereux. Si cette pub avait nié l’existence de l’Holocauste, ou si elle faisait la promotion de théories conspirationnistes sur le 11 septembre, aurait-elle été publiée ?"

Kim Kardashian a terminé sa lettre ouverte en insistant sur l'importance d'une prise de conscience.  Ce faisant, elle renforce sa crédibilité en tant que colistière de son mari pour la présidentielle de 2020 (West / West 2020 !) : "Lorsque l’argent, la peur et le pouvoir achètent notre silence, nous laissons penser à nos enfants que la vérité n’a aucune importance. Nous devons être responsables du message que nous adressons à nos enfants. Nous devons honorer la VERITE de notre histoire afin de protéger leur futur." C’est une leçon importante que devrons retenir, nous les médias : la prochaine fois que vous mettrez en balance votre marge bénéficiaire face à des impératifs moraux, pensez au message que vous enverrez à North West, l’enfant de Kim Kardashian.

Kim a visité l’Arménie pour la première fois en 2015. Elle était accompagnée de sa sœur Khloé Kardashian, de son mari Kanye West et de leur fille, North. Les Kardashians sont arméniens, par leur père Robert Kardashian. D’après Kim, ses arrières arrières grands-parents ont immigré aux Etats-Unis en 1914, juste avant le génocide. Les Kardashian ont évoqué ce retour émouvant au pays dans un épisode de "Rester en contact avec les Kardashian" (Keeping Up With The Kardashians ou KUWTK), proposant ainsi une bouffée d'air aux téléspectateurs dans un show qui s’apparente souvent à une purge télévisuelle.

Les sœurs ont visité le Musée du génocide arménien et rencontré le premier ministre Hovik Abrahamyan. La visite des Kardashian coincidait avec le centenaire du génocide arménien de 1915 et avait attiré une attention mondiale, jamais atteinte auparavant. Kim Kardashian avait renforcé son rôle d’ambassadrice officieuse de l’Arménie en signant une longue tribune dans le Time dans laquelle elle demandait à la Turquie de reconnaitre ce massacre de masse et exhortait le président Obama à utiliser publiquement le mot "génocide". Elle écrivait : "je vais continuer à poser des questions et à me battre pour que le génocide soit reconnu pour ce qu’il était vraiment."

Evidemment, ce n’est pas la première fois que Kim Kardashian s’est retrouvée du bon côté de l’Histoire. De son alignement précoce avec Paris Hilton à son militantisme en faveur du tour de cou dans la mode, Kardashian est une célébrité très futée. En plus des oeuvres de bienfaisance de sa famille – entre autres, le rappeur raté Tyga et l’aristocrate et chômeur professionnel Scott Disick – Kim a elle aussi son propre projet : le bien être des animaux.

Sans conteste l’une des femmes les plus connues au monde, Kim Kardashian a déjà vécu plus de neuf vies : elle a géré les dressings des riches et célèbres en Californie, elle a été conseillère en image de l’animateur radio Ryan Seacrest (elle lui a conseillé de rester l’ambassadeur du dentifrice Crest Whitestrips), elle a sauvé Kanye West de la prison pour dettes. Mais sa plus grande transformation a été de passer du statut d'objet sexuel à porte-parole féminine de l’autonomie et l’autosuffisance sexuelle.

De ses odes débridés au narcissisme à ses nombreuses photos de nu sur Instagram, en passant par ses photos de grossesse fièrement exhibées, Kardashian est le corps nu le plus reconnaissable après la Vénus de Milo. Son talent pour monétiser les mariages, la maternité, les émoticones, et tout ce qu’il y a entre ces choses, a appris à une génération de femmes qu’elles pouvaient créer elles-mêmes leurs propres opportunités d'affaires et de travail, au lieu de les attendre.

Dans les mots de Kim Kardashian, ça donne : "vous pouvez vraiment vous réapproprier votre image et décider de ce que les gens vont regarder". Et même si nous ne sommes pas millionnaires comme elle, son message féministe, diffusé à travers les émissions de télé-réalité et les réseaux sociaux, inspire et est facilement compréhensible.

Après ce fameux selfie nu sur Instagram, elle avait essuyé des commentaires misogynes et déplacés sur son physique de la part de Piers Morgan (un journaliste et polémiste anglais), Bette Midler (pourquoi ?) et Chloe Grace Moretz (T’es qui déjà ?). Kim Kardashian avait alors posté un billet émouvant sur son blog. La tribune, publiée pour la Journée de la femme, martèle : "je me sens forte et sure de moi dans mon corps. Je me sens forte dans ma sexualité. Je me sens forte dans ma couleur de peau… Je ne vais pas vivre ma vie en fonction des problèmes que vous avez avec la sexualité."

Armée d’une centaine de mots et de deux barres noires très bien placées sur son anatomie sur Instagram, Kim Kardashian a définitivement relégué l’idée qu’une femme et une mère ne pouvaient pas en plus être des êtres sexuels. Ce que Sheryl Sandberg, l’actuelle directrice des opérations de Facebook, n’a jamais réussi à faire.

Juste après le massacre de la boite de nuit Le Pulse à Orlando, Kim a également pris position, pour une fois, en faveur d’une législation pour le contrôle du port d’armes.

Lorsque des membres démocrates du Congrès ont fait un sit-in pour demander qu’on agisse, elle a tweeté : "Après Orlando, les membres du Congrès n’ont rien fait et maintenant ils partent en vacances. Je dis #Pasdelois pasdevacances". Elle a également tweeté : "C’est tellement triste ! Le Sénat a voté contre l’enquête préliminaire au permis de port d’armes. Donc, les terroristes recherchés par le FBI peuvent toujours acheter des armes."

Pour contextualiser, Donna F Edwards, membre du Congrès, avait un peu plus de 24 000 followers sur Twitter à l’époque. Mais lorsque Kim Kardashian a décidé de retweeter ses appels, elle a de fait diffusé son message à plus de 46,1 millions de followers, en temps réel. Ceux qui voudraient discréditer l’intérêt de Kim Kardashian pour la chose publique et le sens commun feraient bien de prendre du recul : elle en avait déjà parlé en 2015, en tweetant : "Mes pensées et prières vont à la famille et aux amis de Valeria Jackson ! #Lesloissurleportdarmesdoiventchanger #securite #enquetepreliminaire". Mais peut-être que le plus important est que Kim Kardashian est #AvecElle (#WithHer).

Il y a un an, elle a posté un selfie sur Instagram d'elle avec Hillary Clinton, avec le hashtag #HillaryForPresident. Madame West se décrit elle-même comme une "républicaine de centre gauche" avec une tendresse particulière "pour le petit président mignon" George W. Bush. Mais vous ne la verrez jamais aux côtés de l’acteur Scott Baio, soutien de Trump. Kim Kardashian a certainement plus aidé Hillary Clinton que n’importe quelle autre personnalités du show-business. La candidate démocrate à l’élection présidentielle a loué Kim et l’a remerciée de lui avoir fait découvrir le selfie en avouant qu’elle "attendait ce moment désespérément depuis longtemps."

Est-ce que quelqu’un peut offrir une foutue coque de téléphone à la femme qui trime le plus aux Etats-Unis s’il vous plait ?

Comme Hillary Clinton, Kardashian est une femme forte qui fait face à bien plus de critiques qu’elle n’en mérite. Mais malgré les jaloux et les ennemis, Kardashian continue sa mission : défendre des causes politiques, démasquer les hypocrites qui se font passer pour des agneaux et débarrasser le monde de l’ennui, un épisode de l'émission KUWTK après l’autre.

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