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Malgré (ou grâce à) la crise du Covid, les milliardaires français grimpent encore dans le classement Forbes des riches du monde
©ERIC PIERMONT / AFP

Atlantico Business

Malgré (ou grâce à) la crise du Covid, les milliardaires français grimpent encore dans le classement Forbes des riches du monde

Le classement du magazine Forbes montre que les grandes entreprises n’ont pas toutes souffert de la crise. Au contraire, il y a plus de milliardaires français qu’avant.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Quand on regarde à la loupe les classements mondiaux de Forbes, on s’aperçoit que les grandes entreprises n’ont pas souffert de la crise du Covid, notamment les françaises. Il y en a même qui en ont beaucoup profité. En revanche et sans polémique, les entreprises qui ont été sévèrement abimées sont plutôt celles qui étaient liées à l’Etat.

Alors que l’Amérique se gargarise des succès de Elon Musk ou de Jeff Bezos en parcourant le magazine Forbes, qui publie le hit-parade des riches dans le monde, après un an de Covid, il en ressort que les GAFAM sont véritablement les grands gagnants de la crise. 

Mais au-delà de la Silicon Valley, la majorité des grandes entreprises mondiales et leurs dirigeants ne s’en sortent pas si mal dans un paysage qui ressort assez désolé et désolant pour le plus grand nombre.

En fait, il n'y a pas de mystère, les grandes entreprises mondiales s’en sortent bien, parce qu‘elles sont mondiales et qu‘elles peuvent diversifier leur risque. Les marchés ne se sont pas effondrés tous au même moment... Mais ces entreprises s’en sortent aussi parce qu’elles ont une capacité de résilience exceptionnelle. L’ampleur de leurs moyens de recherche leur permet de s’adapter assez rapidement aux mutations dont elles deviennent des moteurs. C’est évidemment le cas des grandes entreprises du digital. C’est aussi le cas de celles qui ont vu dans la crise du Covid des opportunités nouvelles et historiques de développement.

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Le syndrome de Schumpeter joue toujours sa partition darwinienne sur le thème de la destruction créatrice. Certains secteurs sont sinistrés et vont disparaître, remplacés par des activités totalement nouvelles. Même si cette loi  joue moins qu’au début du 20e siècle. L’innovation est moins destructrice qu’auparavant. Elle facilite la transformation, provoque l’adaptation. La résilience est devenue plus importante que la résistance.

Le classement de Forbes, publié cette semaine, met en lumière ce phénomène et les « petits Français » s‘en sortent plutôt bien.

Les milliardaires français ont maintenu leur niveau de fortune et certains ont même fait leur entrée au hit-parade des plus riches. En 2020, année du Covid, le nombre de milliardaires français a augmenté, passant de 39 à 42, soit au total une valeur de plus de 500 milliards de dollars. Il n’y a pas beaucoup de pays dans le monde qui affichent un tel score.

A la fin de l’année, le tiercé gagnant, dans l’ordre, n’a pas changé : Bernard Arnault, le PDG, actionnaire principal de LVMH  (qui arrive dans les dix plus riches du monde), Françoise Bettencourt-Meyers (actionnaire de l’Oréal) et François Pinault (groupe Kering, avec Gucci etc…), ce qui prouve une fois de plus la force de l’industrie française du luxe dans le monde entier. D’autant que les frères Wertheimer, propriétaires de Chanel, non coté en bourse, sont encore, selon Forbes, toujours dans la course.

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Mais le fait nouveau est imputable à l’impact du Covid. On a vu monter, au hit-parade, des aventuriers qui sont sortis de l'ombre dans trois secteurs : le secteur de la santé et de la pharmacie, la gestion et la surveillance du cloud et surprise, le camping-car.

Dans le domaine de la santé, c’est Stéphane Bancel qui crée la surprise et rentre au hit-parade du classement Forbes, avec une fortune de 3, 5 milliards d’euros. Stéphane Bancel est français et c’est le PDG fondateur de Moderna, il doit donc une très grosse part de sa fortune récente au vaccin contre la Covid 19. Stéphane Bancel, marseillais, ingénieur détient 9% du capital de Moderna Therapeutics,  qui est une société americaine de biotechnologies. Il a fait une première partie de sa carrière dans des laboratoires français (dont Mérieux) avant d’émigrer aux USA.

