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Cet alignement, assez miraculeux, des planètes économiques et monétaires aurait dû être un puissant facteur de reprise de l'activité. En réalité, la baisse des taux, des monnaies et du pétrole a surtout profité aux économies de l'Europe du nord.

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Taux d'intérêt, monnaie, pétrole... Donald Trump n'a pas tardé à renverser l'alignement des planètes, et du coup tout va changer

Les économies occidentales s'étaient habituées à vivre avec des taux bas, une monnaie calme et des prix du pétrole très "softs". Trump a déjà renversé la table.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Le changement n'a pas tardé. A peine élu et pas encore installé aux commandes, les marchés ont déjà anticipé un renversement de l'alignement des planètes. Il va falloir assumer un changement de l'écosystème financier et monétaire et pour certaines économies très endettées, dont la France, ça ne va pas être tranquille. 

Depuis presque deux ans, les économies occidentales ont vécu dans un environnement très favorable.

D'abord, les taux d'intérêt grâce à l'action concertée des banques centrales sont tombés à zéro, voire sont passés dans le négatif pour certains emprunts.  Ensuite, les monnaies ont obtenu une sorte de trêve dans l'agitation spéculative qui les anime souvent.  Enfin, les prix du pétrole ont baissé de moitié par rapport aux prix où ils étaient accrochés avant la crise. 

Les taux bas ont allégé le fardeau pour les économies très endettées. La France par exemple n'a fait aucun effort pour réduire ses besoins d'endettement puisque le coût de la dette était quasiment nulle. Ça devait être un puissant facteur de relance par la demande, en fait ça n'a relancé que les dépenses publiques et les déficits. En revanche, les taux bas devaient aussi favoriser le financement des entreprises et des particuliers. L'effet a été très mesuré. 

Sur les monnaies, la baisse de l'euro avait incontestablement servi la compétitivité des économies européennes, qui ont une forte capacité d'exportation, mais en réalité l'effet positif a été compensé par une poussée en valeur des importations. 

Enfin sur le pétrole, l'effet a été directement dans la poche des automobilistes. Le plein d'essence a baissé de 30 % ce qui a profité au pouvoir d'achat. 

Cet alignement, assez miraculeux, des planètes économiques et monétaires aurait dû être un puissant facteur de reprise de l'activité. En réalité, la baisse des taux, des monnaies et du pétrole a surtout profité aux économies de l'Europe du nord qui ont fait leurs réformes structurelles. Les autres, dont la France, ont utilisé les facilités monétaires pour anesthésier les douleurs de la restructuration et surtout pour éviter de les faire. Pourquoi se faire mal, quand on a la drogue de la monnaie ? Les États ont été les premiers à s'endetter encore davantage. 

L'effet Trump a été aussi rapide qu'inattendu. Les experts avaient expliqué que l'arrivée de Donald Trump allait provoquer un séisme économique, et un bouleversement des marchés. Beaucoup avaient parié sur un effondrement de la bourse et du dollar et un écroulement du dollar lié à l'action des banques centrales. Un peu comme dans l'après Brexit. En réalité, il s'est passé tout le contraire. 

Les marchés boursiers se sont redressés assez fortement, le dollar a repris de la vigueur et le pétrole s'est à nouveau orienté à la baisse. 

Alors ces mouvements sont la conséquence de ce que Donald Trump avait dit pendant la campagne et de ce que les marchés ont déduit de ce qui allait se passer sur l'activité. 

En bref, les marchés estiment que la politique économique de Trump va principalement relancer l'activité américaine et par conséquent l'emploi. Les grands travaux, les prestations, vont contribuer à réactiver la demande, et par conséquent l'activité, selon les bons principes keynésiens. D’où la hausse de la bourse. 

Parallèlement, les ambitions protectionnistes de Trump, qui veut organiser l'indépendance énergétique des USA, en charbon comme en pétrole et en gaz, ont immédiatement fait monter le pétrole. D'autant que Trump a prévu des droits de douanes élevés sur les énergies importées. D'où le début de colère des pays producteurs qui vont avoir du mal à percevoir le produit de leur rente pétrolière. 

Enfin, il s'avère que ces ambitions-là protègent un peu le dollar. Ce qui, pour l'Amérique, n'est pas une bonne chose. L'Amérique a besoin d'un dollar faible pour vendre ses excédents et pour freiner ses importations et si possible créer un peu d'inflation. 

Dernier point, le financement du programme sera assuré par des emprunts. Il est tellement lourd que les marchés pensent que cette perspective tendra les taux, d'où la remontée assez rapide des taux obligataires et de toute la chaîne du crédit. 

Cela dit, maintenant, cette situation met les économies occidentales au pied du mur des réformes à faire. Plus question de se cacher sous des montagnes de liquidités, plus question de se droguer aux taux zéro. 

Cette situation va surtout mettre les États endettés en difficulté. Le taux de la dette française a plus que doublé en un mois. L'arrivée de Donald Trump va coûter très cher au contribuable français parce que nos gouvernants se sont gavés de prêts à taux zéro. Mais les taux zéro, "c'était avant !", comme dit la pub. 

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