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Les dégâts de l’épidémie seront considérables, mais la crise sanitaire fait aussi des gagnants...

Le renforcement des mesures sanitaires va encore aggraver la situation économique. Mais elle va surtout creuser le fossé entre les perdants et ceux qui vont s’en relever et en profiter.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Arrêtons de se raconter des histoires, l’aggravation de la crise sanitaire est inscrite dans les chiffres qui sortent du ministère de la Santé. Alors, on peut reprocher tout et n’importe quoi à un gouvernement qui n’aurait pas anticipé et prévu cette deuxième vague, mais faut-il lui reprocher aujourd’hui, le contraire de ce qu’on lui reprochait hier ?

Beaucoup de ceux qui sont vent debout aujourd’hui sont aussi ceux qui faisaient l‘éloge du professeur Raoult de Marseille au sortir du confinement total et qui expliquaient que l’épidémie était terminée... Le désaccord des scientifiques et surtout des médecins aura été flagrant pendant cette période, mais normal. La médecine dont on voudrait qu’elle soit une science exacte est encore hélas pavée de beaucoup d’inconnues.

Ce qui est grave, c’est que le désaccord s’est étalé sur la place publique et les plateaux de télévision et a servi à alimenter une confrontation des egos et une bataille stérile des audiences. Tout cela a été très toxique et a nourri l’inquiétude générale des opinions publiques.

Alors bien sûr, on aurait pu faire autrement, les Y-a-qu’à et les faut-qu’on ont proliféré presque plus vite que le virus. Mais à quoi bon refaire en boucle le procès de ce qui s’est passé.

L’enjeu est de comprendre la situation, de l’assumer et de la gérer.

Avec un objectif, qui pour certains est une contrainte : sauver des vies humaines et préserver les conditions de vie pour ne pas hypothéquer à terme la vie du plus grand nombre.

C’est ce double enjeu qui est difficile aujourd’hui à relever. Parce qu’au sortir du confinement, on s’est tous persuadés que le virus s’était éteint, et que la vie pouvait reprendre comme avant. Parce que c’était quand même avant !

Or, le virus n’avait pas disparu. Il sommeillait et la vie des autres l’a réveillé. On a fait semblant de ne pas le croire, on a nié son existence y compris chez beaucoup de médecins, puis il a fallu se rendre à l’évidence. Là encore, on aurait pu se réveiller plus tôt.. Mais les choses étant ce qu’elles sont, il faut forcément les accepter. Il n’y a pas d’autres solutions quand les chiffres des contaminations dépistées s’envolent au-delà de 30 000 par jour...

L’aggravation de la situation sanitaire a donc contraint l’exécutif à renforcer les mesures propres à freiner la circulation du virus sans trop freiner l’activité économique, qui aurait été la pire des choses. Alors, le gouvernement, on le sait, à l’issue de nombreux débats compliqués et douloureux, a cherché à ne pas toucher à la situation économique, il a cherché à protéger au maximum les conditions de travail, parce que l’emploi en dépend. Donc il a évité de toucher aux transports publics, à l’école, parce que s’il ferme les écoles, les parents demanderont à rester chez eux pour garder les enfants... donc le gouvernement essaie de limiter les fermetures aux lieux de rassemblement, d’où le couvre-feu à partir de 21 heures, d’où la fermeture des bars où les jeunes se retrouvent, d’où les salles de sport etc...D’où l’encouragement ferme, sinon l’obligation de télétravail avec beaucoup d’imprécision, beaucoup de contradictions qu’il faudra solder.

Il manque évidemment au dispositif une cohérence, une stratégie d’ensemble très lisible sinon on va aller tout droit à une révolte des corporatismes. Parce que chaque profession a une bonne raison de défendre ses intérêts. Les professionnels du tourisme espèrent un départ massif des Français en vacances alors que le ministre de la Santé préfèrerait que les Français restent chez eux pour ne pas exporter le virus là où il n’est pas encore.

Le gouvernement est donc sur une ligne de crête horriblement difficile à tenir.