Toujours dans le secteur santé ou pharmacie, Yves Loïc Martin rejoint son frère Gilles, fondateur des laboratoires d’analyses Eurofins Scientific, qui travaillent pour l’agroalimentaire, la pharmacie, la biologie médicale et l'environnement. Leur groupe est positionné sur les trois segments qui ont véritablement le vent en poupe : la Food revolution, le digital appliqué à la  santé et la lutte pour l'environnement.

Alain Mérieux, le patron de Bio Mérieux, Emmanuel Besnier (Lactalis) restent bien positionnés parmi les acteurs majeurs du secteur au carrefour de la santé et de l’agroalimentaire.

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Dans le secteur digital, les Français sont toujours aussi présents dans la Silicon Valley mais celui qui remporte la palme 2020, c’est Olivier Pomel qui a créé Datadog  société de gestion et de surveillance du cloud dont le cours au Nasdaq s’est envolé dans l’année de crise et qui travaille désormais dans tous les pays du monde. La clef de son succès, avoir été un des premiers à prendre le risque cyber au sérieux, et à avoir proposé des solutions de protection de données. Et la donnée ( la data ) aujourd hui, c’est le pétrole du e-commerce, l’énergie, la ressource rare qui a besoin d’exploitation, de moyens de stockage et de sécurité. 

Si le secteur mondial du tourisme et du transport est sans doute celui qui a souffert le plus pendant cette crise, on voit surgir des pépites auxquelles on ne pouvait pas s’attendre. D’autant moins que les pépites en question sont très vintage. L’exemple le plus spectaculaire, c’est le camping-car qui a offert dans le monde entier une alternative au confinement. Le moyen de prendre l’air, de s’évader quand tout s’est arrêté, et de se rapprocher de la nature. Et le roi du camping-car et de la caravane pliante est un Français : François Feuillet, PDG de Trigano, dont il détient 58%. Trigano est une société créée au lendemain de la deuxième guerre mondiale, qui a commercialisé les surplus américains en tentes et abris, pour en faire des villages de vacances qui sont devenus plus tard le Club méditerranée. Le groupe Trigano a traversé beaucoup de difficultés parce que ses produits n’étaient plus à la mode. L’avion, les hôtelleries et les villages vacances ont séduit les campeurs. Trigano a été repris par le Crédit lyonnais dans les années 1970. Quelques années plus tard, François Feuillet rejoint l'entreprise et lance la fabrication de camping-cars, puis de remorques et d’équipements de jardin. Mais après la faillite du Crédit lyonnais, Trigano est privatisé, François Feuillet rachète 51% du capital d’une entreprise dans laquelle peu d’investisseurs croient. L ‘année 2020 a été pour Trigano Camping excellente et la bourse lui prédit désormais un avenir mondial. Les autres entreprises du secteurs touristiques, hôtels, stations de ski, parcs de vacances ou de loisirs etc… mettront beaucoup de temps à récupérer leurs performances d’antan. Personne ne possède les secrets de l’agenda de sortie, mais la plupart savent que l’après ne sera pas comme l’avant. Sauf pour les camping-cars dont l’avenir sera meilleur.

Ces classements de milliardaires sont évidemment très suivis parce qu’ils permettent de satisfaire un gout assez malsain du voyeurisme, notamment en Europe et plus particulièrement en France où on n‘aime pas les riches ou les inégalités. Mais au-delà, ils révèlent deux phénomènes.

Le premier, c’est que le nombre de milliardaires est un marqueur de résilience, c’est intéressant. On n’a pas d’effondrement parmi les riches.

La deuxième remarque, on ne voit pas d’entreprises privées qui seraient sorties des classement Forbes depuis la crise. En revanche, la crise a entrainé des groupes industriels dans des difficultés lourdes. Et sans esprit de polémique, on s’aperçoit que les grandes entreprises qui sont malades sont celles qui un rapport étroit avec l’Etat. EDF a du mal à définir son avenir. Air France est sous perfusion de l’Etat français, l’aérospatial est très dépendant des pouvoirs publics. La SNCF est asphyxiée par les dettes. Moralité : quand les chefs d’entreprises ne souhaitent pas l’intervention de l’Etat ou le rapprochement en dehors de relations commerciales, ils n’ont pas tort. Dès qu’ils se mêlent d’économie, l’Etat serait en revanche toxique.

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