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©Emmi Korhonen / Lehtikuva / AFP

"Bad buzz" ?

Soupçons de financement russe pour la Ligue : Matteo Salvini est-il imperméable à tous les scandales ?

Matteo Salvini, chef de la Ligue, a démenti tout financement de son mouvement par la Russie à la suite d'un article de BuzzFeed affirmant que des discussions à ce sujet avaient eu lieu. Dans les enregistrements dévoilés, Gianluca Savoini, proche de Salvini, discute avec des Italiens et des Russes pour dérouter vers la Ligue 65 millions de dollars provenant de 4 % d'une transaction d'achat de pétrole russe via des intermédiaires.

Marc Lazar

Marc Lazar

Marc Lazar est professeur d’histoire et de sociologie politique à Sciences Po où il dirige le Centre d’Histoire. Il est aussi Président de la School of government de la Luiss (Rome). Avec IlvoDiamanti, il a publié récemment, Peuplecratie. La métamorphose de nos démocraties chez Gallimard. 

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Atlantico.fr : Les procureurs de Milan ont ouvert une enquête préliminaire à propos d'une supposée réunion secrète qui aurait eu lieu dans un hôtel de Moscou le 18 octobre 2018 entre trois Italiens et trois Russes non identifiés. Un scandale qui pourrait entacher la popularité de Matteo Salvini. En quoi les accusations de corruption destinées à la Ligue du Nord mettent-elles dans l'embarras le parti du ministre populiste italien, Matteo Salvini, et fragilisent le gouvernement italien ?

Marc Lazar : Oui elles mettent la Ligue de Matteo Salvini dans une position difficile. Car ce parti, comme le Mouvement 5 étoiles, avec lequel elle gouverne, aime à se présenter comme un parti honnête, différent des autres formations. En outre, la Ligue se veut un parti national voire nationaliste : « Prima gliitaliani » est le slogan favori de Matteo Salvini. Or si son parti est financé par les Russes via l’un des très proches de son leader, cela entache son indépendance. Enfin, Matteo Salvini ambitionnait de jouer un rôle d’intermédiaire entre les Etats-Unis de Donald Trump et la Russie de Vladimir Poutine. Si ces révélations sont confirmées par l’enquête judiciaire, cela ruinerait cette ambition, car la balance entre Washington et Moscou pencherait du côté de cette deuxième capitale. Le gouvernement, dont la crédibilité politique est faible du fait des polémiques et crises constantes qui éclatent entre la Ligue, le Mouvement 5 étoiles et les personnalités plus techniciennes comme le ministre de l’économie, voire le Président du Conseil, est certainement affaibli par cette affaire. Le Mouvement 5 étoiles, en perte de vitesse, en profite pour mettre sous pression la Ligue sans aller trop loin de peur que la coalition gouvernementale n’explose.

Des tensions relatives se sont fait jour entre le Président du Conseil Giuseppe Conte, qui remplit en permanence une difficile fonction d’équilibriste, et son vice-président du Conseil et ministre de l’intérieur Matteo Salvini. Etant donné l’importance et le rôle de ce dernier, Giuseppe Conte a dû rappeler officiellement que l’Italie était membre de l’OTAN et de l’Union européenne, ce qui démontre que la crédibilité internationale de l’Italie est également affectée. Toutefois, comme cela se produit depuis la constitution de ce gouvernement improbable, car unissant deux partis forts différents, voire opposés, la majorité parlementaire a affirmé dans le même temps sa volonté de continuer à travailler ensemble. Au fond, pour le moment, ni le Mouvement 5 étoiles, ni même la Ligue ne veulent des élections anticipées.    

La posture ambiguë de Matteo Salvini à l'international (par rapport aux Etats-Unis et la Russie), ses positions politiques controversées en Italie et maintenant ces scandales de corruption qui entachent son parti risquent-ils de faire reculer sa popularité ?

Pour l’instant, cela ne semble pas. Il faut attendre d’autres sondages et les futures échéances électorales. La forte popularité de Salvini repose sur de nombreux éléments. Son nationalisme, mais aussi son positionnement contre les migrants et les ONG qui les secourent, son hostilité déclarée envers les immigrés réguliers, son argumentaire en faveur de la sécurité pour la vie quotidienne des Italiens, sa critique de l’Union européenne, sa volonté de réduire les impôts, ou encore le fait d’avoir aboli la réforme des retraites adoptée du temps du gouvernement de Mario Monti, ce qui donne la possibilité à certains Italiens d’arrêter de travailler à 60 ans. Et puis, sa proximité avérée avec les Russes plait à une partie de la population qui pense que Poutine est un homme d’Etat appréciable. Aussi, les accusations sur le financement russe de la Ligue n’atteignent pas ceux, nombreux, qui voient en lui, un « homme fort », un « homme du futur », un « homme qui décide », davantage, pour ceux qui « croient » en lui. 

Confronté à un scandale similaire il y a quelque temps, il semble que le RN ait laissé ces affaires derrière lui, non sans difficultés. A l'échelle européenne, quel effet auront ces révélations sur la montée des partis populistes (qu'ils soient au pouvoir ou non) ?

On sait que les partis et mouvements populistes sont proches de la Russie, admirent Poutine et de nombreuses enquêtes laissent entendre qu’ils bénéficient d’un soutien matériel et financier de ce pays. Dans le cas autrichien, après la révélation d’une vidéo démontrant que, Heinz-   Christian Strache le leader du FPÖ, le parti libéral, un parti populiste d’extrême droite, était prêt à accepter des financements russes, ce parti a reculé par rapport au précédent scrutin européen de 2014 et plus encore par rapport aux précédentes élections politiques de 2017. Etre financé par les Russes, comme les partis communistes l’étaient auparavant par les Soviétiques, fournit une arme politique à leurs adversaires. Mais au-delà, ces partis prétendent être les meilleurs défenseurs des intérêts nationaux de leurs pays et de leurs concitoyens, et ne cessent de proclamer leur honnêteté accusant les autres partis d’être corrompus. Ces argumentaires sont alors mis à mal si leur dépendance à l’égard de Moscou est avérée.

Néanmoins, attention. Une partie non négligeable des Européens est attirée par la figure de Poutine, leader autoritaire et qui selon eux sait, lui, défendre les intérêts de son pays. Et surtout, la dynamique populiste se nourrit de divers ingrédients qui existent toujours: la profonde défiance politique qui existe au sein de chaque pays de l’Union européenne mais aussi par rapport à celle-ci, les questions sociales (chômage, inégalités, pauvreté), l’immigration ou encore les sujets de type identitaire. 

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