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©PASCAL GUYOT / AFP

Qu'ils traversent la rue

Objectif plein emploi : quand Emmanuel Macron révèle malencontreusement qu’il confond chômage structurel et chômage conjoncturel

Les mots utilisés par Emmanuel Macron quand il parle du plein emploi dénotent d'importantes confusions économiques.

Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son site : econoclaste.net

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Atlantico : "Le chiffre du plein emploi, c'est les économistes qui le fixent, ce n'est pas un taux. Je pense que le chiffre de 7% est tout à fait atteignable si on continue les réformes et notre stratégie au même rythme donc je ne remets pas du tout en cause cet objectif", a déclaré Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse. "La stratégie et les réformes" du gouvernement peuvent elles conduire le pays au plein emploi ?

Alexandre Delaigue : Non, tout simplement non. Il y a ici une confusion totale. Les économistes distinguent le chômage structurel du chômage conjoncturel. Le niveau de chômage structurel est le taux de chômage le plus faible que l’on puisse obtenir en fonction des structures de l’économie, c’est à dire en fonction du mode d'indemnisation, de l’information sur le marché du travail etc..ces élément qui sont véritablement les structures de l’économie.

Si nous sommes au dessus de ce taux de chômage structurel, on dit alors que nous sommes dans un chômage conjoncturel qui est la conséquence d’une insuffisance de la demande. Or, le chiffre de 7% évoqué ici est celui du chômage structurel, ce n’est donc pas un taux de chômage qui peut diminuer en faisant des réformes de structures, parce que c’est un chômage qui est le résultat d’un problème de demande.

Il y a un problème de demande dans l’économie, ce qui veut dire, soit qu’il y a un problème de politique monétaire qui n’est pas suffisamment expansionniste, soit que le gouvernement devrait avoir un déficit public plus élevé, soit qu'il faudrait que tous les autres pays aient envie d’acheter nos produits et exporter davantage, ou encore que les ménages français fassent plus appel au crédit. Bref, il faudrait que la demande soit plus élevée pour le chômage diminue.  Ensuite, une fois que nous en sommes arrivés là, c’est là que l’on pourrait éventuellement envisager des réformes structurelles.

"La question du plein emploi, elle est même plus profonde, c'est de s'assurer qu'on améliore, je ne veux pas rentrer dans la technique, notre croissance potentielle, et donc que l'on arrive à baisser notre chômage structurel. Parce qu'au fond aujourd’hui, je pourrais vous dire qu'on est au plein emploi avec beaucoup de chômage, parce que nous avons un chômage structurel qui est très élevé." Comment analyser la vision du chef de l'Etat sur la question du plein emploi ?

C’est une confusion totale, comme je l’ai indiqué précédemment, entre ce qu’est le chômage structurel et ce qu’est le chômage conjoncturel. C’est aussi une confusion dans l’énoncé qui indique que la solution résiderait dans une croissance potentielle plus forte, si on raisonne au niveau macroéconomique. Mais le problème de fond, c’est qu’avant de vouloir faire augmenter la croissance potentielle (ce qui est très difficile -et pour être très clair les économistes ne savent pas très bien comment y parvenir dans un pays riche)  il faudrait déjà atteindre ce niveau de croissance potentielle. Et donc on en revient encore une fois à ce même problème qui est l’insuffisance de la demande et donc à un régime de politique macroéconomique insuffisant pour soutenir la demande. On peut toujours dire qu’il y a de bonnes raisons pour ne pas agir de la sorte, que cela soit les règles européennes ou autres, on peut chercher toutes les bonnes raisons que l’on veut pour justifier de ne pas le faire, mais nous sommes ici face à un aveuglement complet. On ne veut pas dire que le problème est avant tout un problème de demande, mais il faut être sérieux. Comment peut-on dire de manière sérieuse que le chômage structurel en France a doublé entre 2008 et aujourd'hui ? Cela n’a aucun sens. Que le marché du travail français fonctionne mal, oui, que l’on améliore ces dysfonctionnements par des réformes structurelles, c’est une possibilité, mais encore faudrait-il rappeler qu’énormément de réformes structurelles ont été faites depuis pas mal de temps, et que l’on en voit pas beaucoup les effets. Pourquoi ? Peut-être faudrait-il se poser la question de ce qu’est le régime macroéconomique dans lequel on est.  Le problème ici est que l’on ne veut même pas se poser la question, on part du principe que la question n’existe pas, c’est cela qui est aberrant.

De plus, le chômage structurel est difficile à estimer parce qu’on ne sait qu’il a été atteint que lorsqu'on le touche. C’est à dire que quand vous avez une économie qui est très fortement stimulée, on pourrait prendre l’exemple de l’économie américaine de la fin des années 90 ou celle des années actuelles, par les politiques monétaire et budgétaire. Dans de cas là, le chômage va diminuer régulièrement. Pour les économistes, on atteint le chômage structurel quand, d’un seul coup, le chômage n’arrive plus à diminuer et que l’on constate une accélération de l’inflation. En d’autres termes, la seule manière de trouver le niveau de chômage structurel, c’est de “taper” dedans. Mais en France, nous n’avons jamais tapé dedans. On voit des périodes pendant lesquelles le chômage diminue, mais le problème est qu’il diminue très lentement, et que nous ne sommes jamais allés assez loin pour savoir à quel niveau il se situe. Et il est tout à fait possible qu’il soit en dessous du niveau auquel il est estimé aujourd'hui. D’ailleurs, on constate que dans tous les pays dans lesquels le chômage a baissé suite à une augmentation de la demande, à chaque fois, les estimations de chômage structurel étaient trop élevées. Quand les Etats-Unis ont atteint un taux de chômage de 6%, puis de 5%, puis de 4%, à chaque fois on pensait avoir atteint l

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