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Moutons ? Les journalistes français et leur homogénéité politique vus de l’étranger

Selon un sondage réalisé par Harris Interactive, sur Twitter, pour le magazine Médias, 74% des journalistes auraient voté François Hollande au second tour de l'élection présidentielle.

Hugh  Schofield et Charline Van Hoenacker

Hugh Schofield et Charline Van Hoenacker

Hugh Schofield est correspondant France pour la BBC.

Charline Van Hoenacker est correspondante pour la chaîne de télévision belge RTBF en France.

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Atlantico : Selon un récent sondage, 74% des journalistes français auraient voté pour François Hollande au second tour de l’élection présidentielle. Ce résultat vous surprend-il ?

Hugh Schofield : Je pense que ça confirme avant tout une vision sur la presse en général. Les journalistes de tous les pays européens sont grosso modo, dans leur majorité, de gauche. Ce n'est pas typiquement Français, c'est une sorte d'establishment.

Ce qui est plus frappant en France, c'est qu'il devrait y avoir dans l'esprit journalistique plus de tapage sur l'establishment, plus d'esprit critique en somme. C'est pour ça qu'en Angleterre le monde journalistique est plutôt de gauche, car l'environnement anglais est généralement de droite, avec l'importance des classes…  Tandis qu'en France les conservatismes sont plutôt de gauche, donc si on veut être dans l'opposition et la critique des institutions on devrait être un peu plus à droite. En France il est très conservateur d'être de gauche.

Quand on regarde le monde journalistique "étatique" avec l'Agence France Presse, Radio France…, il existe dans ce secteur des médias publics une mentalité vraiment ancrée à gauche. Il y a une façon de penser presque universelle, une sorte de moule idéologique, bien qu'elle soit plus nuancée dans les journaux et magazines. Mais on remarque vraiment cette "pensée unique" à gauche par la mainmise des syndicats, avec par exemple les histoires d'une fusion ou non de Radio France Internationale (RFI) avec France 24…

Charline Vanhoenecker : Les Belges sont perméables aux médias français, ils s’y intéressent beaucoup. Le cliché principal n’est pas celui du journaliste de gauche même si je sais qu’il a la vie dure en France. En Belgique, c’est la proximité entre la sphère politique et la sphère médiatique qui nous frappe. Ce sont par exemple les couples de journalistes et de politiques. Vous en avez tout de même trois au sein de l’exécutif (François Hollande et Valérie Trierweiler, Arnaud Montebourg et Audrey Pulvar, Michel Sapin et Valérie de Senneville). En Belgique, ce fait est très marginal. Le travers dans lequel peuvent tomber mes confrères belges est de passer le Rubicon et de devenir  par exemple porte-parole d’un homme politique.

Un autre exemple : ces fameuses émissions « clé sur porte » dans lesquelles Nicolas Sarkozy décidait du réalisateur, des journalistes, de la boite de production, de la date etc. Cela parait inconcevable en Belgique autant sur le service public que le service privé. Elio Di Rupo ne choisit pas son réalisateur ! Sur le choix des journalistes, la règle est que le politique n’a pas son mot à dire. Mais en étant tout à fait honnête, il existe aussi beaucoup de jeux d’influence à ce niveau-là en Belgique.

En réalité, le fait de l’avoir entériné ce cliché avec un sondage me semble dangereux. Je trouve curieux de faire un tel sondage mais surtout d’y répondre quand on est journaliste. Le résultat étant massif pour la gauche, je pense que cela peut porter préjudice à la profession. Les gens peuvent y voir une sorte de connivence et on peut très vite arriver au « tous pourris ».

Le quinquennat de Nicolas Sarkozy a-t-il aggravé la tendance ?

Hugh Schofield : J'ai lu un article dans L'Express qui disait que ce chiffre était une preuve du fossé actuel entre les journalistes et Nicolas Sarkozy, a contrario d'une éventuelle connivence en 2007. Je ne suis pas d'accord avec ça. Pour moi le journaliste classique français vit dans une sorte de micro-société parisienne, et quoi qu'aurait fait Nicolas Sarkozy, il n'aurait pas réussi à attirer vers lui les journalistes.

Cet anti-sarkozysme est une tendance culturelle, très parisienne, directement visée contre quelqu'un qui n'est pas de leur goût, pour toutes les choses qui lui ont été reprochées. L'alliance entre les politiques un peu plus classiques et les journalistes est un paradigme de la société actuelle. 

Charline Vanhoenecker : Il ne faut pas oublier qu’en 2007 tous les journalistes étaient fascinés par Nicolas Sarkozy. Si l’on avait le même sondage pendant la campagne ou au début du quinquennat Sarkozy, je pense que 70% des sondés auraient été cette fois-ci en sa faveur.

Les journalistes sont embarqués dans le pouvoir au quotidien. Le référent absolu dans ce domaine est vraiment Nicolas Sarkozy. J’ai le sentiment que, quand un homme politique est au top, les journalistes suivent le mouvement car il y a peut-être quelque chose à décrocher à la clé (la possibilité de le suivre dans des voyages officiels, un poste, une sortie de placard, etc.)

Je pense que cette connivence est culturelle. Beaucoup de journalistes et de politiques fréquentent le même milieu parisien, sortent des mêmes écoles. En Belgique, c’est beaucoup plus éclaté, il n’y a pas qu’un seul cercle comme en France. Après la publication, pendant la dernière campagne, de mon article sur ces journalistes qui se voyaient déjà à L’Elysée, pas mal de mes confrères français ont été agacés dans le « Hollande Tour ». C’est la preuve que j’ai appuyé là où ça fait mal…

 

Propos recueillis par Jean-Benoît Raynaud

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