Dans ces conditions, le climat socio-économique, qui s’était amélioré, est à nouveau plombé. Les aéroports vont se refermer, les avions ne vont pas voler, les magasins, les hôtels, les restaurants vont se vider etc... Comment faire des projets sans visibilité ?

La seule force de rappel qui existe dans le pays est d’ordre économique. Le gouvernement a tout fait pour amortir le choc.

En mars dernier, Bruno Le Maire a réussi à mobiliser plus de 400 milliards d’euros pour soutenir l’activité économique. En septembre, il rend public le plan de relance de 100 milliards d’euros pour 2021 et 2022. Beaucoup de prêts garantis par l’État, beaucoup de prestations sociales dont l’assurance-chômage qui permet de préserver les contrats de travail, beaucoup d’allocations (RSA , APLD , et fonds de solidarité).

Mais aujourd’hui, il faut évidemment revoir les plans de vols.

Alors que Bercy pensait dans le cadre de sa loi de finances, que l’effondrement du PIB serait limité à 9% cette année, il sera très certainement supérieur à 11% . C’est beaucoup de chômeurs en plus.

Pour 2021, alors que Bercy pensait rebondir à plus de 9% avec un retour à l’équilibre d’avant au cours de l’année 2022, le FMI et beaucoup d’institutions de prévisions estiment qu’un tel rebond sera plus tardif ( 6% seulement en 2021).

Tout cela veut dire que le plan de relance de 100 milliards d’euros ne sera pas suffisant. Ca veut dire que le plan européen de 750 milliards qui devait être acté à la fin de cette semaine par les Européens va être dépassé. Sur le plan d’aide et de relance, Bruno Le Maire l’a déjà amendé et amélioré pendant ce week-end.

Ce qui est compliqué dans l’établissement des prévisions, c’est d’abord que toutes les prévisions sont suspendues à l’évolution de l’épidémie tant qu’on n’aura pas trouvé de vaccins ou de traitements. Ou alors, tant qu’on n’aura pas découvert un nouveau modèle économique capable de vivre avec le virus. Maintenant, ce climat globalement déprimé avec un débat très violent a occulté un phénomène très important : le virus n’attaque pas tout le monde et toutes les activités de la même manière. Très brièvement, il y a des gagnants et des perdants.

D’abord, si on s’arrête à la situation comparée des pays, il y en a qui s’en sortent mieux que d’autres : l’Allemagne résiste mieux que nous, mais la Grande Bretagne plus mal, affaire de culture, de comportement ou d’institution. Singapour et la Corée du Sud sont épargnées par le virus, mais à quel prix ?

Ensuite, si on regarde les entreprises, les grands gagnants travaillent dans le digital, le e-commerce et la santé, les laboratoires bien sûr. Des entreprises comme Apple ont doublé de valeur, Amazon aussi, Facebook, Google. Tous les GAFA. Ils n’ont jamais été aussi riches. Le problème, c’est qu’on n’a pas en Europe l’équivalent des Gafa américains.

Parmi les perdants, on trouve évidemment le tourisme, les hôteliers, les restaurants, les compagnies aériennes, l’évènementiel, les salons, et toute l’industrie du textile qui se retrouve en panne. Alors, tous ces perdants-là qui croyaient se refaire une santé à la fin de l’année savent que ça ne leur permettra pas de se redresser. Ce qui est intéressant dans ce contexte, c’est de voir que les perdants se partagent en deux catégories :

D’une part, les perdants qui s’effondrent et qui risquent de s’écrouler ou de tomber dans la colère.

D’autre part, il existe beaucoup de perdants qui résistent et essaient de s’adapter... et dans l’histoire, la résilience a toujours permis de saisir des opportunités.

Alors pour être complet, il faut aussi dire que les vrais perdants, ce sont les chômeurs dont certains sont indemnisés mais ou d’autres ne le sont pas. Et les pauvres, parce que cette crise-là a creusé les inégalités entre les riches et les pauvres. Et cela dans le monde entier. Le système social français amortit un peu le choc mais en Grande Bretagne ou aux États-Unis, ça n’a pas été le cas.

La seule question que tout le monde se pose. C’est de savoir combien de temps va durer cette galère. Et la personne ne sait y répondre.

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