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Universités : cette alarmante baisse du niveau général des étudiants français

Selon une étude de l'Insee, une baisse du niveau général des élèves à l'université a été constatée. De quelle manière se traduit cette baisse ?

Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son site : econoclaste.net

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Atlantico.fr : Une étude publiée par l’Insee constate une baisse du niveau général des élèves à l’université. De quelle manière se traduit-elle ? Cette baisse de niveau est-elle particulière à certaines filières?

Alexandre Delaigue : De nombreuses études montrent une évolution inquiétante de l’apprentissage chez de nombreux élèves depuis plus de vingts ans. Beaucoup d'entre eux manquent de bases calculatoires dans le champ mathématique, mais ont aussi des lacunes dans les domaines de la réflexion, qui se traduit par une vraie difficulté à exprimer clairement une idée, ainsi que des grands vides dans leur culture générale. Ces difficultés sont issues d’un non apprentissage ou d’un apprentissage insuffisant de ces connaissances dans les cycles primaires et secondaires, qui se répercutent à l’université. Mais attention, cette baisse de niveau global ne veut pas dire que les élèves sont moins capables d’apprendre qu’auparavant. Ce n’est pas un problème de capacité mais d’évolution du système d’enseignement qui ne favorise pas l’acquisition de connaissances. Des élèves issus de filières techniques, professionnels ou sélectives au lycée se retrouvent à l’université dans des filières générales sans un diplôme adapté, face à des enseignants qui ne sont pas préparés à un tel public. 

C’est justement dans ces filières générales qu’est le noeud du problème. En effet, la concurrence dans le professorat à l’université est telle que des spécialistes dans leur domaine universitaire se voient confiés des premières années de licence qui n’ont pas le niveau de suivre leur classe. Pour certains élèves la licence se transforme alors en parcours d’obstacle dans lequel s’opère une sélection qui aurait dû se faire avant. Pour autant, le niveau licence ne permet pas aujourd’hui d’accéder au marché du travail. Les étudiants se retrouvent avec une qualification inadaptée à la fonction recherchée, ces études sont pour eux une véritable perte de temps. Cela prouve bien que ce sytème éducatif ne sait plus ce qu’il doit faire et comment le faire.

Qui en est responsable?

Le problème, c’est que nous avons en France un système éducatif qui ressemble à un Kamoulox géant. On est là pour acquérir des connaissances, alors on accumule des savoirs pour acquérir des compétences. Et souvent, cette course à la connaissance prend des allures de course d’obstacle absurde, anxiogène, dont les étudiants ne comprennent pas les règles. Si vous ne jouez pas le jeu, vous êtes condamnés au chômage. De fait, les élèves ne sont plus dans une logique d’apprentissage, mais cherchent seulement à gagner des points pour obtenir leur diplôme, sans savoir si ce qu’ils apprennent va avoir une utilité concrète dans le métier qu’ils cherchent à exercer. Le diplôme demeure le seul sésame qui permet d’obtenir quelque chose de ces années d’efforts. C’est un test de résilience. Dès le lycée, les programmes du lycée sont durs, bien plus élevés qu’il y a 30 ans. Les élèves n’ont clairement pas la capacité de les acquérir, mais ils marquent quand même des points parce que le système français ne peut pas se permettre d’avoir un taux d’échec trop élevé au baccalauréat. Et le même manège recommence à l’université. On est vraiment face à une dérive du système éducatif, dont même les acteurs ont du mal à sortir. Dans ce cas, la responsabilité est collective, car notre société s’accorde à suivre un système qui depuis trente ans n’arrive pas à survivre selon ses propres critères. C’est un système qui a clairement perdu sa vocation d’enseignement des savoirs.

Comment y remédier ?

En France vous avez 60 millions de formateurs qui veulent chacun agir selon leur propre méthode. Tout le monde à son idée sur la chose. Personnellement, je pense qu’il faudrait permettre aux jeunes étudiants de travailler après une formation courte puis de repartir à nouveau sur les bancs de la fac à 30 ans, au moment où l’expérience du travail permet de comprendre l’intérêt personnel que l’on peut avoir de l’apprentissage. Cette idée selon laquelle nous devrions faire l’intégralité de notre formation universitaire avant 25 ans n’a rien de naturel. Une pause dans l’activité professionnelle est nécessaire. Il faudrait pouvoir  offrir aux gens la possibilité de dire : « j’arrête et je me forme ». Cela permettrait de diminuer le stress face aux études, et de changer d’attitude face au système éducatif. 

Le développement de l’éducation en ligne est une voie vers cette possibilité d’alterner entre activité professionnelle et formation. A travers l’obsession de la sélection, du classement, imposé par notre système actuel,  on perd de vue l’idée que l’enseignement amène des connaissances qui changent la personne que vous êtes. C’est dans cette direction qu’il faudrait revenir.

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