Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Société
©Ethan Miller / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Régulation

Protection de la vie privée et préservation de la jeunesse face à l’addiction aux contenus pornographiques : l’équation impossible ?

Le Sénat a adopté à l’unanimité un amendement qui impose aux sites pornographiques de mettre en place un contrôle de l’âge de leurs clients et à bloquer l'accès aux mineurs. Quel système permettrait de ne pas exposer les enfants mineurs à des sites pornographiques ?

Baptiste Robert

Baptiste Robert

Baptiste Robert est chercheur en cybersécurité et hackeur. Il est connu sous le pseudonyme d'Elliot Alderson.

Voir la bio »

Atlantico.fr : Le sénat a voté cette semaine un amendement obligeant les sites pornographiques à mieux contrôler l'âge des internautes, et à bloquer l'accès aux mineurs. Quels vont être les systèmes mis en place selon vous? 

Baptiste Robert : Je pense que les sites pornographiques vont se mettre à faire de l'identité numérique. L'industrie du monde pornographique marche très bien, elle est née avec internet. Elle est là depuis sa création et restera encore très longtemps. Donc le monde pornographique en ligne va s'adapter et va créer des portails d'identification qui seront conformes aux lois des différents pays si nécessaire. Ensuite, elle va adapter ses offres afin de permettre aux utilisateurs d'utiliser ses produits d'identification pour accéder aux contenus pornographique. L'identité numérique est créée afin de vous éviter quand vous ouvrez un compte en banque par exemple, d'envoyer par la poste votre carte d'identité et tout un tas de documents pour prouver que c'est bien vous. L’idée est de pouvoir à travers un site Internet, être directement capable de dire dans le formulaire que vous avez rempli que vous appelez bien« Monsieur xxx » et d’être en mesure d’identifier de manière forte quelqu'un sur Internet sans avoir à passer par un biais détourné, par la poste ou quoi que ce soit. Ici, c'est un peu la même chose.Pour résumé, on souhaite vérifier que celui qui consulte un site pornographique, lorsqu’il clique sur « J'ai 18 ans » a bien 18 ans. D'ici l’année prochaine, ou dans deux ans, l’Union européenne va d'ailleurs obliger les pays membres à créer une identité numérique.

Quel système permettrait de ne pas exposer les enfants mineurs à des sites pornographiques ? Tout en protégeant les données personnelles des adultes utilisateurs ?

C’est une question qui est très complexe puisque nous nous trouvons dans un monde ultra connecté. Les enfants, de manière générale, commencent à recevoir leur portable en CM2, ou au début du collège. Aujourd’hui, pour leur empêcher l’accès aux contenus pornographiques, il y a  le contrôle parental. Il y a des solutions qui existent sur mobile pour créer des profils adéquats pour les enfants afin de leur restreindre l'utilisation de certains sites. Par exemple, quand votre entreprise vous donne un téléphone portable pour le travail et qu'elle n'a pas envie que vous alliez justement sur des sites pornographiques ou autres, elle a la possibilité de créer des profils. Il y a par exemple « Android for Work ». Il existe des solutions afin de bloquer votre téléphone dans une certaine configuration pour vous interdire ou vous autoriser à faire des choses sur un téléphone.Vous pouvez alors autorisé sur le profil de votre enfant à utiliser le téléphone 3 heures dans la semaine. Lorsqu’il tape le mot « sexe » , son téléphone peut refuser d’accéder à une page par exemple. Nombreuses solutions existent, mais il est vrai qu’elles nécessitent une certaine connaissance technique : même si ce n’est pas très compliqué, il faut quand même le faire. Cela implique d’avoir accès à ces outils, cela demande du temps,  et il y a une éducation technologique à avoir afin d’apprendre aux gens à bloquer le téléphone de leurs enfants. Enfin, il y a évidemment une éducation à faire entre parents et enfants , il faut expliquer à son enfant. Oui, on peut faire beaucoup de choses sur Internet, mais c'est pas ce qu'on peut le faire qu'on doit le faire.

Les utilisateurs majeurs quant à eux, risquent une nouvelle fois de dévoiler leurs données personnelles sur internet…  

Évidemment, et cela amène une autre question sur l'anonymat sur Internet, puisqu'Internet a été créé avec la notion de d’anonymat. Internet, c'est l'endroit où on peut se faire passer pour tout et n'importe quoi. On peut faire des choses qu'on ne se permettrait pas dans la vie réelle. Si on veut aller sur un site pornographique, on va sur un site pornographique. Et on y fait ce qu'on a envie, ce qu'on ne peut pas habituellement. Il y a une partie positive de l’anonymat, il existe des internautes qui font des choses formidables sous couvert d'anonymat. Et de l'autre côté, effectivement, c'est à travers Internet qu'on voit aussi les pires horreurs. Mais changer ce paradigme là en disant voilà, il faut que tout le monde soit identifié dans la vie réelle, il n'y a qu'une seule identité et c'est la même que votre identité sur Internet, ça change complètement la donne.Cela modifie la manière de voir Internet et c'est dommage. Il y a une vraie discussion à avoir, que j’avais d’ailleurs eu lorsque j'avais été auditionné par l'Assemblée nationale sur l'identité numérique, où nous avions parlé notamment d'un droit à l'anonymat. Est ce qu'il ne faudrait pas, dans la loi française ou même dans la loi européenne,  avoir un droit à l'anonymat? Dire « si je veux rester anonyme », j'ai le droit d'être anonyme. Par définition, une identité numérique est là pour vérifier votre identité. Lorsque vous cliquez sur « j’ai 18 ans » sur un site Internet, cela nécessite forcément un traitement de vos données personnelles puisque c'est un peu le but du jeu. Après, on peut enrober tout ça : oui, ce sera ultra sécurisé, oui. Aujourd’hui, il n'y a pas de solution magique qui dirait  « ah oui, bah c’est forcément anonyme »,  « Oui, on vérifie, mais en même temps on respecte bla bla bla »C’est un peu contraire, les deux choses.  Sur le droit à l'anonymat, c'est un débat plus large. On va essayer de relier votre vie réelle à votre vie sur Internet un peu partout.. C’est ce que fait Facebook par exemple, qui essaie de faire des liens entre vous dans la vie réelle et vous sur Facebook. Et si on essayait de vous relier, de renier votre vie virtuelle et réelle en permanence. Est ce que faudrait pas instaurer ce droit là en disant « comme vous avez la propriété de vos données? D'après le RGBD, vous avez le droit d'avoir un anonymat, si vous voulez pas donner votre nom, vous avez le droit de ne pas le donner.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !