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Radicalisation : pour un meilleur partage de l'information

Jean-Didier Berger, Maire de Clamart et Délégué général de Libres, plaide dans cette tribune pour que les élus locaux soient mieux informés sur la présence éventuelle de personnes radicalisées dans leur commune.

Jean-Didier Berger

Jean-Didier Berger

Jean Didier Berger est Maire de Clamart et Délégué général de Libres. 

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L’attentat islamiste qui a frappé la ville de Conflans-Sainte-Honorine et plus récemment Nice a montré une nouvelle fois que le terrorisme peut sévir partout et n’épargne aucun symbole de la République, ni lieu d’héritage de notre histoire.

En ces temps tragiques, nous avons une pensée pour nos collègues, Christian Estrosi, Maire de Nice et Laurent Brosse, le Maire de Conflans-Saint-Honorine, qui n’était pas informé que des islamistes radicaux installés dans sa ville étaient en conflit avec les autorités scolaires. Que dire aussi de Guy Lefrand, Maire  d’Evreux dont est originaire l’assassin du professeur Samuel Paty, qui  avait réclamé en 2018 la transmission des fichiers aux élus locaux, demandant à ce que « nous puissions travailler ensemble (avec l’État) » pour unir nos forces, nos capacités ».

Nous, Maires, rappelons régulièrement que la sécurité de nos concitoyens est la première des libertés. C’est l’affaire de tous les Français et en premier lieu des échelons locaux : sécurisation des évènements et des manifestations, sécurisation des bâtiments publics, prévention de la radicalisation…nous sommes en première ligne.

François Hollande était venu nous dire après les attentats de 2015 la volonté de l’État de nouer un partenariat stratégique avec les communes et leurs polices municipales. En 2018, Emmanuel Macron, alors fraichement élu à la Présidence de la République, s’était engagé lui aussi à fixer les termes d’un  contrat d’échange entre les Préfets et les Maires autour des personnes inscrites au Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) encore trop méconnu de nos concitoyens, mais recensant  environ 20 000 personnes liées à l’islamisme radical.

Depuis, ces promesses sont restées quasi lettres mortes. Certes, nous pouvons demander au Préfet depuis 2016 l’accès au Ficher judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions terroristes (FIJAIT), répertoriant les individus ayant commis des infractions de terrorisme et de violation d’interdiction de sortie du territoire. Pour autant, ce fichier reste limité en terme de prévention car il omet de mentionner les individus radicalisés mais non passés à l’acte ainsi que certaines infractions telles que l’apologie du terrorisme, la consultation de sites terroristes…

Depuis l’avènement du terrorisme islamique, les pouvoirs publics locaux jouent un rôle important dans les politiques de lutte contre la radicalisation. Dans nos villes, conscients de cette menace, nous avons pris les devants par l’adoption d’un certain nombre de mesures et d’actions : mise en place de la vidéo-protection, sécurisation des sites d’évènements publics, formation des policiers municipaux aux situations de crise, voire installation de missions de prévention de la radicalisation, la formation des élus et des fonctionnaires à leur détection.

Dernièrement, l’État a affiché sa volonté de s’appuyer sur les Maires pour mieux contrôler le respect de l’obligation scolaire et le fonctionnement des écoles privées hors contrat comme les écoles coraniques clandestines.

On nous demande de faire remonter les informations sensibles, de prévenir les situations à risque et de signaler les individus radicalisés. On ne peut que s’en réjouir. Mais l’information doit être donnée dans les deux sens.

Afficher la confiance envers les Maires d’un côté mais refuser de les informer de l’autre est une équation impossible!

Comment comprendre que ces élus locaux, garants de la sécurité de leurs administrés, employeur de personnel travaillant avec un public sensible (crèche, écoles, régie d’eau…), et, rappelons-le, officiers de police judiciaire, ne disposent d’aucune information sur les personnes potentiellement dangereuses pour nos concitoyens ? Nous nous sentons seuls dans ce combat !

L’échelon local ne doit et ne peut plus être le parent pauvre de l’information en matière de prévention et de lutte contre la radicalisation. Les Maires doivent donc être informés, et de façon automatique, obligatoire, et non selon le bon vouloir des autorités, comme c’est le cas aujourd’hui.

En attendant ce signal politique, les élus locaux, de par leur travail quotidien et leur ancrage sur le terrain, sont des partenaires de confiance de l’Etat et pleinement légitimes. Les associer systématiquement à l’information, c’est disposer d’un appui supplémentaire. Dans ce combat continu contre la radicalisation et le séparatisme islamiste, notre pays ne peut se priver de toutes les forces utiles. Nos concitoyens ne le comprendraient pas.

Jean-Didier BERGER

Maire de Clamart

Délégué général de Libres

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