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Les entrepreneurs parlent aux Français

Relance ou investissement ? Présent simple ou avenir composé ? Être en France ou aux USA ?

Les USA sont perdus. Les USA meurent. Les USA ont le pire bilan sur la pandémie. De jolis mots pour se rassurer, et appliquer la maxime qui voudrait qu’en se regardant on se désespère, mais qu’en se comparant on se rassure. On aurait bien tort de se satisfaire, de cette comparaison avec les USA. Explication de texte.

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est entrepreneur (Edufactory), investisseur (Entreprise et conquête) et président de Parrainer la croissance, une association d'aide aux PME pour rechercher la croissance, et cofondateur de l'observatoire de l'Uberisation. 

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Tout d’abord les USA ne sont pas le pays meurtrier que l’on nous présente au journal de 20H et sur les sites d’info. Il faut arrêter avec ces mensonges. En valeur par million d’habitants, les USA sont toujours sous le taux de mortalité français. Loin derrière celui de l’Espagne, de l’Italie, de la Belgique surtout, dont les frontières restent ouvertes avec les nôtres, alors que nous sommes toujours interdits d’aller (et de recevoir) aux USA. Pourquoi ? Mystère. Un Américain contaminé serait plus dangereux qu’un Italien contaminé, pour la santé gauloise. Tout le monde a bien compris, que la seule raison du blocus était économique et politique, et en rien, sanitaire.

Néanmoins, les USA ont 3 problèmes. Le Texas, la Floride et la Californie. Il y a toujours à ce jour moins de 100 morts dans le Wyoming, le Montana et nombre d’autres États. Les 2/3 des États Américains sont certainement moins dangereux que Barcelone ou Naples. Et malgré tout, avec 1200 morts le 31 juillet, c’est toujours l’équivalent d’avoir un peu plus de 200 morts par jour pour la France. Toujours trop, mais « supportable ». Pas un charnier. Quand on connaît le taux d’obésité Américain, et aussi, la peur de ceux qui n’ont pas de mutuelle, d’aller à l’hôpital pour éviter des frais trop importants, franchement, c’est toujours trop, mais c’est bien peu. Donc arrêtons là les descriptions apocalyptiques de la situation aux USA, c’est ridicule. Le Président a enfin pris une position plus raisonnable et de toutes façons, ce sont les Gouverneurs qui décident chez eux, pas lui. Quand les mesures sont respectées par les plus âgés, ce que les jeunes des 3 États problématiques ne font pas malheureusement, le virus ne tue pas. Dans la barre des 5 rues sud de South Beach à Miami, il y a eu….. 1 cas en 4 mois !

Maintenant, posons-nous la question de savoir si nous sommes mieux en France ou aux USA pour préparer la reprise ? Il suffit d’analyser quelques chiffres et nous pourrons tous retourner au frais, pour échapper à la canicule, un verre empli de glaçon à la main au bord de l’eau.

Le chômage ? Les USA ont battu toutes les prévisions de reprise de l’emploi en mai et juin. Moins bon en juillet, car la saison hôtelière est morte pour le tourisme, qui emploie (notamment à Miami et en Californie) des millions de personnes. On connaît la brutalité du système américain. OUT en 24H. Mais IN en 24H aussi. En France, 6,7M de chômeurs, rien pour les jeunes ou les saisonniers (rien comparé à l’habitude), et aucune perspective d’embauche pour les jeunes diplômés, y compris de certaines grandes écoles, qui « rament » pour trouver leur premier job, quand on les supplie pour les prendre habituellement. Le chômage baissera plus vite aux USA, car c’est ainsi que ce pays fonctionne et parce que les mesures compensatoires sont, elles, incitatives, à retourner travailler. C’est l’aspect positif de l’endettement, il faut bosser pour rembourser !!

