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Des cristaux de sucre identifiés au plus profond de l’espace pourraient percer le secret de l’origine de la vie.

On n'est pas en sucre

Des cristaux de sucre identifiés au plus profond de l’espace pourraient percer le secret de l’origine de la vie

De scientifiques français ont pu simuler pour la première fois en laboratoire la formation d'une molécule de la même famille que le sucre. Ces molécules organiques ont très certainement joué un rôle dans la constitution de notre Terre.

Olivier Sanguy

Olivier Sanguy

Olivier Sanguy est spécialiste de l’astronautique et rédacteur en chef du site d’actualités spatiales de la Cité de l’espace à Toulouse.

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Atlantico : Une équipe de chercheurs français a publié une étude dans la revue scientifique PNAS, évoquant la similitude entre les molécules organiques observées lors de la formation de la glace interstellaire et le sucre. Pouvez-vous nous expliquer un peu plus en quoi consiste cette observation ?

Olivier Sanguy : Tout d'abord, cette expérience est une simulation sur terre des mécanismes chimiques qui peuvent se produire dans les nuages de gaz interstellaire, c'est-à-dire entre les étoiles. Les chercheurs ont donc simulé en laboratoire ce qui peut se passer si on soumet de la glace à des rayonnements semblables à ceux qui existent dans l'espace. Et ils ont remarqué que cela entrainait des réactions chimiques qui formaient des molécules complexes à base de carbone, ce qui est une première étape dans la formation des briques de base du vivant.

Ces briques de base du vivant sont des molécules qui contiennent du carbone. Elles font partie de ce qu'on appelle, de manière un peu simpliste, la chimie organique. C'est-à-dire que toutes les molécules organiques sur Terre contiennent du carbone et donc, par extension, on parle de chimie organique ou de molécules organiques.

Dans l'expérience dont nous parlons ici, les scientifiques ont montré qu'on pouvait former de petites briques de base servant ensuite à faire les briques du vivant. Elles forment par la suite les molécules qui se trouvent dans les réactions chimiques du vivant comme, par exemple, notre ADN (sous une forme plus complexe). Ainsi, cette expérience ne consiste plus simplement à dire que l'on peut observer ces molécules dans l'espace mais qu'on a trouvé un mécanisme par lequel ces molécules pouvaient êtres fabriquées. L'équipe de chercheurs a montré que les rayons qui peuvent entrainer des réactions chimiques dans l'espace fabriquent ces petites briques de base.

Quelles informations on peut en tirer sur l'apparition de la vie sur Terre ?

Le soleil est né de l'effondrement d'un nuage de gaz interstellaire. Ceux-ci sont composés d'eau, d'hydrogène et de molécules à base de carbone. Le peu qui reste de cet effondrement sert à former les planètes. Une fois que l'on connait ce déroulement, on n'est pas surpris de retrouver les éléments qui composent le nuage interstellaire sur la Terre et de remarquer qu'ils permettent la formation du vivant. Le scénario de l'apparition de la vie sur Terre s'affine donc de plus en plus en plus, dans la mesure où l'on connait aujourd'hui, par ces expériences menées en laboratoire, comment se forment les molécules de base au cœur des nuages interstellaires.

Certains planétologues estiment que, lors de la formation de la planète, qui est un processus extrêmement violent et chaud, un certain nombre d'éléments ont pu disparaitre. Ce qui amène à penser qu'il a pu y avoir, à ce moment, un apport extérieur. C'est-à-dire que ce qui composait le nuage de gaz interstellaire revient sur terre par un autre moyen comme, par exemple, les comètes ou les astéroïdes. Les briques de base du vivant ont pu être apportées, après la formation de la terre, par un bombardement de météorites et de comètes.

Est-ce qu'on peut tirer les mêmes conclusions pour l'apparition une la vie sur d'autres planètes ? Peut-il exister des "briques du vivant" partout dans l'espace ?

Oui car il n'y a aucune raison pour que nous soyons une extraordinaire exception. En effet, quand on regarde des systèmes en formation, on constate les mêmes types de phénomènes que ceux qui se sont passé chez nous. Dans la mesure où les nuages interstellaires que l'on peut observer contiennent les mêmes éléments permettant de former les briques de base, il n'y a pas de raisons pour que les mêmes évènements ne puissent pas se reproduisent et former de une vie ailleurs. Etant donné le nombre d'étoiles répertoriées qui est de 100 à 200 milliards, et les 100 milliards de galaxies, il serait improbable que la terre soit la seule planète de l'univers de l'univers à abriter une vie, que ce soit un microbe ou une civilisation intelligente telle que la notre.

Mais il y a d'autres points vus. Certains scientifiques développent l'hypothèse de la Terre rare qui dit que si on regarde de prêt tout l'enchainement de circonstances qu'il a fallu pour que la vie arrive sur Terre, même s'il y a des éléments qui permettraient l'apparition d'une vie sur d'autres planètes, l'enchainement de circonstances est tellement extraordinaire que ça n'a pu arriver qu'à nous. Il y a un grand nombre de théories différentes.

Sur ce sujet, je donne souvent l'exemple du loto. Même si je joue tous les jours, il y a une infinité de chances que je perde. Pourtant il y a régulièrement des gagnants car chaque semaine, des millions de personnes y jouent. S'il y a peu de chances de gagner, par le fait qu'il y a un grand nombre de joueurs, il y a régulièrement 1 ou 2 gagnants au tirage. On peut faire la même analogie dans le domaine de la vie dans l'univers. L'enchainement des circonstances pour l'apparition de la vie a certes très peu de chances d'aboutir. Mais étant donné que l'univers joue des centaines et centaines de milliards de fois, il me semble présomptueux de dire que nous soyons les seuls à bien avoir remplie la grille. Évidemment, il s'agit ici de mon point de vus et il y en a bien d'autres sur ce sujet. Les personnes ayant beaucoup travaillé ce sujet pourraient êtres des auteurs de science fiction.

En quoi ces recherchent confirment-elles l'importance de la mission Rosetta sur la comète Churyumov ?

La mission Rosetta a montré à ce sujet deux choses : premièrement, que l'eau de la comète explorée par la sonde n'est pas la même que celle de nos océans. Ce ne sont donc pas des comètes comme la 67P qui ont apportées l'eau sur Terre mais plutôt des astéroïdes.

Deuxièmement, grâce à l'analyse des rejets de gaz de la comète, on constate qu'il y a bien des molécules organiques transportées par Rosetta. Ceci confirme ce que j'ai dis plus haut, à savoir que bien que la nébuleuse de gaz primordiale d’où sont nés le soleil et notre planète contient les molécules de bases, elles ont aussi pu être plus amenées sur Terre par les comètes. Mais nous ne sommes qu'au début de la mission. Les molécules découvertes pour le moment par Rosetta sont des molécules simples que l'on peut décrire comme des briques de briques de base. Au cours de la conférence de l'Union Américaine de géophysique qui a eu lieu en décembre à San Francisco, la scientifique Kathrin Altwegg, en charge de l'instrument Rosina qui analyse les gaz expulsés par la comète, pense qu'il peut y avoir des molécules plus complexes que celles observées jusqu'à maintenant. En effet, pour effectuer les analyses, la sonde à brisé les molécules. Celles-ci sont donc probablement des morceaux de molécules plus complexes. Mais il va falloir plus de travail d'analyse de donnés pour en être certain.

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