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Marine Le Pen au troisième tour ?

La présidentielle 2012 est déjà derrière nous. Inquiétons-nous plutôt des législatives et d'une complaisance nouvelle à l'égard des idées du FN.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Marine Le Pen ― nous sommes désormais au-delà d’une projection sondagière contestable ― sera présente au second tour de la présidentielle. Ce constat, à plus d’un an du scrutin, a d’ailleurs quelque chose de surréaliste si un événement qu’une majorité de Français ne veut pas voir se produire, qu’une majorité de Français est même en mesure de prévenir, devient inéluctable…

Dans l’une de ses « Rubriques-à-brac », Gotlib nous montre, sur une douzaine de cases de BD, deux escargots avançant l’un vers l’autre à la vitesse d'un, hum, escargot, justement, mais se révélant incapables d'éviter la collision ! Il leur suffirait pourtant de virer un poil à gauche ― ou même à droite ―  pour échapper au froissement de coquilles et à l’augmentation brutale de leur malus, mais il faut croire que les escargots sont comme certains électeurs : ils manquent de réactivité.

Il est vrai que, pour tout un tas de gens, un second « 21 avril », ce n’est pas si grave. Désolant ? Sans doute. Humiliant ? Certainement. Mais grave, non, vraiment pas.. Hé quoi, la nouvelle icône de l’extrême droite a-t-elle la moindre chance d’être élue pour de bon ? Bien sûr que non ! 23 ou même 25% de bulletins FN, ce n’est jamais qu’un petit quart du total.

Y a pas mort d’homme…

Comme la fois dernière, donc, les « choisisseurs » du premier tour se feront « éliminateurs » en phase finale et tout rentrera dans l’ordre. Un président normal sera élu, qui appliquera une politique standard, que dénigrera une opposition banale et il ne restera plus aux commentateurs qu’à rédiger articles, thèses et mémoires sur la façon dont l’histoire politique française, à l’inverse de l’histoire tout court, aime bien repasser les plats.

Un victoire démocrate à 80-20, ça n'a pas la même saveur qu'un timide 60-40

Le problème, c’est que le président « normal » en question est parti pour être sacrément mal élu si, comme on le subodore, la gauche refuse de se reporter massivement sur un candidat UMP (« On nous a déjà fait le coup ! Et Sarko ou Le Pen, c'est pareil ») en cas de 21 avril à « l’endroit » et que les électeurs de droite en font autant (« Voter pour un socialiste ? Jamais ! ») dans la configuration contraire…

Pour ne rien dire des protectionnistes, souverainistes et autres protestataires qui, bien qu’ayant choisi un parti « respectable » au premier tour, qu’il soit nominalement de gauche ou de droite, joueront les gars de la Marine une fois au pied du mur. Entre les cégéto-lepénistes qui émergent un peu partout et les UMPistes qui refusent déjà l’idée d’un front républicain, on serait presque nostalgique du score de dictateur de Chirac en 2002 : à 60-40, la victoire du camp démocrate n’aura pas le même parfum qu’à 80-20.

Mais surtout, c’est au « troisième tour » que l’on songe déjà, à ces législatives qui verront s’affronter une gauche sans idées et une droite épuisée, tout juste capables de mobiliser un dérisoire 20% de l’électorat sur la base de leurs programmes respectifs. Des parlementaires UMP peu regardants et perméables aux idées extrémistes feront-ils alors la jonction avec le FN pour éviter l’hécatombe ? Et sera-t-il encore possible de leur renvoyer la « morale » à la figure ? Un parti régulièrement présent au second tour de la présidentielle et y obtenant des scores aussi élevés ne sera-t-il pas sorti du purgatoire idéologique dans lequel il est contenu pour le moment encore ?

Les gastéropodes de Gotlib, lorsqu’ils se rentrent dedans au ralenti, n’ont guère le choix de faire autrement : la première tortue venue vous le confirmera. Les électeurs, en revanche, peuvent encore éviter la collision. Une droite capable de préserver ses valeurs dans l’adversité et une gauche n’assimilant pas tout débat sur l’immigration ou la délinquance à du racisme les y aideraient, mais c'est tout de même entre leurs mains que se trouve le volant. Et s'ils se plantent, bonjour le malus...

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