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Serge Dassault, embarrassant soutien pour Manuel Valls ? A Corbeil-Essonnes, le sénateur UMP et propriétaire du Figaro a félicité le ministre de l'Intérieur pour son action.

Les meilleurs ennemis

Valls, Serge Dassault et la double aliénation politique française : pourquoi la droite est-elle toujours en quête de la caution morale de la gauche, quand la gauche est allergique à toute approbation venue de la droite ?

Serge Dassault, sénateur UMP et propriétaire du Figaro, a assuré Manuel Valls de son soutien et de celui de son journal. Or, en France, impossible pour des hommes de gauche de côtoyer la droite sans s'attirer les foudres de leurs leaders.

Philippe Braud

Philippe Braud

Philippe Braud est un politologue français, spécialiste de sociologie politique. Il est Visiting Professor à l'Université de Princeton et professeur émérite à Sciences-Po Paris.

Il est notamment l'auteur de Petit traité des émotions, sentiments et passions politiques, (Armand Colin, 2007) et du Dictionnaire de de Gaulle (Le grand livre du mois, 2006).

 

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En France, il est encore largement admis (surtout à gauche il est vrai) que le clivage droite-gauche correspond au clivage conservateurs-progressistes. Comme il est plus valorisant d’être rangés du côté du progrès plutôt que de l’immobilisme, voire de la « réaction », on comprend l’attraction supérieure de l’étiquette de gauche par rapport à celle de droite. Et comme dans le passé, des écrivains prestigieux qui s’affichaient de droite se sont à deux reprises gravement fourvoyés (comme anti-dreyfusards ou comme collabos), des habitudes de pensée se sont installées. Il est beaucoup plus flatteur d’afficher une identité de gauche, surtout chez les enseignants, les artistes et les intellectuels. Ce « différentiel d’estime publique », pour parler de façon un peu pédante, explique pourquoi un gouvernement de gauche recherche fort rarement le soutien d’intellectuels de droite, alors que l’inverse est la règle. De Gaulle avait mis en vedette André Malraux comme ministre de la Culture, Valéry Giscard d’Estaing a multiplié les invitations à l’Elysée d’intellectuels branchés, avec un succès de séduction inégal, et Nicolas Sarkozy, via Carla Bruni notamment, a réussi à enrôler quelques stars du cinéma et du Show-bizz.

Le même phénomène se manifeste au niveau des personnalités politiques. Alors que Nicolas Sarkozy entreprend, et réussit en début de mandat, quelques spectaculaires débauchages de personnalités politiques de gauche (sans parler de quelques hésitants qui, in extremis, sont restés sur leurs terres), les dirigeants du PS ont longtemps repoussé avec horreur toute velléité d’aller chercher des supplétifs au centre (ce qui a fait le malheur de François Bayrou) et a fortiori à droite.

Problème : que signifie aujourd’hui être un homme/une femme de progrès ? Se montrer hostile à la construction européenne comme l’était le PCF du temps de sa splendeur ? Admirer le dirigisme soviétique plutôt que le capitalisme américain au temps de la Guerre froide ? S’arc-bouter, aujourd’hui, sur une législation sociale qui détruit des emplois ou encore se faire l’apôtre de la dé-mondialisation ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que « ça se discute ! », comme aurait dit Jean-Luc Delarue.

Au-delà des mythes, la réalité c’est la profonde coexistence au sein de la droite comme au sein de la gauche de sensibilités très différentes : productivistes et écologistes plus ou moins ruralistes, jacobins et décentralisateurs, traditionalistes et libertaires sur le plan éthique, modérés et radicaux (au moins au niveau du verbe) en matière de sécurité intérieure ou de défense nationale. Gauche de gouvernement et Droite de gouvernement ont beaucoup plus de convictions en commun qu’elles n’en ont avec leurs extrêmes respectifs. Mais cela doit être soigneusement tu dans la vie politique ordinaire, sinon les modérés des deux camps ne pourraient pas alterner au pouvoir.

Avant la présidentielle, le tandem Hollande-Ayrault aurait pu valider publiquement, sinon le style, du moins l’essentiel de la politique de Nicolas Sarkozy en réponse à la crise de l’euro, mais il aurait perdu l’élection. Et c’est parce que les politiques adoptées par la nouvelle majorité sont particulièrement proches des précédentes qu’il leur faut soigneusement éviter de brouiller la frontière droite/gauche en allant pêcher des personnalités trop marquées au centre ou à droite. Le clivage droite-gauche ne sert pas à différencier des convictions incompatibles (elles existent au sein de chaque camp) ; il sert à dire avec qui on peut légitimement s’allier pour gagner des élections. En ce sens, il est indispensable aux acteurs de la vie politique française et ce serait, je crois, une illusion de penser qu’il puisse être effacé.

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