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Triste Noël à la CGT : si Martinez joue le Père Fouettard, c’est pour éviter d’être débordé par son adjoint aux cheminots

La position des différents syndicats est déjà incompréhensible, mais le durcissement de la CGT ne s’explique que par la rivalité interne qui oppose Philippe Martinez, le secrétaire général et le patron de la CGT Cheminots, Laurent Brun.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Querelles de pouvoir au sommet de la CGT en ce soir de Noël. Si Philippe Martinez n’a pas consenti à faire une trêve dans le conflit de la SNCF, c’est parce que la CGT Cheminots l’a pris de court en décrétant la poursuite du mouvement sans l’en avertir.

Philippe Martinez est évidemment l’homme fort de la CGT, mais c’est l’apparence du pouvoir. Laurent Brun, le patron de la CGT Cheminots, lui, tient les leviers de commande de la grève et du blocage des services publics.

La rivalité entre Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT et le responsable de la CGT Cheminots, les a poussés tous les deux à la surenchère face au gouvernement, au point d’adopter des positions radicales de blocage.

En prônant la poursuite de la grève pendant les fêtes, le patron de la CGT Cheminots, Laurent Brun a obligé Philippe Martinez à le suivre sur une ligne extrêmement dure à laquelle il n‘aurait sans doute pas adhéré. C’est lui et lui presque seul qui décide d’arrêter les trains ou de les faire repartir.

La situation de blocage entraîne la CGT à prendre des risques politiques et judiciaires, en imposant des actions qui vont lui faire perdre la légitimité, la mettre en risque d’abus de pouvoir ou d’entrave à la liberté du travail et d’expression.

L’opinion publique supporte de moins en moins et la SNCF souffre le martyre. Laurent Brun est déterminé puisqu'il va jusqu'à reconnaître que « la SNCF ne s’en remettra peut-être pas, mais la CGT, elle, en sortira debout et forte ».

L’objectif a le mérite d’être clair. Son problème n’est pas de sauver les retraites ou la SNCF, mais de sauver la CGT.

Cette situation est difficile à comprendre si on prend pas en compte la force relative des syndicats et la concurrence qui existe pour accéder au pouvoir de diriger la centrale.

En théorie, la CGT n’avait aucune raison de s’opposer aussi violemment au projet de réforme des retraites. La CGT a d’ailleurs travaillé à ce projet pendant les deux ans de négociations. Le projet de réforme est un projet de gauche. Il porte une structure égalitariste et universelle dans le respect du système par répartition. Le projet d’Edouard Philippe est véritablement la généralisation du fonctionnement par points de l’Agirc et de l’Arco depuis un demi-siècle.

En théorie, la CGT ne devait pas s’opposer à une architecture qui avait été adoubée par toute la gauche allant du parti communiste aux socio-démocrates de Michel Rocard.

C’est un projet qui était protégé par la majorité des syndicats, si on avait eu l’intelligence de s’occuper d’organiser des transitions pour les bénéficiaires de régimes spéciaux. Ce qui était parfaitement possible.

Le film ne s’est pourtant pas déroulé comme un long fleuve tranquille.

Dès le départ, voyant que la CFDT portait un projet qui correspondait à son ADN, la CGT a évité de donner l’impression à ses troupes qu’elle se mettait dans la roue de Laurent Berger.

La CGT a donc commencé à durcir son propos en s‘attachant à protéger les régimes spéciaux. Sans doute pour éviter que la CGT se démarque trop du projet final, Emmanuel Macron a pris de la distance avec la CFDT et avec Laurent Berger, dont il pensait qu’il resterait son complice.

Au début du mois de novembre, le gouvernement s’est retrouvé face à un front syndical beaucoup moins uni mais gérable.

Le projet était présentable, à condition d’y intégrer un certain nombre de changements ce qui était tout à fait possible.

Possible oui, sauf que du coté de Matignon, on n’a pas vu venir la fronde à l’intérieur de la CGT où la section des Cheminots allait souffler sur les braises et obliger Philippe Martinez à adopter des positions encore plus dures qui ont débouché sur le blocage actuel.

L’explication est très simple, elle tient à la CGT, à sa fragilité et aux incertitudes quant à son avenir.

Depuis deux ans, la CGT a perdu la place qu‘elle occupait depuis la Libération, de syndicat le plus important de France et s’est fait dépasser par la CFDT. Depuis deux ans, la CGT a cherché une stratégie de reconquête qui devait lui permettre de conserver ses adhérents mais sans grand succès. Philippe Martinez a été élu Secrétaire général dans ce contexte-là. Et il a été élu grâce à l’appui de la fédération CGT Santé et de la fédération Cheminots que dirige Laurent Brun.

Philippe Martinez, élevé au parti communiste, est un homme de compromis. Mais comment trouver un compromis avec la fédération des cheminots à qui il doit son élection, mais qui va perdre les avantages de ses retraites après avoir perdu les particularités des statuts ? Comment écrire un compromis avec un gouvernement qui a ouvert l’année prochaine le service des transports publics à la concurrence, ce qui va faire perdre aux cheminots leur levier de pouvoir ?

Pour Laurent Brun, l‘avenir de la SNCF lui importe peu. Ce qui l’intéresse, c’est de protéger les intérêts de ses Cheminots puisque ce sont eux qui vont lui permettre le bras de fer avec l’Etat et s’il gagne le bras de fer, tout le mérite lui en reviendra. Il pourra donc prétendre à la succession de Philippe Martinez au secrétariat général de la CGT.

Ce qui va se passer sur la réforme des retraites ou sur l’avenir de la SNCF a beaucoup moins d’importance que ce qui pourrait se passer à la tête de la CGT.

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