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Christine Lagarde, actuelle présidente du FMI.
Christine Lagarde, actuelle présidente du FMI.
©Reuters

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Mea culpa du FMI sur l’austérité : comment la crise a fait voler en éclats les certitudes économiques sans véritablement en imposer de nouvelles

En 2001, le Fonds monétaire international s’était doté d’un organe indépendant (IEO : Independent Evaluation Office) dont le rôle est d’évaluer l’efficacité de ses propres recommandations. En toute logique, six années après le déclenchement de la crise, c’est à travers un audit réalisé par cet organisme que le FMI s’engage sur la voie du mea-culpa.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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 Le bilan du FMI en matière de surveillance a été mitigé. Ses appels à des mesures de relance budgétaire à l’échelle mondiale en 2008–09 sont arrivés au bon moment et ont été très écoutés, mais son approbation en 2010–11 d’une réorientation de l’assainissement dans quelques-uns des plus grands pays avancés était prématuré. Par ailleurs, le FMI a recommandé à juste titre une expansion monétaire dans ces pays si cela s’avérait nécessaire pour maintenir la reprise. Cependant, ce dosage de la politique économique a été loin d’être pleinement efficace pour favoriser la reprise et a exacerbé les répercussions négatives. Au fil du temps et à mesure que les perspectives de croissance se détérioraient, le FMI a fait preuve de souplesse pour réexaminer ses conseils de politique budgétaire, et a préconisé une modération du rythme de l’assainissement des finances publiques »

Le FMI reconnait ainsi s’être trompé, notamment sur ses recommandations de consolidation budgétaire au plein cœur de la crise, en 2010-2011. Pourtant, Christine Lagarde, actuelle Présidente du FMI, a souhaité prendre ses distances avec cet aveu en déclarant ne pas partager ce constat :

« Je crois profondément que recommander la consolidation budgétaire à des économies ayant des dettes importantes et croissantes, était la bonne décision ».

Malgré ce recul de Christine Lagarde sur les conclusions de l’IEO, la capacité du FMI à se remettre, un peu, en question peut être saluée. Car le FMI est un temple de l’orthodoxie budgétaire et que ses recommandations faites au cœur de la crise n’ont rien de surprenantes par rapport à la ligne économique traditionnelle de l’institution.

Mais tout de même, face à la réalité du marasme européen et à l’échec total de la politique prônée par la « Troïka » : (Commission européenne, Banque centrale européenne, et FMI), il devient de plus en plus périlleux d’assumer l’héritage de cette politique. Le cas de la Grèce en est bien évidemment l’exemple le plus criant.

Le plan de réduction des dépenses soumis par la Troïka au gouvernement Grec en 2010 prévoyait effectivement une récession pour le pays au cours de cette année ; -2.6%. Pour le FMI et les autorités européennes, cette récession était le prix à payer pour revenir à une croissance bien méritée après les efforts consentis. Mais les prédictions se sont avérées fausses, et ce, de façon spectaculaire. L’économie grecque s’est contractée de près de 25%, soit 10 fois plus que prévu, et la croissance n’est toujours pas revenue au second trimestre 2014. Il ne s’agit pas d’un échec, mais d’un désastre. Aussi bien économique, social, qu’intellectuel.

En effet, au-delà des chiffres de la croissance, cette fameuse doctrine du FMI est également responsable d’un taux de chômage qui dépasse les 25% de la population active depuis la mi 2012. Pour les jeunes, ce taux de chômage est supérieur à 50%. La Grèce est donc une victime sacrificielle d’une théorie économique qui n’avait pourtant que peu de supports académiques. L’Italie, l’Espagne, le Portugal portent également les stigmates de cette pensée orthodoxe.

Ce que le FMI et le Troïka ont voulu mettre en place au cœur de la crise n’a fait que traduire l’incompréhension générale de la nature de celle-ci. Les écarts entre prévisions et réalités démontrent bien qu’il ne s’agit pas d’une simple erreur, mais bien d’un gouffre, que rien ne semble pouvoir justifier. En dehors d’une erreur de base, théorique. Si la crise n’est pas une crise d’origine budgétaire, une crise découlant de niveaux de dettes trop élevés, alors il s’agit d’une crise monétaire. Une crise ayant les mêmes caractéristiques que celle des années 30. Et si c’est le cas, les remèdes proposés par la Troïka sont autant d’ingrédients d’une recette de suicide économique. En niant l’austérité monétaire en marche au sein de la zone euro, le FMI proposait alors d’y additionner une austérité budgétaire. C’est-à-dire un double étau récessif qui a provoqué les résultats déjà évoqués.

4 ans après, le constat est lourd. Le FMI reconnait doucement ses erreurs tout en osant murmurer qu’elle soutient l’expansion monétaire en cours dans certains pays, et en souhaitent une telle expansion au sein de la zone euro. Malheureusement, pour les deux autres membres de la Troïka, le déni est toujours maximal. Il est aujourd’hui autorisé de critiquer le « tout austérité », mais une nouvelle ligne, claire, tarde à apparaître. 

Il ne s’agit que d’une question de temps. Depuis 2008, la réalité de la nature monétaire de la crise rattrape les gouvernements et les organismes internationaux un par un. En acceptant leurs erreurs et en rectifiant leurs politiques, les Etats Unis, le Royaume Uni, le Japon ont su retrouver le chemin de la croissance et de l’emploi. Les hésitations du FMI, bien qu’elles ne permettent pas l’émergence d’une nouvelle politique, suffisent à jeter le discrédit sur l’existant. Seul l’égo européen est encore en action aujourd’hui, il cherche encore une échappatoire pour ne pas affronter ses responsabilités.

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