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L'enfer du devoir

"Les soldats français en Afghanistan sont frustrés que personne ne s'intéresse à eux"

Le photographe Nicolas Mingasson a passé près d'un an avec des soldats français déployés en Afghanistan. En accédant à l'intimité des militaires et en gagnant leur confiance, il a découvert l'envers du décors d'un conflit méconnu.

Nicolas Mingasson

Nicolas Mingasson

Nicolas Mingasson est photographe et grand reporter.

Il est l'auteur de Afghanistan : La guerre inconnue des soldats français (Acropole / avril 2012) et de Journal d'un soldat français en Afghanistan, (Plon / avril 2011) en partenariat avec le sergent Tran Van Can.

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Atlantico : Vous titrez votre livre « La guerre inconnue des Français en Afghanistan ». Qu’a-t-elle d’inconnu ?

Nicolas Mingasson : Inconnue parce qu’il y a de nombreux à-côtés que l’on ne connaît pas. J’ai effectué ce travail huit ou neuf ans après le début de la guerre. Tout ce que j’avais vu dans les médias, c’était des images de combat. Pourtant, ce combat n’est qu’une toute petite partie du temps des soldats français en Afghanistan. J’ai voulu raconté le reste, la partie immergée de l’iceberg.

J’ai compris au fur et à mesure des aller-retours que j’ai effectués en Afghanistan que les gens pouvaient s’y intéresser. De manière très concrète, au cours d’un diner parisien : une amie, architecte, m’a assailli de questions sur ce que j’avais vu. Elle était demandeuse d’un grand niveau de détail sur ce que font et traversent les soldats en Afghanistan au quotidien. Comment ils vivent ? Qu’est-ce qu’ils mangent ?

C’est intéressant : on ne parle pas beaucoup d’eux, ils se sentent délaissés et pourtant, je reste convaincu que le sujet peut toucher le public.

Comment les soldats ont-ils accueilli l’idée de vous avoir sur le dos pendant une aussi longue période ?

Ils ont rapidement été enthousiastes. La première perception que j’ai eu d’eux, c’est une énorme frustration face au constat que les Français ne savent pas ce qu’ils font et ne s’y intéressent pas. Il y a un sentiment de désintérêt général.

Au départ, il y a eu une certaine méfiance. Ils ont parfois eu de mauvaises expériences et le sentiment que des reportages tournés avec eux n’ont pas présenté un rendu exact. Mais très rapidement, ils ont apprécié l’idée que quelqu’un s’intéresse à eux. Ils sont passionnés par leur boulot. Ils en parlent beaucoup et facilement. J’ai rarement été obligé de leur tirer les vers du nez.

J’ai eu la chance de tomber sur un chef de corps exceptionnel qui a accroché à mon projet. Il a estimé que pour que cela fonctionne parfaitement, il fallait que je me retrouve seul avec ses hommes. Il m’a permis de travailler sans avoir d’officier communication derrière moi. Un officier communication a bien tenté, la première fois, de suivre mon travail. Les hommes ont rapidement laissé entendre que tant qu’il serait là, ils ne se confieraient pas. Le chef de corps a rapidement remis les choses au clair.

A titre personnel, je m’étais engagé à faire relire les textes par l’armée. Surtout pour des raisons de sécurité. Il n’y a d’ailleurs pas eu de problèmes avec ce que j’avais écrit. Ils n’ont pas cherché à me restreindre sur certains sujets que j’avais abordés comme du matériel en mauvais état ou d’un soldat qui se prend une cuite, même si ces sujets ne les enchantent pas à priori.

 

Pourquoi les médias ne traitent-ils pas plus de l’Afghanistan ? Pourquoi se contenter d’évoquer les combats sans rentrer plus dans les détails de la situation et de la vie sur place ?

Il y a une double responsabilité. Une partie incombe à l’armée, qui n’ouvre finalement pas beaucoup les vannes. J’ai eu la chance de pouvoir suivre un soldat et donc d’échapper à la notion de masse de bonhommes en vert. Il y avait un homme, un personnage, un nom. L’armée m’a donc laissé une certaine liberté.

L’autre part de responsabilité revient aux rédactions. On peut s’interroger sur les rédactions et le temps qu’elles accordent à ce sujet. Les médias interrogent systématiquement les hauts responsables des armées, même pour parler du quotidien des soldats sur le terrain.

Avez-vous eu des retours sur votre travail, de la part des soldats ?

J’ai eu un premier retour l’année dernière lors de la publication du journal d’un soldat, auquel j’ai participé. Les retours étaient alors excellents. Ils y ont trouvé une peinture très exacte de ce que eux ont vécu et ressenti sur place. A tel point que ce premier livre a été un moyen de déclencher la parole au sein de leurs couples ou même d'expliquer ce qu’ils ont traversé.

Propos recueillis par Romain Mielcarek

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