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Pourquoi le libéralisme amoral n'est tout simplement plus possible
©Reuters

Bonnes feuilles

Pourquoi le libéralisme amoral n'est tout simplement plus possible

Pour Marc Halévy, aucun doute, les Lumières ont menti. On les vante, on s’en réclame. Pourtant, la pensée d’une dizaine de philosophes français du xviiie siècle a engendré beaucoup d’idéologies totalitaires qui ont ravagé l’Europe pendant 250 ans. C’est la thèse ardemment défendue ici : les idéaux de ces philosophes impliquaient, pour leur mise en oeuvre, le recours systématique à la force et à la violence, tant le moule de leur pensée était étroit pour y faire entrer toute la réalité. Extrait de "Les mensonges des Lumières" de Marc Halévy, aux éditons du Cerf (1/2).

Marc  Halévy

Marc Halévy

Marc Halévy, docteur et chercheur, étudie les sciences de la complexité et la physique des processus. Il est conférencier et expert en noétique. Il est déjà l'auteur d'un livre sur le Taoïsme, dans la collection Eyrolles pratique.

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Tout le problème est là : l’économie a cru devenir autonome en devenant industrie et commerce, loin de l’agriculture trop asservie aux aléas naturels. Et cette autonomie apparente lui donna des ailes. Elle s’envola, donc. Toujours plus loin. Toujours plus haut. Jusqu’é en oublier le fil qu’elle avait à la patte : les ressources ! Car pour vendre, il faut produire, et pour produire, il faut des ressources. Mais qu’importait. Le XVIIIe siècle ne comptait qu’un peu plus de neuf cents millions d’humains sur toute la Terre (le cap du milliard fut franchi vers 1800) et le développement de l’industrie et du commerce des produits manufacturés ne concernait, au plus, que quelques tout petits millions de nantis européens : le problème des ressources ne se posait pas. Tout se passait comme si les réservoirs de ressources naturelles étaient infinis et leur renouvellement naturel assuré pour l’éternité. Et voilà lancée la machine infernale de la croissance pour la croissance et, donc, de l’économie pour l’économie. L’argent est le nerf de la guerre militaire, mais ce sont les ressources naturelles qui sont le nerf de la croissance économique. Nous commençons, de nos jours, à le vivre douloureusement (du moins les plus conscients parmi nous). Moins il y a de ressources disponibles par être humain vivant, plus l’appauvrissement individuel et global est assuré. Voilà la triste réalité que notre époque récente commence à découvrir. Mais là n’est pas le problème des « Lumières ». Un avenir économique radieux et infini semble s’ouvrir a` eux. Pourquoi, alors, s’embarrasser de contraintes morales ? Imitons, la` aussi, ces nations de commerçants et de marins que sont l’Angleterre et les Pays-Bas, toutes deux convaincues des vertus d’un libéralisme amoral.

Il ne s’agit pas, ici, de contester le bien-fondé de ce libéralisme amoral, mais de constater que, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce libéralisme amoral n’est simplement plus possible du simple fait de la raréfaction accélérée de toutes les ressources naturelles indispensables au fonctionnement de base de l’économie humaine sur Terre ! Le problème global, en termes de ressources disponibles par être humain, ne se pose pas dans les mêmes termes lorsque l’on parle de neuf cents millions d’humains et lorsque l’on parle de sept milliards et demi d’humains (plus de dix milliards en 2050, soit dans trente-deux ans – la population humaine aura ainsi décuplé en deux cent cinquante ans). Il est inutile de se mettre la tête dans le sable ou d’attendre un quelconque « miracle » technologique ; le second principe de la thermodynamique s’y oppose formellement : pour produire, il faut détruire plus que l’on ne produit et, pour produire énormément, il faut tout détruire et finir par crever. A` l’échelle mondiale, le PIB par être humain ne cesse de décélérer depuis quarante ans et commencera à décroitre avant 2020 : rien n’y fera, la croissance économique est devenue bien plus lente que la croissance démographique. Qu’on se le dise !

Il faut donc conclure cette réflexion par l’idée suivante : que l’on soit pour ou contre, la question du libéralisme amoral développé par Locke, et repris presque en chœur par les « Lumières » français, n’est tout simplement plus actuelle. Le problème n’est plus la`.

Les idéologies du XVIIIe siècle, libérales ou non libérales, sociales ou non sociales, démocrates ou non démocrates, n’ont tout simplement plus de sens aujourd’hui. Elles n’ont plus é avoir cours. Elles sont obsolètes, usées à la corde, inaptes a` assumer un monde ou` la démographie a décuplé´, ou` la spéculation financière a relégué l’économie réelle aux oubliettes et ou` le matérialisme est devenu religion populaire sous une forme renouvelée du Panem et circenses romain : le « Foot & McDo ».

Extrait de "Les mensonges des Lumières" de Marc Halévy, aux éditons du Cerf

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"Les mensonges des Lumières" de Marc Halévy

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