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L'ancien président Nicolas Sarkozy sur le plateau du journal télévisé de 20H de TF1. L'ex-chef de l'Etat a accordé un entretien à Gilles Bouleau.
©Ludovic MARIN / AFP

20h de TF1

Nicolas Sarkozy, l’éternel retour... médiatique

Condamné lundi à trois ans d'emprisonnement dont un an ferme pour corruption et trafic d'influence dans l'affaire des écoutes, Nicolas Sarkozy était l'invité du journal télévisé de 20H de TF1 ce mercredi 3 mars. Nicolas Sarkozy a clamé son innocence et indiqué être victime d'un acharnement judiciaire.

Arnaud Benedetti

Arnaud Benedetti

Arnaud Benedetti est professeur associé à l'Université Paris-Sorbonne. Il vient de publier Le coup de com' permanent (éd. du Cerf, 2017) dans lequel il détaille les stratégies de communication d'Emmanuel Macron.

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Atlantico : Nicolas Sarkozy a été interrogé hier soir au JT de 20H de TF1 suite à l’annonce de sa condamnation. A-t-il été convaincant ? Cette interview pourrait-il lui permettre de recevoir un appui populaire ?  

Arnaud Benedetti : Nicolas Sarkozy n’est jamais aussi performant que lorsqu’il est en défense, voire dans les cordes. De ce point de vue, son interview s’inscrit dans un registre qu’il maîtrise et dont les rouages sont la gestuelle, la tonalité résolument à l’offensive, l’usage de la métaphore, l’interpellation des Français et du journaliste sur le mode du "mettez-vous à ma place", la démonstration factuelle (la référence au nombre d’heures d’auditions, de conversations téléphoniques) au travers de figures concrètes et non abstraites comme le sont parfois les raisonnements juridiques et judiciaires. C’était formellement un bon exercice qui convaincra nécessairement ses soutiens. Le problème c’est que même si sa démonstration est convaincante, et elle l’était, une partie de l’opinion reste réservée quant à la sincérité des hommes politiques. L’objet de cette séquence, à partir du moment où le jugement est frappé d’appel et n’existe plus, consistait à reprendre la main dans la course de fond que l’ancien président a engagé avec les magistrats qui traitent les dossiers pour lesquels il fait l’objet de poursuites. Il fallait au regard de cette bataille et de l’image très énergique qu’il véhicule qu’il ait momentanément le dernier mot. C’est chose faite pour l’instant en matière de communication. Le cycliste Sarkozy est toujours en selle...

En refusant de parler de justice politique, Nicolas Sarkozy a-t-il soigneusement évité de franchir les lignes jaunes ? 

Il l’a suggéré néanmoins très fortement sans en employer la formule. Il a même à plusieurs reprises rappelé le respect qu’il portait aux institutions, y compris sans s’en prendre frontalement au Parquet national financier. Il n’a pas expressément besoin de le faire dans la mesure où nombre de ses proches politiques ont ciblé, dès le résultat de l’audience connu, le PNF. Il a dessiné de préférence l’acharnement de certains magistrats, la débauche de moyens mis en œuvre pour le "traquer". Il a surtout dénoncé non sans pertinence la stratégie judiciaire qui vise à s’accrocher à une bribe de conversations qui impliquerait une intentionnalité et qui suffirait à démontrer la matérialité d’ "un pacte de corruption". En d’autres termes, il s’efforce de démonter une accusation dont le ressort serait le "cherry picking" ("la cueillette des cerises") , qui consiste à hypertrophier un élément de son argumentation pour dissiper tous les autres éléments qui pourraient infirmer et fragiliser cette dernière. Cette technique est au demeurant bien connue en matière de communication non-éthique...

Quand on voit sa virtuosité à convaincre, Nicolas Sarkozy est-il le plus grand gâchis de la Vème République ? S’il se donnait la peine de vraiment construire une offre politique, qui pourrait lui résister ?

Le retour de Sarkozy a tout de l’éternel retour qui pour autant ne se fera pas... C’est en soi un mythe, une légende médiatico-politique, un éternel retour plus précisément de la thématique du retour. L’ancien Président dispose certes d’un réel capital politique, d’un charisme indéniable qui continue d’entretenir cette flamme, et le fait que l’on continue à s’interroger sur sa potentielle destinée politique, malgré les coups durs judiciaires, témoigne s’il le fallait de cette force intrinsèque... et en creux de la faiblesse des offres politiques concurrentes. C’est ce contraste entre les qualités personnelles dont Nicolas Sarkozy est crédité et le déficit de crédibilité des autres éventuelles candidatures qui favorise un décalage réactivant  en permanence l’hypothèse de ce "revival" politique. Il faut voir dans cette persistance l’illustration de la pénurie, voire de l’assèchement du marché des personnalités politiques.

Pour autant, l’ancien Président est un astre qui ne brille que d’un seul côté, il a sa face cachée qui est celle aussi de ceux qui insistent sur ses aspérités, sa personnalité clivante, ou la dimension déceptive qui gagna également une partie de l’électorat de droite qui juge son mandat comme n’ayant pas rempli ses promesses. Sans compter que rien ne démontre, s’il devait se relancer, sa capacité à dépasser le problème structurel de la droite post-2017 soumise à la double pression du macronisme d’une part, du marinisme d’autre part, même s’il est porteur des traits d’image les plus potentiellement efficients pour relever ce défi. 

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