PIB. Même si il faudrait bien, un jour, tordre le cou à cet indicateur tellement incomplet et de plus en plus inadapté, il reste un point de comparaison utile. La chute est terrible aux USA. Elle est la plus forte d’Europe en France. Admettons alors, que nous mettrons un point dans chaque camp sur ce point. Égalité. Soyons assez perfides, pourtant, pour admettre que lorsqu’il s’agit de briller dans la médiocrité, nous rejoignons les meilleurs J

Puissance économique. Les USA sont le berceau de sociétés qui sont en train de prendre le pouvoir sur le monde. Amazon s’impose dans le monde occidental, (Alibaba, Tencent, partout ailleurs) et a pris plus de 250Mds de valorisation en 4 mois (88% d’augmentation de son cours entre mi-mars et le 31 juillet). La puissance phénoménale de cette société, pourtant nocive sociétalement, est telle, qu’il est difficile de nier, que les USA ont un pied dans l’avenir et nous un pied dans la tombe. Aucun champion en vue, ni en France, ni en Europe, à part certaines sociétés magiques comme Dassault Système ou Critéo. Rocket Internet en Allemagne et quelques autres belles licornes au Portugal ou au UK. Nos « grands entrepreneurs » fabriquent des vélos électriques. Nous sommes sauvés ! Nous allons dominer le monde en nous offrant une pédale électrique c’est certain. Tesla, +80% de valorisation en 4 mois. Le jour où il fera des vélos, ils iront sur Mars !! L’ambition est clairement du côté Américain.

Je pourrais enchaîner ainsi les exemples, mais d’abord cela fait mal à ma France, donc j’aime l’idée de ne pas mettre de l’acide sur nos plaies, au moins pendant la période estivale. Mais vous l’avez compris, les USA ont des talons d’Achille, comme tout le monde, mais des mollets de compétition. Ils courent plus vite et vont continuer à le faire, mais pas assez vite pour contrer la Chine, qui, silencieusement, investit de façon folle, partout, sans limite.

J’aimerais me limiter à 1 élément essentiel, sur la préparation de l’avenir : La formation pour aider à la mutation des hommes.

Les USA ont lancé depuis quelques mois, l’une des plus ambitieuses politiques de formation jamais faite dans ce pays et inconnue chez nous, en tous cas sur ce thème. Pendant et depuis la crise du Covid, et sa gestion hystérique dans la plupart des pays, les entreprises et investisseurs ont réalisé à quel point nous étions fragiles et à quel point le maillon le plus faible était l’homme !! Malheureusement pour vous et moi. Les investissements dans l’automatisation connaissent un accroissement exponentiel, jamais vu, presque terrifiant. Pendant qu’une France éternellement romantique déclame des poésies sur le monde d’après, les investisseurs parient sur ceux qui vont tenter de diminuer la part des hommes dans le travail demain. Le monde d’après, risque d’être très sévère pour l’homme d’avant.

Mais contrairement à tous les autres pays, les USA s’y préparent. Peu le savent. Un plan colossal destiné à préparer les conséquences de l’automatisation et de son impact tsunamique sur les emplois des Américains. Un plan qui propose des formules d’apprentissage, sur la santé, le numérique, la mobilité. Un plan qui propose des réductions fiscales inédites pour les entreprises afin d’avoir des plans enfin structurés qui puissent aider les salariés actuels à s’adapter aux compétences nouvelles, aux nouvelles façons de réaliser leur mission. Notamment sur la génération plus âgée.

Des bourses (Ivanka Trump est en charge de cela et de l’avis général le gère à merveille) pour les plus démunis et les moins qualifiés, afin qu’ils puissent acquérir les compétences que dictent un monde numérisé. Même le New York Times (ex Herald Tribune) plutôt enclin à faire des clins d’œil à ceux qui démolissent le président Trump, lui ont consacré un article remarquable il y a 10 jours. Plus surprenant, les enveloppes initiales et les politiques à mettre en œuvre ont fait l’objet d’un consensus, d’une unanimité même, au Congrès, qui a voté d’une seule main tous ces plans. Républicains et Démocrates associés sur des enveloppes aussi lourdes, ces derniers temps, c’est proche des statistiques du loto.

La mutation des jobs, des compétences, qui est le sujet en France de la Fondation (fonds de dotation) Day One Movement, notamment, ou qui a fait l’objet d’études chez Accenture, ou Institut Montaigne, est le sujet le plus délaissé au Monde, sauf en Chine et aux USA. Qui en parle ? Pendant que nous utilisons encore le terme de relance, qui s’apparente surtout à un plan de sauvetage, quand il faudrait une politique agressive d’investissement sur les sujets majeurs à même de confier les clés du camion monde à l’Europe (vœux pieu), les « grands » eux préparent leurs investissements et les remèdes à leurs effets dévastateurs.

Avantage aux US, sans contestation possible. Ceux qui privilégient leur futur peuvent plus facilement conforter leur présent.

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