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Les quais parisiens avaient été pris d'assaut lors du déconfinement de mai 2020.
Les quais parisiens avaient été pris d'assaut lors du déconfinement de mai 2020.
©FRANCOIS GUILLOT / AFP

Patience

Les Français commencent à comprendre que le déconfinement ne va pas accoucher d’un retour à la vie d’avant

La vie d’après ne va pas révolutionner la vie d’avant, mais ne lui ressemblera pas. Alors que la vaccination touche désormais 20 millions de Français, les mesures d’assouplissement des conditions de déconfinement encourage la reprise d’une vie normale. Sauf que la vie normale ne ressemblera pas totalement à la vie d’avant.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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La vie d’après la crise ne sera pas comme la vie d’avant. Les Français commencent à en avoir conscience, même si les responsables du gouvernement n’osent pas l’expliquer et se perdent encore dans leurs contradictions. Beaucoup de choses vont changer par rapport à ce que nous vivions avant.

On va sans doute assister pendant les prochains week-ends de mai et juin, à une décompression générale pendant laquelle beaucoup de citadins vont se ruer hors de leurs habitations confinées pour aller s’oxygéner et peut être, pourquoi pas, faire la fête. Dépenser de l’argent aussi, dans les magasins, pour ceux qui en ont.

Mais il y a fort à parier que rien ne sera, cet été, comme les derniers étés. L’été dernier a été euphorique, grisant, pour la majorité des Français. Les routes et les autoroutes, les trains et les restaurants, les hôtels ont débordé comme au lendemain d’une guerre ou d’un enfermement. Mais l’été a ouvert toutes les portes et les fenêtres, sans aucune stratégie pour préparer l’avenir. Du coup, l’avenir est retombé dans les griffes du Covid et il a fallu à nouveau se calfeutrer une deuxième fois, puis une troisième fois et affronter les vagues de l’épidémie. Avec ses incertitudes, ses frustrations et ses risques.

Cette année, les conditions de sortie sont très différentes.

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Elles paraissent avoir été préparées un peu mieux, elles touchent une opinion publique qui a muri un peu et pris la mesure des enjeux. Bref, les individualités ont pris en charge une partie des efforts à faire. Enfin, le climat moral a changé.

En dépit de toutes les difficultés, la campagne de vaccination a fait déjà beaucoup de progrès puisqu’on aura ce week-end, dépassé les 20 millions de Français vaccinés, soit 25% de la population française.

En dépit des incertitudes, les chiffres de la pandémie reculent. Moins de cas positifs dans le dépistage, plus d’immunités et une route beaucoup mieux éclairée et balisée pour sortir de ce tunnel.

Bref, en France comme dans beaucoup de pays, on commence à penser que le cauchemar va s’éteindre progressivement. Mais on sait aussi que les conditions de vie à la sortie ne seront pas celles que le Covid avait bousculées et paralysées.

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Les bureaux de prospectives et d’analyses, privés et publics, commencent à imaginer ce que sera la vie après le Covid, et partagent les hypothèses de changement en deux grandes catégories.

D’un côté, les changements certains, immédiats parce qu’ils répondent à une réalité ou simplement à des réactions de bon sens. Des changements qui étaient en germe et dont le Covid a précipité l’émergence durable.

D’un autre côté, des changements probables, plausibles mais pas certains, parce qu’il faut affiner les conditions techniques et économiques.

Le premier des changements va porter sur les comportements individuels renforcés. La pandémie et les conditions de sa gestion ont mis en lumière la nécessité pour les individus de prendre en charge sa propre protection contre les dangers sanitaires, mais à l’avenir pas seulement sanitaires.

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Ce sentiment-là, qui est nouveau dans un pays où la culture de l’assistanat a été poussé à l'extrême, va passer par :

- l’acceptation de l’usage du masque, du dépistage et du traçage des cas positifs. Le Covid va disparaître mais nous continuerons à porter le masque parce qu’on va s’apercevoir que le masque nous protège de toutes les bactéries, virus et les polluants qui sont véhiculés dans les airs. Nous allons vivre masqués la plupart du temps comme les Asiatiques ;

-l’acceptation de la vaccination quasi annuelle ou peut être pluriannuelle, parce que la vaccination est le seul moyen de se protéger et de protéger les autres. Dans les pays occidentaux, les gouvernements n’auront sans doute pas besoin de rendre obligatoire cette vaccination, sauf qu‘elle sera nécessaire pour accéder à certains lieux ou certaines activités

- l’obligation d’un pass sanitaire ou d’un carnet de vaccination (digital sans doute) pour voyager, aller au spectacle ou venir travailler.

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Toutes ses mesures, qui étaient considérées comme liberticides, sont devenues progressivement des mesures de santé publique et qui relèvent de la responsabilité individuelle. La gravité de l’épidémie combinée aux insuffisances de l’Etat va nous obliger à prendre en charge une partie de notre protection sociale et professionnelle qui était jusqu'alors gérée au nom de l’intérêt collectif.

Il y a un certain nombre de changements techniques qui finiront par s’imposer complètement en impactant la vie quotidienne et professionnelle. A commencer par :

- la digitalisation de toutes les fonctions de l’entreprise qui est sans doute le premier facteur de productivité aujourd’hui ;

- le E-commerce, qui représente déjà de 20% du total, va forcément grandir et gonfler très rapidement. La pandémie a ouvert la porte au e-commerce parce que le marché des consommateurs y trouve son compte

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- une banque totalement digitalisée, là encore parce que le marché y trouve son compte

Maintenant, il y a en germe des changements importants liés à la mobilité empêchée par le Covid, dont on ne sait pas s’ils vont perdurer ou pas.

Le télétravail, par exemple, ne pourra pas se développer dans l’avenir et envahir la totalité du marché du travail. En revanche, le télétravail a obligé les salariés et les chefs d’entreprise à négocier de nouvelles conditions et des accords.

Les voyages aériens (mais pas que), qui étaient appelés avant le Covid à un avenir quasiment sans limite, ont été les premiers bloqués par le Covid 19 et avec l’aérien, l’ensemble de la chaine qui participe à l’industrie touristique et de l’entertainment (hôtels, restaurants, parcs à thème, salons, spectacles etc...)

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Les activités culturelles vont évidemment se réveiller progressivement parce qu‘elles font partie des activités essentielles, les voyages purement touristiques également. Mais tous les voyages s’inscrivant dans les relations professionnelles ont été, pendant la pandémie, remplacés par des relations en vidéo, via Skype ou Zoom. Ce type de relations en Visio ne sera pas abandonné pour revenir au présentiel. Le digital s’est imposé, pour des raisons au départ sanitaires, le digital restera maitre du jeu pour des raisons économiques et financières. C’est d’autant plus vrai que la composante écologique va peser dans la mise en place d’un nouveau modèle. Il va falloir trouver le moyen d’obtenir le même résultat en dépensant moins de carbone ou alors accepter de le payer plus cher.

Alors cette révolution écologique, dont le Covid dégage la route, peut aussi passer par des évolutions technologiques qui pourraient permettre de voyager comme avant, mais avec des conditions moins impactantes sur l'environnement. Après tout, le temps où on pourra faire voler des avions à l’électricité ou à l’hydrogène n’est pas si loin. Les super tankers qui naviguent sans pétrole sont déjà en voie d’expérimentation.

La prévision faite par certains chercheurs qui travaillent sur l’impact écologique de la croissance ne remet pas en cause la croissance, qui n’est rien d’autre que le progrès au bénéfice du plus grand nombre, mais remet en cause le contenu de cette croissance et ses moteurs.

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