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Quadra blues

Mission impossible ? La science l’affirme, échapper à la crise de la quarantaine n’est pas du gâteau

Au milieu de la vie, un certain nombre de personnes entrent dans une phase de crise... celle de la quarantaine. Quelles sont les raisons pour lesquelles cet âge marque une étape dans nos vies ? Qu'il s'agisse d'une remise en question, d'un constat, d'un regret ou des prémisses d'une nouvelle vie, il est difficile d'y échapper.

François  Chauchot

François Chauchot

Médecin Psychiatre Libéral. Il exerce également à l'hôpital Sainte Anne. 

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Atlantico : Une étude récente tend à prouver que le bonheur baisse autour de 40/42 ans, pour remonter vers 70 ans. La crise de la quarantaine est-elle scientifiquement prouvée ? Quels en sont les symptômes principaux , trouve-t-on un élément déclencheur ?

François Chauchot : Ce n’est pas particulièrement prouvé, il s’agit plus d’un constat. Le constat qu’un certain nombre de personnes traversent une crise à cette période de leur vie. Le constat que le temps passe. Qu’il y a une sorte d’urgence à vivre qui naît quelque part. Que les choses ne vont pas se représenter une deuxième fois. Tous ces éléments amènent souvent une sorte de remise en question assez générale de son existence. Avec l’impression d’avoir perdu son temps dans une première partie de vie, et qu’il faut maintenant tout changer ou enfin vivre d’autres expériences. Ca se présente souvent comme une prise de conscience et un grand bouleversement personnel intérieur. Associé à cela, il peut y avoir d’autres symptômes secondaires, qui peuvent correspondre à une allure dépressive, ou de crise. L’élément déclencheur peut être simplement le fait qu’on approche de la quarantaine ou de la cinquantaine. Ou simplement une rencontre. Une rencontre amoureuse alors que la personne est  par ailleurs engagée, mariée. Ca peut être aussi du à un contexte particulier. Par exemple les enfants qui grandissent. Le fait que ça ravive des souvenirs de sa propre adolescence ou de sa propre jeunesse. Cela peut venir également de difficultés professionnelles. On peut être « mis sur la touche », il y a des facteurs qui vous fragilisent, tout d’un coup vous prenez conscience que vous n’êtes plus un trentenaire.

Qui sont les premiers touchés par cette crise de milieu de vie ? Existe-t-il une différence entre les hommes et les femmes à ce sujet ?

Je crois qu’on évoquait souvent une crise un peu masculine, il y a une dizaine ou une quinzaine d’années. Mais il semble que désormais, cela peut toucher les hommes et les femmes. On appelle ça le démon de midi, pour ces hommes qui se tournaient vers des femmes plus jeunes au milieu de leur vie et qui envoyaient valser tout ce qu’ils avaient construit jusqu’à présent. Pour les femmes c’était aussi le cas,  mais c’était surtout l’occasion de remettre en question leur relation et d’avoir envie d'enfin commencer à penser à elles-mêmes et de pouvoir se tourner vers autre chose

L'étude montre également que cette crise serait liée à des attentes non satisfaites. En quoi les regrets ont une place importante dans la crise de la quarantaine ?

Tout d’un coup les regrets réapparaissent très fortement. Assez souvent chez les trentenaires et les quadragénaires, il y a quand même cet effort de construction de sa vie, aussi bien professionnelle que personnelle et familiale qui amène parfois un certain nombre de renoncements. Même s'ils en valent la peine puisque l’individu se fixe un but et souhaite finalement s’épanouir ou du moins aller au mieux, dans sa vie professionnelle, personnelle et familiale. Passé la quarantaine, il peut y avoir finalement une remise en question de tout ça. Avec l’impression que l’on a raté un certain nombre de choses importantes. Que ce soit au niveau professionnel ou personnel. Plutôt que d’avoir travaillé comme un dingue on aurait mieux fait de consacrer plus de temps à une activité qu’on a délaissée. Une femme peut également regretter d’avoir passé beaucoup de temps à s’occuper de ses enfants et sa famille plutôt que d’en avoir pris pour son épanouissement personnel et professionnel. Le regret est effectivement un symptôme important.


Pourquoi cette crise cesse-t-elle à un moment donné ? Finit-on par accepter nos échecs ?

Oui certainement, car comme dans toute crise, il y a un déroulement de celle ci. Quand on est en plein dans cette crise, c’est généralement assez difficile pour tout le monde, parce que l’individu est dans un passage à l’acte. Il va envoyer balader ce qu’il a construit notamment au niveau personnel ou familial. Remettre en question son couple ou l’équilibre de son couple. Se poser des questions au niveau professionnel, ça crée beaucoup de turbulences. Tout ça, dans le meilleur des cas doit aboutir ensuite à des décisions, et au fait de passer à autre chose. Mais surtout  au fait d’accepter que l’on a son âge et par conséquent, que l’on n’a plus les mêmes attentes. Ca peut être une acceptation mais aussi un renoncement. Mais il y a des renoncements tout à fait positifs. Ce qui peut aussi libérer beaucoup l’individu. 

Par exemple un poste finalement moins important au niveau professionnel vous laissera plus de temps libre pour faire autre chose. Ou alors votre vie familiale est déjà bien construite et ça peut vous permettre de vous tourner vers une vie associative ou encore, réaliser que la relation que vous avez n’est pas si mauvaise que cela et que vous pouvez l’enrichir ou vous y consacrer. A l'inverse, vous pouvez aussi tout envoyer balader et vous dire que cette deuxième partie de vie vous la vivrez peut être un peu seul mais à votre façon. En étant un peu plus jeune, il est parfois intéressant de prendre du temps pour avoir du recul sur ce qui se passe dans sa vie. Par étape, se demander si on est bien là où on doit être, et si justement il n’y a pas trop de regret ou d’insatisfaction. Cela peut être utile. Ensuite, une fois que la crise se présente, ce qui peut être intéressant, c’est d’arriver à éviter trop de passages à l’acte. 

 

Peut-on prévenir cette crise de la quarantaine, au final comment l'éviter ?

 

C’est difficile car il y a la force du désir qui fait que les individus se lancent à fond dans ce qu’ils souhaitent. Mais envoyer tout balader peut engendrer un sacré chamboulement personnel, familial, professionnel. On peut se retrouver très vite à payer chèrement les conséquences de ses désirs. Pour éventuellement l’éviter, il faut pouvoir expliquer que ca ne va pas forcément bien mais que ce n’est pas nécessairement la faute du conjoint ou d’un tiers. C’est aussi soi-même qui est en crise. C’est un vrai développement, un passage. On prend conscience qu’on est mortel. Autour de quarante, cinquante ans, vous réalisez quand même que la deuxième partie de la vie va se terminer par la mort. Alors que vous avez pu très bien l’oublier dans la première partie de votre vie. 

 

 

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