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Le temps, c'est de l'argent

Plus d’argent ou plus de temps ? Une étude menée sur 4000 personnes révèle ce qui nous rend le plus heureux et la réponse est…

Selon une étude des Universités de Californie et de Pennsylvanie publiée dans la revue Social Psychological and Personality Science, les personnes cherchant à accorder plus de temps à leur vie intime et sociale seraient plus heureuses que celles qui recherchent une meilleure situation financière.

Carl  Cederström

Carl Cederström

Carl Cederström est enseignant chercheur à la Stockholm Business School. Il est le coauteur de Le syndrome du bien-être (Edition de l'échappée 2016) de Dead Man Working (Zero Books, 2012) et de How to Stop Living and Start Worrying (Polity Press, 2010).

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Atlantico : Selon une étude des Universités de Californie et de Pennsylvanie publiée dans la revue Social Psychological and Personality Science, les personnes cherchant à accorder plus de temps à leur vie intime et sociale seraient plus heureuses que celles qui recherchent une meilleure situation financière. Comment cette étude a-t-elle été menée ? Que nous apprend-elle exactement ?

Carl Cederström : Oscar Wilde a dit un jour : "Le temps, c'est de l'argent". Cela signifie que sans argent, il est difficile de profiter de son temps libre. Cette étude démontre que tandis que davantage d'individus décideraient de choisir l'argent au détriment du temps, c'est bien le temps qui mène à une vie épanouie et heureuse. Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que pour de nombreux habitants des Etats-Unis, où cette étude a été menée, leur situation financière est tendue au point qu'ils peuvent difficilement accorder leur temps à autre chose. Etant donné que les inégalités de salaire s'accroissent, nous voyons de plus en plus de personnes lutter pour avoir un salaire décent. Beaucoup d'entre eux sont dans l'obligation de trouver un travail d'appoint pour joindre les deux bouts. Dans une telle situation, où vous êtes dans l'obligation de consacrer tout votre temps dans le travail, vous réalisez combien le temps est précieux et important. Cependant, votre but principal est de gagner de l'argent. Il vous en faut pour payer la nourriture, vos factures et bien souvent, une bonne éducation.

En quoi accorder plus d'importance à son temps libre qu'à l'argent peut-il nous rendre plus heureux ? Pour quelles raisons ?

Aujourd'hui, on voit à quel point le travail devient de plus en plus prédominant dans la vie des gens. Alors que beaucoup le voient comme un moyen de s'affirmer, davantage de personnes commencent à se rendre compte de son caractère stressant et anxiogène. Devoir vivre sous une pression constante et être incapable de déconnecter est un cauchemar auquel nombre de personnes sont confrontées tous les jours. Le temps est devenu un objet de contestation. Un nombre grandissant de personnes doivent travailler les week-ends ou être disponible après le travail. Avoir plus de contrôle sur son temps est donc une manière de maintenir une frontière entre soi-même et l'employeur.

Est-on nécessairement plus heureux lorsque l'on a plus de temps libre ? Confirmez-vous le fait, mentionné par l'étude, que ceux qui accordent plus de valeur au temps libre qu'à l'argent sont des personnes qui gagnent bien leur vie ? Pourquoi ?

Il ne faut pas oublier que le terme "bonheur" est très compliqué et que les gens le cherchent de façon totalement différente. Une expérience a été menée en Suède, ou des personnes à la retraite et vivant avec peu de revenus ont reçu 50 euros de plus. Elles ont avoué avoir été extraordinairement heureuses par rapport à ce don d'argent car il leur permettait de pouvoir faire des choses qu'elles n'auraient pas pu faire autrement. D'ailleurs, il faut aussi prendre en compte le fait que de nombreuses personnes ayant beaucoup de temps libres, qu'elles soient en congé maladie ou au chômage, peuvent se sentir malheureuses malgré ça car elles ont l'impression de ne pas avoir l'opportunité de faire bon usage de leur temps.

A l'inverse, un individu aux revenus modestes peut-il être heureux lorsqu'il choisit de mettre de côté les questions d'argent et de privilégier son temps libre ?

Oui, je pense que c'est vrai. Mais encore, il ne faut pas se servir de ça comme d'une excuse pour normaliser les inégalités de revenu. David Cameron a par exemple été très influencé par la notion de psychologie positive et par des études démontrant que le bonheur n'est pas strictement lié à des questions matérielles, comme le revenu et l'éducation. Cela devient problématique si les politiciens se servent de ce genre de point de vue pour rendre les questions d'inégalités légitimes.

Propos recueillis par Thomas Gorriz

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