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"La puissance conquérante"

Quand l'Unesco se penche sur la "Palestine occupée" : sérieux rififi archéologique au Moyen-Orient

En avril 2016, l'Unesco a publié une résolution intitulée "Palestine occupée". Dans le cadre de cette dernière, l'Onu est accusée de ré-écriture historique, ayant ignoré le lien entre judaïsme et le Mont du Temple à Jérusalem, renommé Esplanade des Mosquées.

David Elkaïm

David Elkaïm

David Elkaïm est fonctionnaire détaché au ministère des Affaires étrangères, chargé de conférences à Sciences Po Paris et chercheur au CF2R. Il est notamment l'auteur aux côtés de Eric Dénécé de l'ouvrage Les Services secrets israéliens (Tallandier, 2014).

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Atlantico : Le 16 avril 2016, l'UNESCO a rendu une résolution intitulée "Palestine occupée" et accusée depuis d'effacer totalement les origines de la civilisation judéo-chrétienne. Dans quelle mesure l'UNESCO a-t-elle outrepassé sa mission de neutralité ? Comment faire la part des choses entre maladresse d'écriture et volonté effective de réécrire l'histoire ?

David ElkaïmIl faut d’abord rappeler que, déclarés patrimoine mondial en 1981, la Vieille Ville de Jérusalem et ses abords ont été inscrits sur la liste du patrimoine mondial en péril en 1982. Cette inscription a explicitement pour but de condamner les travaux de fouille, de restauration ou de construction entrepris par Israël, qui exerce une souveraineté de facto sur l’ensemble de Jérusalem et de la Cisjordanie depuis la guerre de 1967 et est donc appelé "puissance occupante".

En effet, le Waqf jordanien (la Transjordanie, créée en 1947, a annexé la Cisjordanie pour devenir la Jordanie, et administrait donc la Vieille Ville avant Israël) qui administre les lieux saints musulmans considère que ces travaux conduisent à valoriser les éléments "juifs" au détriment des éléments "musulmans".

La Jordanie et la Palestine (membre de l’UNESCO depuis 2011) réclament régulièrement le retour au statu quo qui avait cours avant le déclenchement de la deuxième Intifada. Jusqu’en septembre 2000, le Waqf contrôlait en effet toutes les portes permettant d’accéder à l’Esplanade de Mosquées (située au sommet du Mont du Temple) alors qu’il doit aujourd’hui partager cette responsabilité avec la police israélienne et a perdu tout contrôle sur la Porte des Maghrébins, réservée aux visiteurs non-musulmans.

Chaque centimètre carré de la Vieille Ville - et même chaque centimètre cube puisqu’il faut rajouter une dimension dès que l’on creuse ! -  fait donc l’objet de contestations !

La résolution en question porte sur l’ensemble des points de discorde sur le site de l’Esplanade des Mosquées, qui n’est autre que le lieu où se dressait le Temple de Jérusalem et que les juifs préfèrent donc appeler Mont du Temple : la Mosquée al-Aqsa, le Centre pour la restauration des manuscrits islamiques, la Porte de la Miséricorde, la Rampe des Maghrébins pour ne citer que les plus célèbres.

Elle mentionne également d’autres sujets relatifs au conflit israélo-palestinien tel que les conséquences de la guerre de Gaza en 2014 et les lieux saints de Hébron (Tombeau des Patriarches/Mosquée d’Abraham) et de Bethléem (Tombe de Rachel).

Certes, il y a des maladresses : la double dénomination juive/musulmane des lieux n’est pas toujours respectée ; certes, il y a des formulations malheureuses qui nourrissent la polémique : la résolution parle d’installations de "fausses tombes juives" dans des cimetières musulmans ; certes, Israël est systématiquement placé en position d’accusé ; certes, rien n’est dit sur les actions du Waqf pour dissimuler les éléments "juifs" ; mais à aucun moment dans la résolution le lien entre Jérusalem et le judaïsme ou le christianisme n’est nié.

Et pour cause : qui peut imaginer que l’Afrique du Sud, l’Argentine, le Brésil, l’Espagne, la France ou la Russie, pour ne citer que quelques-uns des pays qui ont voté la résolution, auraient laissé passer un texte qui se livrerait à une telle réécriture de l’Histoire ?

Ce qui est regrettable, c’est que cette résolution, incontestablement maladroite sur certains points, a été instrumentalisée par le gouvernement israélien pour discréditer l’initiative française sur l’organisation d’un sommet sur le Proche-Orient.

Dans cette région du monde, et d'autant plus à Jérusalem, l'archéologie et le passé ne constituent-ils pas en eux-mêmes des enjeux politiques ? Dès lors, quel est le risque que cette étude soit instrumentalisée, politisée et utilisée ? Quel impact cela pourrait-il avoir ?

Jérusalem est le lieu le plus saint du judaïsme, l’endroit où Jésus venait prier et où il a été crucifié, et le troisième lieu saint de l’islam, parce que Mahomet y a été transporté sur le dos de sa monture al-Buraq avant de monter au paradis lors de la Nuit du Destin. C’est à la fois ce qui unit les trois religions monothéistes dans une continuité spirituelle et les divise dans une logique de revendication exclusive.

C’est le cas pour quasiment chaque découverte archéologique au Proche-Orient : chaque "camp" accuse l’autre de vouloir s’approprier tel ou tel artefact, tel ou tel site pour affirmer son antériorité ou sa prééminence.

Il faut donc bien reconnaitre que, dans une entreprise de légitimation de la (re)-création de l’Etat dans le cadre du projet sioniste, les autorités israéliennes font prévaloir les éléments démontrant l’ancienneté de la présence juive. C’est ce qui se passe dans le cadre du projet de parc archéologique dit de la "Cité de David" située à l’extérieur des murailles de la Vieille Ville (qui datent du XVIème siècle) : il n’y a pas de doutes sur le fait que les éléments qui y ont été trouvés sont largement antérieurs à Jésus et à Mahomet mais c’est une association proche des mouvements nationalistes religieux et coutumière de la négation du passé non-juif des sites (Elad) qui en est un des pilotes. D’où les inquiétudes exprimées par les Palestiniens. Il en va de même en ce qui concerne le site de Sabastiyah, identifié à Samarie, l’ancienne capitale du royaume d’Israël. 

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