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Poumons en danger

Mystérieux virus venu de Chine : pourquoi les poumons sont le maillon faible des épidémies planétaires

Depuis début janvier, une maladie venue d'une nouvelle souche de coronavirus se diffuse en Chine. Elle a causé la mort de trois personnes en dégénérant en un syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS). La possibilité d'une contagion entre humains est désormais prise de plus en plus au sérieux, et inquiète.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico : Le fait que cette souche de coronavirus touche les poumons doit-il inquiéter ? Les virus pulmonaires sont-ils plus graves que les autres ?

Stéphane Gayet : Dans le corps humain, on distingue les organes nobles ou vitaux, des organes communs ou non vraiment vitaux. Les organes nobles sont le cœur, le cerveau, les poumons, le foie et les reins. Ces cinq organes (plus exactement sept puisque deux sont doubles) sont bien sûr indispensables à la vie. Ils consomment beaucoup d’oxygène et de glucose. Quand ils sont le siège d’une infection, celle-ci peut évoluer de façon grave et même aboutir à la mort. Heureusement, ces organes nobles se défendent assez bien contre les infections, à part les poumons qui sont particulièrement exposés, du fait de leur fonction (ils sont alimentés par de grandes quantités d’air inspiré qui véhicule beaucoup d’éléments étrangers), et qui sont relativement fragiles, si on les compare par exemple au foie et aux reins.

Qu’elles soient virales ou bactériennes, les infections pulmonaires peuvent toujours entraîner le décès. C’est dû au fait que le tissu pulmonaire (le parenchyme) est tendre et très vascularisé, ce qui explique qu’une infection puisse progresser très rapidement ; et au fait que, lorsque les deux poumons sont atteints par une infection, l’appareil respiratoire peut très vite se trouver en état de défaillance, ne parvenant plus à oxygéner suffisamment le corps (insuffisance respiratoire aiguë), et dans ce cas tout le corps est en état de souffrance, ce qui l’empêche de reprendre le dessus sur l’infection.

Les pneumonies à pneumocoque, à staphylocoque, à klebsielle, à chlamydophila, à légionelle, la tuberculose pulmonaire, la fièvre Q, la peste pulmonaire sont des pneumonies bactériennes qui peuvent tuer. Les pneumonies grippale, rougeoleuse, varicelleuse, à coronavirus… sont elles aussi potentiellement mortelles. Et il n’est pas exceptionnel qu’une personne meure d’une pneumonie infectieuse sans que l’on ne parvienne à en identifier l’agent infectieux.

Donc, toute pneumonie virale sévère est inquiétante, car elle peut devenir « maligne », alors que bien sûr les antibiotiques sont sans action aucune (si le virus grippal est en cause, l'oseltamivir, TAMIFLU, et le zanamivir, RELENZA, n'agissent que les tout premiers jours de la grippe, donc bien avant le début de la pneumonie qui ne leur est donc plus sensible).

Plusieurs éléments rassurants ont été d'abord mis en avant par le gouvernement chinois, comme une faible transmission entre humains. La maladie pourrait-elle devenir plus contagieuse ? Via quel processus ?

Les précédents foyers épidémiques d'infection pulmonaire humaine à coronavirus provenaient d'un réservoir animal, car il s'agissait de souches virales animales. Ces virus animaux avaient réussi à franchir la barrière d'espèce qui les séparait de l'espèce humaine, à la faveur de contacts étroits entre l'animal (réservoir de virus) et l'être humain.

Cette fois-ci, il semble bien s'agir du même phénomène, ce qui rend compte de la faible contagiosité pour l'Homme : d'une part, l'être humain ne se contamine pas facilement à partir de l'animal, et d'autre part, la transmission interhumaine est relativement faible, en comparaison des virus grippaux et para-grippaux qui se transmettent très facilement.

Les Coronavirus sont des virus à ARN enveloppés. C'est également le cas des virus grippaux, mais leur famille, c'est-à-dire celle des Orthomyxovirus, est très éloignée de celle des Coronavirus. Les Influenzavirus (les virus grippaux) ont un génome segmenté, ce qui explique qu'ils puissent se modifier assez facilement, d'où leur dangerosité. De cet éloignement et cette différence résulte que la possibilité d'une hybridation accidentelle entre un Coronavirus et un Influenzavirus est improbable.

Toutefois, bien qu'il ne soit pas segmenté, le génome à ARN des Coronavirus est quand même doué d'une grande plasticité, ce qui explique les sauts d'espèce tels que celui en cause dans ces foyers épidémiques de syndrome respiratoire aigu sévère ou SRAS à coronavirus. Sachant qu'il existe des coronavirus humains très contagieux (alpha coronavirus), responsables de rhumes et de rhino-pharyngites aiguës virales, on pourrait imaginer que les virus du SRAS (les SRAS-CoV qui sont des bêta coronavirus) voient leur génome se modifier, en acquérant les gènes des coronavirus humains et permettant de ce fait que l'infection de l'être humain puisse s'effectuer facilement (ils deviendraient alors de vrais virus respiratoires humains).

Cette hypothèse est plausible, mais on ne sait pas très bien quelles circonstances pourraient permettre sa réalisation.

Quelles seraient les conséquences d'une mutation en ce sens ?

Dans l'hypothèse où une ou plusieurs souches de virus SRAS-CoV deviendrait une vraie souche humaine, c'est-à-dire avec une affinité d'espèce pour l'Homme, on pourrait s'attendre à des épidémies meurtrières d'infection pulmonaire virale. Et cela d'autant plus que l'on ne possède pas d'antiviral efficacel sur ces virus, ni du reste de vaccin (vaccin qu'il serait bien sûr toujours possible de développer, mais en combien de temps et avec quelle efficacité et quel coût ?).

Ainsi, malgré le caractère limité de ce nouveau foyer épidémique d'infection respiratoire aiguë sévère à coronavirus et en dépit de sa faible contagiosité humaine actuelle, on peut tout de même avoir quelques inquiétudes. La vigilance sanitaire est activée et cet épisode est très observé et étudié, tant par la Chine que par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

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